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Culture

Hommage Le jour où Abderrahmane Lounès rencontra Zoubir Souissi

Publié par Kader Bakou
le 09.06.2021 , 11h00
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Quand Abderrahmane Lounès parle de son ami, le regretté journaliste et écrivain Zoubir Souissi, on pense immédiatement à certains passages de la chanson Jojo de Jacques Brel : «Six pieds sous terre tu n'es pas mort», «Nous parlons en silence d'une jeunesse vieille» ou encore «Tu sais le nom des fleurs. Tu vois que mes mains tremblent. Et je te sais qui pleure pour noyer de pudeur mes pauvres lieux communs». 
L’écrivain et journaliste Abderrahmane Lounès a réalisé un entretien avec Zoubir Souissi. L’interview est parue dans le numéro 220 du journal Le Siècle dans l’édition du vendredi 4-samedi 5 août 2000, au crépuscule de l’ancien siècle-début du nouveau, avec comme titre L’humour ne doit pas faire l’objet de calculs. 
À «l’incontournable» question «qui est Zoubir Souissi ?», l’intéressé répond : «Zoubir Souissi est, comme il se qualifie lui-même, un vieux chameau de la presse qui a débuté sa carrière au lendemain de l’indépendance. Après plus de trois décennies et demie de pratique, il aspire à prendre du recul par rapport aux événements et aux hommes.»    
L’interviewer reformula, en quelque sorte, sa question (entre amis, on se permet…) : «Comment se définit-il entre le chroniqueur, le journaliste et le président de l’Association des éditeurs de journaux ? N’est-ce pas trop pour un seul homme ?» L’interviewé se révéla un peu plus loquace : «Je me définis comme journaliste, d’abord dans la mesure où je suis passé par toute la gamme du journalisme. Tour à tour reporter sur le terrain, puis sédentaire traitant de l’actualité avec des incursions dans la presse spécialisée, et notamment la rubrique culturelle. Au début des années soixante-dix, je me suis essayé au commentaire politique et c’est tout à fait logiquement que j’ai tâté de la chronique.»
Abderrahmane Lounès voulait savoir comment Zoubir Souissi est venu à la chronique, la satire et le journalisme. «En fait, et comme je le raconte souvent, la ‘’plaisanterie’’ a commencé dans ma prime jeunesse. Je dois à mon prof de français, en sixième, mon penchant pour les lettres. Ce prof, français de son état, avait décelé en moi un littéraire en herbe. Et comme j’étais bougrement flemmard, il m’avait soumis à rude épreuve en m’obligeant à lire les grands classiques et à les résumer. J’y ai gagné un goût  immodéré pour la lecture. Au lycée, j’ai fait du théâtre. Une occasion  pour moi d’affiner mon penchant pour la chose littérature. J’ai campé le rôle de Petit-Jean dans Les plaideurs de Racine. La pièce commence par une longue tirade dudit Petit-Jean. Et c’est donc tout naturellement que j’ai écrit à l’âge de dix-huit ans une pièce de théâtre intitulée Le bonheur des fous. C’était mon premier vrai coup d’essai en matière d’écriture. La pièce fut montée par la troupe constantinoise El Amal Al-Masrahi  et plus tard par moi- même avec une troupe amateure. Même si je considère aujourd’hui cette pièce un tantinet ringarde, à travers ses côtés mélo, je dois reconnaître qu’elle eut un franc succès et qu’elle me rapporta des droits d’auteur substantiels pour l’époque. Et c’est ainsi que je suis passé du théâtre au journalisme, métier que j’ai toujours rêvé de faire depuis ma plus tendre enfance.» 
Il n’ y a que Lounès, le champion olympique  des jeux de mots (et des jeux d’humour) qui pose une question comme : «Par vos écrits complètement ‘‘hors chemin’’ et votre ‘‘vocabhilare uppercutant’’, voire un tantinet ‘‘vociféroce’’ et provocateur, vous avez dérouté plus d’un (dé) lecteur. Pour épater qui ?» Zoubir Souissi donna, alors, son avis sur l’art de l’écriture : «Avec l’expérience, j’ai appris que le style est un élément fondamental dans l’écriture, et plus particulièrement en ce qui concerne la chronique. Plus il est frais et pétillant, et plus il accroche. Le ‘‘vocabhilare’’, comme vous dites, ‘‘uppercuttant, voire vociféroce et provocateur’’ suppose un sens aiguisé de l’humour et aussi un vocabulaire fourni et une culture générale exhaustive. L’aspect provocateur est tout aussi primordial, car il faut provoquer le lecteur pour l’intéresser.»  
Le journaliste a-t-il, parfois, peur de ne pas être compris par le lecteur ? «C’est précisément mon cauchemar. Je suis littéralement terrorisé à l’idée que ce que j’ai commis n’ait pas eu prise sur le lecteur. À mon avis, on peut transcender cette crainte en essayant d’écrire simplement. Dans ce contexte, il faut prendre exemple sur les illustres prédécesseurs parmi lesquels on peut citer Viansson Ponté ou Poirot Delpech. Celui qui m’a marqué personnellement, c’est Guy Sitbon du Nouvel Observateur, surtout après son passage aux états-Unis. Il avait une écriture limpide, percutante, sans préciosité de style et surtout terriblement efficace ; le style anglo-saxon, quoi…»
Abderrahmane Lounès voulait aussi savoir s’il faut «viser plus bas» pour rallier un plus large public. «Non, je ne pense pas. D’abord, si l’on estime qu’il faut viser bas, cela suppose qu’on juge le lecteur indigent, voire idiot.
 Ensuite, on écrit comme on sait le faire, avec son style propre. On ne peut décemment pas envisager  un style à la carte, bas ou haut, selon le lectorat», explique Souissi. Son parcours journalistique, il le voyait (en 2000) «tronqué par de longues années de langue de bois et de censure» et  c’est «l’amour de mon métier qui a fait que je n’ai pas changé d’occupation».
Les (très nombreuses) questions et les réponses se suivent, se rassemblent, sans se ressembler. Abderrahmane Lounès reconnaît avoir eu «détonnantes» réponses d’un Zoubir Souissi qui «reste lucide, mais sincère, égal à lui-même, s’inquiétant, à juste titre, du journaliste dans la société algérienne».
Kader B.


Zoubir Souissi, un «prince-sans-rire» doublé d’un grand humaniste
À l’ensemble du collectif du journal...
C’est avec une grande tristesse et beaucoup d’émotion que je vous écris pour vous adresser mes sincères condoléances. Je viens en effet d’apprendre, ce jeudi 3 juin 2021, le décès du regretté Zoubir Souissi, qui nous a quittés brusquement à l’âge de 78 ans, à Alicante, en Espagne, loin de cette terre qui l’a vu naître et qu’il aimait comme un homme aime follement une femme.
À plusieurs reprises, je l’ai rencontré lorsque j’étais directeur des éditions de la Société de presse et de communication (Saprecom).
Après le bouclage, je passais des heures à discuter littérature et politique avec lui dans son petit et modeste bureau. J’ai eu le plaisir de remarquer sa passion pour les nouvelles recrues, sa capacité de mobiliser les journalistes, cette volonté tenace de refuser de baisser les bras devant l’hydre intégriste.
Zoubir Souissi est, sans doute, l’un des doyens des journalistes algériens qui incarnait le mieux la fameuse citation de Joseph Pulitzer, fondateur du journalisme moderne. Homme de conviction et d’engagement, toute sa vie durant, il aura lutté pour défendre les causes justes qui lui tenaient à cœur.
Avec sa disparition, nous perdons un grand écrivain, un «prince-sans-rire» doublé d’un grand humaniste, un fervent défenseur des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, un véritable militant de la dignité humaine.
En mon nom propre, je tenais à adresser mes plus sincères condoléances à sa famille, ses enfants, ses proches ainsi qu’à Boubakeur Hamidechi et Maâmar Farah, qui étaient ses amis de toujours.
Abderrahmane Lounès

 

 

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