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Yazid Aït Hamadouche Un météore est passé

Publié par Chems Eddine Chitour
le 04.09.2018 , 11h00
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«Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange ;
La chose simplement d'elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.»
(Victor Hugo) 

Il m’est arrivé souvent de faire «un papier» en hommage à des personnes disparues qui ont apporté leur pierre à l’édifice d’une Algérie fascinée par l’avenir. Ces personnalités sont généralement des personnes qui ont une vie de rectitude bien remplie. Le décès brutal du jeune Yazid Aït Hamadouche m’a interpellé d’abord par sa jeunesse. C’est la voix de 30 millions de jeunes qui se reconnaissaient en lui. 
C’était  l’icône de celles et ceux d’en bas, des sans-dents et des sans-grade, mais pas sans-droits. Il nous a été ravi par la Faucheuse. Cette disparition qui  nous laisse quelque part perturbés car rien ne présageait que cette force vive, ce météore nous quitterait si tôt ! Je me suis senti un devoir de témoigner, car j'ai eu le privilège personnellement de le rencontrer, de l'apprécier et de me dire que l'Algérie de nos rêves a un avenir avec des battants de sa trempe. Il a réussi à réaliser ses rêves. Paix à son âme.

Florilège de réactions sincères de près de 300 personnes
Les hommages ont été sincères : «Un grand animateur, un grand homme. La radio a perdu un trésor. Quand on veut une chose, tout l’univers conspire à nous permettre de réaliser notre rêve. On n’entendra plus sa voix à la radio, j'ai toujours eu l'impression que c'était la voix d'un enfant dans un corps d'adulte (…)  Aujourd'hui je comprends pourquoi ! Il a su garder le cœur et les yeux d'un enfant malgré les difficultés. Tellement émouvant et triste. (…)  Il était une personne tellement agréable à écouter. Les gens bons partent plus vite que les autres...  C'était mon exemple d'espoir. Trop triste, un vrai gentleman, très professionnel, très posé et très tenace (...) Ce bonus que la vie t'a offert, tu en a fait bon usage et tu l'as partagé avec nous.»  
«Ça m'a arraché un morceau du cœur... cette nouvelle... Je suis très, très bouleversée, il est si jeune !!! Je souhaite beaucoup de courage à ses parents. Il avait toute la vie devant lui, il avait beaucoup de qualités. (…) Vraiment une grande perte. Un homme exemplaire, courageux, passionné, professionnel, toujours motivé. Bien préparé, souriant. Excellent et très performant. Ta vive voix et tes messages émouvants resteront gravés dans les mémoires de tous les auditeurs. (…) Une voix unique, une personne très gentille, pleine d'espoir. (…) Très émouvant son témoignage à la fois d’amour, de bravoure et de courage. C’était un espoir pour nos jeunes talents qu’il n’a pas cessé de les dénicher là où ils se trouvaient.»   
Un dernier témoignage de Fatiha Karbiche, une auditrice qui le découvre sur le tard : «C'est le message que Yazid m'a adressée le 20 août  : ‘‘Bonjour Fatiha, aujourd'hui c'est mon anniversaire, et sans t'en rendre compte, tu viens de me faire le plus beau des cadeaux d'anniversaire. Ton message m'a rempli  le cœur de bonheur, d'émotion et de courage. Du fond du cœur, merci !’’ Ce n'est que jeudi 16 août que j'ai découvert Yazid sur Canal Algérie, je suis restée sans voix devant son cursus, sa volonté, son niveau ! 
Aussitôt l'émission terminée, je lui ai envoyé un message sur Facebook auquel il a répondu me disant que c'était son... anniversaire ! La douleur que j'ai ressentie à l'annonce de son décès est celle de la perte d'un... petit frère, moi qui suis d'une tout autre génération que lui.»  Chapeau bas devant cette âme qui nous donne une leçon de vie. Une belle âme qui nous quitte... Encore un exemple de dépassement de soi, de résilience et de dévouement avec une générosité de cœur sans faille. Rabbi yarahmou.

Qui est Yazid Aït Hamadouche ?
Informaticien de formation d’une école prestigieuse (INI) où il est très difficile d’entrer et même de sortir avec un diplôme, Yazid fut également animateur et producteur. Le défunt a propulsé de nombreux jeunes artistes au-devant de la scène. Agé de 38 ans, il a été aussi l'animateur des «Serial Taggeur» et «Menthe à l’eau». Il était très apprécié de ses collègues, ses confrères et les auditeurs de la Radio nationale. Yazid Aït Hamadouche était très engagé dans la société civile du pays, que ce soit dans le monde culturel, celui de la santé ou dans l’amélioration de la situation des personnes handicapées. 
Après avoir obtenu son diplôme à l’Ecole supérieure d’informatique en 2005, Yazid entre à la radio algérienne. Une année seulement après son recrutement, il représente l’Algérie dans un concours international, «Premios Ondas», et reçoit le prix spécial du jury en Espagne. En 2012, il permet cette fois encore à l’Algérie de se classer première au grand prix de la Radio Urti, Union de Radios et Télévisions Internationales, devant 47 pays, dont l’Allemagne et l’Espagne, réputées leaders en radiodiffusion. Dans le domaine de la communication et de la culture et depuis 2010, la foi qu’il voue aux capacités de la jeunesse algérienne le pousse à créer «Serial Taggeur», un programme radiophonique original qui a vu l’émergence de toute une pléiade d’artistes communément baptisée «La nouvelle scène algérienne». En décembre 2012, l’Ompi, Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, le récompense en lui décernant un prix pour tous ses accomplissements dans le monde des arts et des droits d'auteur. En 2004, il sera le directeur artistique des 4e et 5e éditions du festival international «Été en musique» en 2014.
Dans un autre domaine de la société civile, celui de la santé, il s’est distingué depuis 2011 comme  l’un des leaders de la lutte contre le sida en Algérie en organisant chaque année des campagnes de sensibilisation, des évènements artistiques et des chaînes humaines de lutte contre le sida en mobilisant un nombre important de jeunes, d’associations et d’institutions autour de cette cause. 
En tant qu’informaticien, Yazid a une totale maîtrise des différents réseaux sociaux. Il a acquis, au fil de son parcours, des connaissances dans la gestion et la production de contenus des différentes pages internet. Il s'est également découvert, ces dernières années, une passion nouvelle pour la réalisation cinématographique.(1) 

Ce que je retiens de Yazid, cet enfant de l’Algérie profonde
Son CV, aussi intéressant soit-il, ne parle pas des défis contre la maladie et les pesanteurs d’une société impitoyable pour avancer dans la vie et avoir une visibilité sociale que beaucoup de jeunes installés dans la fatalité lui envient. Il ne parle que des victoires de Yazid. J’ai été particulièrement ému en écoutant l’émission «Comment se dépasser ?» 
«La vie n'est pas évidente quand nous n'avons pas toutes les chances dès le départ pour réussir. J’avais un choix : soit me lamenter sur moi-même, soit me battre pour vivre. Pour certains, le handicap rime avec la fin d'une vie, ça a été pour moi, au contraire, le début de ma vie. J’avais un rêve, celui de faire de la radio. Aujourd'hui, j'appartiens à ce monde qu’est la radio, j'ai la possibilité de donner un sens à ma vie et pas seulement. J'ai la possibilité de faire sourire des gens, apporter un peu de magie, donner la possibilité à certains artistes, donner libre cours à leur créativité (...). Il suffit juste de se poser la question : est-ce qu'on doit vivre ou bien survivre ? J'ai tout simplement choisi d'être heureux.» Il a fait fructifier le bonus que la vie lui a offert.
Yazid eut à lutter aussi contre une maladie. Il a pu en guérir, reprendre ses études et décrocher son diplôme d’ingénieur et ne pas perdre de temps. Rapidement, il intégra la Chaîne III où il fut apprécié, non pas seulement pour son travail très professionnel, mais aussi pour ce qu’il apportait en termes d’espoir à une jeunesse en panne d’espérance. Quelque part il me rappelle la légende amérindienne du colibri : «C’est un minuscule oiseau qui essaie d’éteindre un gigantesque incendie en jetant sa petite goutte. Agacé, un tatou lui dit : ‘‘Tu es fou ? Tu penses qu’avec tes petites gouttes tu vas éteindre l’incendie ! Je sais, répond d’une façon têtue le colibri, mais je fais ma part !» Yazid a fait plus que sa part.
Les autorités s’honoreraient à le prendre comme exemple d’abnégation, de résilience ; bref, de qualités profondes de l’Algérien que beaucoup d’entre nous ont perdues. Paix à ton âme Yazid, nous ne t’oublierons pas !
C. E. C.

1) https://www.linkedin.com/in/yazid-ait-hamadouche-0b317712b/
2.https://www.youtube.com/watch?v=FDoBAX7tqvM

 

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