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Contribution

Le commerce international Une guerre sans morts

Publié par Chems Eddine Chitour
le 08.03.2018 , 11h00
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«Nous sommes en guerre avec l’Amérique... une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort.» Silence... «Parce qu’ils sont très durs les Américains... Ils sont voraces... Ils ne veulent que ce qu’ils veulent... Un pouvoir sans partage sur le monde...»

(François Mitterrand)

Cet aveu de Mitterrand montre la dureté des relations internationales et relativise tous les discours de bonnes intentions au profit de la realpolitik. Cette boutade est là pour nous rappeler que le monde actuel est une jungle, les pays occidentaux donnent l'impression d'une unité de façade contre les adversaires de l'Empire. Mais entre eux, c'est une lutte à mort. Il n'est que de voir comment les Etats-Unis tentent d'imposer le traité transatlantique Tafta. On comprend dans ces conditions comment ces pays occidentaux feront tout pour casser la dynamique de la Chine, de l'Inde, de la Russie, surtout depuis qu'ils se sont organisés (Brics).

A quoi sert l’OMC ?
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) est une organisation internationale créée en 1995 et dont le siège est situé à Genève, en Suisse. Elle regroupe 161 pays. Le but de l’OMC est de faciliter le commerce. L’Organisation mondiale du commerce a donc pour objectif principal de favoriser l’ouverture commerciale. Pour cela, elle tâche de réduire les obstacles au libre-échange, d’aider les gouvernements à régler leurs différends commerciaux et d’assister les exportateurs, les importateurs et les producteurs de marchandises et de services dans leurs activités. L’OMC sert de cadre de négociation entre les Etats afin de réduire les obstacles au commerce et s’assure que les Etats respectent bien leurs engagements. L’OMC règle aussi les litiges pouvant naître entre les Etats en raison de ses accords. On l’aura compris, c’est une organisation dimensionnée à la taille des plus riches et quand la ressource se fait rare, les loups commencent à se manger entre eux.

Taxes sur l’acier et l’aluminium : premier craquement de l’OMC
Un coup d’éclair que l’annonce de Donald Trump de taxer l’acier et l’aluminium et qui a provoqué de vives réactions : «inacceptables», «mesures injustes»…, indignation au sein des pays industrialisés et à un degré moindre chez les pays du Brics. Pour les autres qui n’ont rien à vendre, ni avoir les moyens d’acheter, c’est un non-évènement. Le président américain a déclaré jeudi vouloir fortement taxer les importations.
Les Etats-Unis imposeront la semaine prochaine des droits de douane de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur les importations d’aluminium afin de défendre une industrie sidérurgique américaine «décimée par des décennies de commerce inéquitable» (…) «Nous regrettons fortement cette décision américaine», a réagi Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. «L’UE entamera le plus tôt possible des consultations sur le règlement des différends avec les Etats-Unis à Genève», a ajouté la commissaire au commerce européenne, Cecilia Malmström. Le ministre des Affaires étrangères allemand, Sigmar Gabriel, a déclaré, vendredi, que «l’UE [devait] réagir de manière ferme aux taxes douanières punitives des Etats-Unis qui menacent des milliers d’emplois en Europe». Le Kremlin a exprimé, vendredi, sa «préoccupation», assurant que Moscou allait «analyser attentivement» ses relations commerciales avec Washington. Nous partageons cette préoccupation et allons analyser attentivement la situation en ce qui concerne nos relations commerciales avec Washington», a déclaré aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov»(1). «Tout tarif ou quota qui serait imposé à notre industrie canadienne de l’acier et de l’aluminium serait inacceptable», a déclaré, le ministre du Commerce international canadien, François-Philippe Champagne. Le chef de la Maison- Blanche a promis de sanctionner ce qu’il considère comme des pratiques commerciales déloyales, notamment de la part de la Chine — bien que le pays ne représente que 2% des importations américaines d’acier, son expansion industrielle massive a contribué à une production d’acier surabondante au niveau mondial, qui a fait reculer les prix. «Les conséquences pour la Chine ne sont pas très importantes», a déclaré Li Xinchuang, vice-secrétaire général de l’Association chinoise du fer et de l’acier. «La Chine demande aux Etats-Unis de refréner leur recours à des mesures protectionnistes et de respecter les règles du commerce multilatéral», a déclaré Hua Chunying, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois. «Si d’autres pays leur emboîtaient le pas, cela aurait un impact grave sur l’ordre du commerce mondial.»(1)

Trump déclenche la guerre commerciale
Il est hors de doute que la décision américaine a été réfléchie. Pour Philip Blenkinsop et Susan Heavey : «Le président américain Donald Trump a adopté vendredi une attitude de défi en déclarant que les guerres commerciales étaient saines et pouvaient être remportées. De nombreux économistes estiment que des droits de douane sur l'acier et l'aluminium détruiraient plus d'emplois qu'ils n'en créeraient en raison des hausses des prix qu'ils provoqueraient sur de nombreux produits comme les voitures ou le pétrole, ce qui pénaliserait la consommation, principal moteur de l'économie américaine.» Le Fonds monétaire international a abondé dans ce sens en déclarant que «les restrictions aux importations annoncées par le président des Etats-Unis vont probablement nuire, non seulement à l'extérieur des Etats-Unis, mais aussi à l'économie américaine elle-même.»(2)
La Commission européenne a qualifié les droits de douane envisagés d'«intervention flagrante équivalente à du protectionnisme». Son président, Jean-Claude Juncker, a déclaré : «Nous allons mettre des barrières douanières sur les Harley-Davidson, sur le bourbon et sur les jeans Levis.» «Nous sommes bien présents et ils vont apprendre à nous connaître. Nous aimerions avoir une relation raisonnable avec les Etats-Unis mais nous ne pouvons pas nous contenter de faire l'autruche.»(2) Pour l’histoire, la même Europe n’avait pas d’état d’âme à taxer l’acier chinois. L'Europe avait appelé ces droits douaniers des «droits antidumping». Souvenons-nous des politiques de subventions européennes à l’agriculture (la PAC) à hauteur de 25 milliars d’euros et américaines (55 milliards de $) imposés à ceux qui veulent entrer dans l’OMC dont la charte interdit les subventions.

L’arrêt de mort de l’OMC est acté
«Trump peut-il signer l'arrêt de mort de l'OMC et du libre-échange ?» écrivait, d’une façon prémonitoire, en 2016, Mathilde Golla. Durant sa campagne, le candidat républicain a mené une véritable croisade contre le libre-échange commercial. Le point d'orgue a été atteint fin juillet, lorsque le futur président a fait part d'une possible sortie des Etats-Unis de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Donald Trump avait qualifié l'Organisation mondiale du commerce de «désastre». «Nous allons renégocier ou sortir [de l'OMC]», avait-il ajouté. Pour Philippe Marin, professeur d'économie à Sciences Po, si le directeur de l'OMC tente de convaincre la nouvelle administration de rester dans l'Organisation, c'est qu'une sortie des Etats-Unis de l'institution créée en 1995 pourrait en effet signer son arrêt de mort. Tout d'abord parce que Washington est le principal contributeur au budget de l'OMC, qui rassemble 162 Etats engagés dans la réduction des barrières au commerce. En outre, «si les États-Unis sortent de l'OMC, elle ne servira plus à rien», indique Philippe Martin.(3)
L'Organisation mondiale du commerce concernée s’est fendue d’un communiqué sans relief : «L’OMC est ‘‘clairement préoccupée’’ par le projet du président américain de taxer les importations d'acier et d'aluminium», a indiqué le patron de l'OMC. «Une guerre commerciale ne serait dans l'intérêt de personne. Le risque d'escalade est réel, comme l'ont montré les premières réponses des autres pays. L'OMC surveillera la situation de près.»(4) On comprend le ras-le-bol des vassaux quand on sait par exemple que le Nord Stream 2 est combattu par les Etats-Unis et l’Ukraine. Pour Angela Merkel : «C’est un projet économique qui ne constitue aucune menace à la sécurité énergétique de l’Union européenne», a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel. «Nous considérons le Nord Stream 2 comme un projet économique. Nous encourageons également la diversification des sources énergétiques.»
Le projet Nord Stream 2, d'un coût de 9,5 milliards d'euros, prévoit la construction de deux conduites, depuis le littoral russe jusqu’en Allemagne en passant par le fond de la Baltique. Sa capacité totale sera de 55 milliards de mètres cubes de gaz par an et le tronçon maritime passera par les zones économiques exclusives et les eaux territoriales de la Russie, de la Finlande, de la Suède, du Danemark et de l'Allemagne. L'Ukraine et les Etats-Unis s’opposent, Kiev redoute de perdre les recettes qu'elle tire du transit du gaz russe, tandis que Washington espère exporter son gaz en Europe.(5)

Le ras-le-bol de l’Europe qui veut s’émanciper des Etats-Unis
La vieille Europe pour Donald Rumsfeld commence à sentir la dureté du joug américain dans tous les domaines. Elle rue d’une façon soft. Comme lui sur la contribution suivante : «Las d’être des ‘‘colonies militaires’’ des Etats-Unis, des pays européens avancent vers un conflit ?» Fin février, Angela Merkel a appelé l’Europe à «prendre son destin en main». Mais selon Keith Preston, rédacteur en chef du site Attack the System.com, l’Europe serait une «colonie militaire» pour les Etats-Unis.
Si elle menait une politique indépendante à l’égard de la Chine ou de la Russie, un conflit avec Washington serait inévitable, d’après M. Preston. Les pays européens commencent à se lasser de leur dépendance militaire et politique par rapport à Washington et cela pourrait engendrer un conflit politique entre les Etats-Unis et l’UE et créer des problèmes pour l’Otan, a déclaré Sputnik Keith Preston. «Un sentiment anti-américain se répand en Europe.
Nombre de pays européens sont quelque peu déçus d’être des colonies militaires des Etats-Unis et souhaitent plus d’indépendance», a indiqué M. Preston rappelant que les nations européennes dépendaient des Etats-Unis en raison du soutien militaire qu’ils en reçoivent par le biais de l’Otan, mais «au prix d’une réduction de leur autonomie politique».(6)
D’après M. Preston, l’Allemagne et la France ont déjà fait des pas en ce sens. Berlin a adopté «une position plus amicale à l’égard de la Russie» et d’autres pays européens pourraient suivre son exemple. Mais si l’Europe agit comme un acteur global indépendant et souhaite notamment baisser la tension dans ses relations avec la Russie ou la Chine, les Etats-Unis «y seront opposés», d’après M. Preston. «Les Etats-Unis profitent de l’influence dont ils bénéficient au sein de l’Otan, ainsi que de leur contribution importante au financement de l’Alliance, pour avoir un contrôle politique sur les pays d’Europe occidentale et, progressivement, sur l’Europe de l’Est […]. Si ces nations commençaient à mener une politique plus indépendante, il y aurait un conflit politique entre l’Europe et les Etats-Unis», a estimé M. Preston.(6)

Algérie, l’OMC et la nécessité du compter sur soi
Il nous faut montrer constamment notre volonté d’adhésion à l’OMC dans un partenariat Winn-Winn et non Winn-Lose. Pour l’histoire, ce que l’on claironne comme 150 pays ayant adhéré en dehors de la dizaine de pays occidentaux auxquels il faut ajouter quelques pays du Brics, tous les autres pays sont, à des degrés divers, des losers, des perdants, des éclopés d’une mondialisation laminoir dimensionnée à la taille des plus grands. Il en est ainsi de l’Union européenne qui nous a imposés un accord d’association véritable marché de dupes.
L’Algérie a entamé le processus d’accession à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995. «Le vrai débat n’est pas là, mais se situe dans l’avenir économique du pays. Avec 30 000 importateurs pour 300 exportateurs. Nous avons beaucoup investi dans le social, c’est une bonne chose, mais cela ne crée pas de richesse. Il nous faut aller vers une transition qui nous mènera vers une économie de la connaissance.
L’adhésion à l’OMC est un leurre, nous devons nous focaliser sur les vrais périls qui nous guettent. Il ne faut pas croire que l’Algérie est ‘’too big to fail’’. Trop grosse pour chuter, rien n’est impossible pour les architectes du Nouvel ordre mondial. Nous sommes avertis. Pourtant, bien avant l’OMC, à la 4e Conférence au sommet des Non-Alignés des 4-9 septembre 1973 à Alger, le président Boumediène fut délégué par ses pairs pour aller, le 10 avril 1974, depuis la tribune des Nations unies, dénoncer l’échange inégal entre le Nord et le Sud en réclamant au nom des pays du Tiers-Monde l’instauration d’un nouvel ordre économique, plus juste, rejetant … toute forme de subordination ou de dépendance, toute ingérence et toute pression, qu’elles soient politiques, économiques ou militaires. On sait comment tout cela s’est terminé.»(7)

Conclusion
En fait, toute cette architecture mise patiemment après les accords de Bretton Woods pour gérer le monde est en train de s’effilocher. Car tant qu’il y avait abondance des matières premières, tant que les pays du Tiers-Monde ne représentaient rien ni du point de vue commerce ni du point de vue puissance militaire, l’Empire et ses vassaux ont mis en coupe réglée le monde. Mais les craquements ont apparu le 15 août 1971 quand Nixon a décrété que le dollar n’était plus indexé sur l’étalon or. Cependant, des institutions furent créées, ce sera la Banque mondiale, puis le FMI, dans le même temps l’Otan — pour les récalcitrants — a été renforcé, alors qu’il devait disparaître puisque c’était le pendant du Pacte de Varsovie qui a disparu en 1989 avec la disparition de l’URSS. Juste après, en 1995, apparaissait l’OMC qui dicte la norme des échanges des biens mais pas la circulation des personnes (visas… migrants). A la fin des années 90, il fallait à l’Occident — l’Empire et ses vassaux européens — un Satan de rechange, il tombait du ciel, c’était l’islam. La démocratie aéroportée et le TPI (pour juger les contrevenants). Par la suite, trois nouveaux paramètres sont apparus, d’abord l’avènement des Brics qui prônent un monde multipolaire et qui concurrencent par leur dynamisme économique l’ancien monde, la finitude des matières premières dont l’énergie et les changements climatiques. Les Sud pillés regardent les riches s’étriper entre en eux.
Les institutions mises en place par l’Empire ne durent que quand elles servent l’Empire et accessoirement ses vassaux. Ainsi les Etats-Unis se sont retirés de l’Unesco, de l’union des Nations unies pour les réfugiés, coupable de dire le droit et d’aider la Palestine. Avec Trump qui d’une certaine façon fait ce qu’il dit (ses promesses de campagne), de sombres jours se profilent pour les relations de l’Empire et de ses vassaux.
C. E. C.

Notes
1.http://www.lemonde.fr/international/article/2018/03/02/ taxes-sur-l-acier-et-l-aluminium-l-annonce-de-donald-trump-provoque-de-vives-reactions_5264572_3210.html
2.Philip Blenkinsop et Susan Heavey, Reuters 2 mars https://fr.yahoo.com/news/trump-sur-le-sentier-la-guerre-commerciale-183601163-business.html
3.Mathilde Golla http : //www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/11/10/20002-20161110ARTFI G00002-trump-peut-il-signer-l-arret-de-mort-de-l-omc-et-du-libre-echange.php
4.https://www.rtbf.be/info/economie/detail_l-omc-clairement-preoccupee-par-le-projet-de-taxes-de-trump?id=9855670
5.https://fr.sputniknews.com/international/201802161035171782-merkel-nord-stream-2/
6.https://fr.sputniknews.com/international/201803011035345944-europe-colonie-militaire-usa-conflit/
7.Chems Eddine Chitour https: //www. legrandsoir. info/algerie-l-omc-un-non-evenement-la-necessite-du-compter-sur-soi.html

 

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