Rubrique
Evocation

BOUDJEMAÂ EL-ANKIS Le maître au talent précoce

Publié par Abdenour Belkheir
le 10.07.2018 , 11h00
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A 13 ans à peine (1940) son destin de chanteur de chaâbi est déjà tracé !  A treize ans à peine, il entre de plain-pied dans la chanson chaâbie et, surtout, dans le cercle restreint des chouyoukh, dans un métier où il n’est guère aisé de se tester, encore moins de s’engager et de se frayer un chemin. Lui, c’est le regretté El Hadj Mohamed Arezki Boudjemaâ dit «El Ankis». 

Issu d’une famille modeste résidant à La Casbah et originaire d’Azeffoun (village de Ath Rhouna, wilaya de Tizi Ouzou), le jeune Boudjemaâ, né le 
17 juin 1927 à Birdjebah,  à La Casbah d’Alger, et aîné de 3 sœurs et 1 frère, réalise très vite son rêve d’enfant. A tout juste 13 ans, son destin prend déjà corps et il est vite tracé. Il confectionne une guitare artisanale et s’inspire de Hadj M’hamed El Anka, qu’il suit partout où il chante à l’occasion des nombreux galas et fêtes familiales notamment.
Toutefois, se sont les illustres chouyoukh Kabaïli et Khelifa Belkacem, natifs eux aussi de La Casbah, qui, très séduits par le talent précoce du petit Mohamed (qui deviendra El Ankis), le prennent sous leur aile.
Avec sa soif d’apprendre et de percer, et grâce aux encouragements et  conseils de ses deux mentors, le jeune chanteur en herbe donne de plus en plus d’étendue à son don. Il a tout juste 
13 ans (1940)  lorsqu’il chante pour la première fois en public à l’occasion d’un mariage qui a lieu à La Casbah.
 Il interprétera de manière convaincante une chanson déjà culte à l’époque Ala rssoul el hadi sali ya achiq. Franchement éblouis par le niveau et le succès sans cesse grandissant du jeune Boudjemaâ qui passe avec succès son certificat d’études à moins de 15 ans, les chouyoukh Kabaïli et Khelifa Belkacem  lui mettent réellement le pied à l’étrier en demandant toutefois l’autorisation de son père. Aux côtés également d’El Hadj El Anka et Hadj Mrizek, dont il fait l’autre source d’inspiration et à qui il voue un grand respect, il polit davantage sa jeune et fulgurante carrière.
Du haut de ses 14 ans, il «ose», sans complexe aucun, chanter lors d’une grande fête familiale la chanson El Kaoui», qui, à vrai dire, sera l’élément réellement déclencheur de sa gigantesque carrière. Se situant cette fois entre ses maîtres El Anka et Mrizek, le jeune El Ankis s’applique pleinement et a déjà le souci du moindre détail.               
Le fait de vouloir à tout prix réussir et séduire provoque en lui l’inévitable trac, qui, selon ses propres dires, le suivra durant toute sa longue et impressionnante carrière.
«Notre regretté père avait vraiment peur de la scène. Il voulait tellement donner le meilleur de lui-même et faire plaisir aux mélomanes qu’il ne pouvait se défaire du trac qui, finalement, lui collera toujours à la peau», dira Mokhtar, son fils cadet (chanteur avec l’autre frangin Hakim, véritable «photocopie» de son regretté père). A 19 ans, alors qu’il connaît la célébrité et devient le chanteur chaâbi mature, «El Ankis» décide de se lancer dans un nouveau style de chaâbi : la chansonnette. Il connaît, là aussi, un succès rapide et sans cesse grandissant du fait de l’utilisation de la langue populaire algérienne. De 1956 à 1962, il stoppe sa carrière tout comme l’ensemble des chanteurs et sportifs sur ordre du FLN.
Faisant déjà clandestinement de la propagande pour la cause nationale lors des mariages qu’il anime, il est deux foix emprisonné (1957 et 1960) par les services de l’armée coloniale.
Au lendemain de l’indépendance, Boudjemaâ El Ankis (à l’âge de 35 ans) donnera, grâce à la chansonnette et au grand parolier Mahboub Bati, un nouveau style au chaâbi. Il alignera de réels tubes repris un peu partout et notamment dans les stades tels  Oh oh yantiya, Ichi inti, Chehlet layani...  de Abdelhakim Gharami. D’autres chansons chaâbi ont également marqué la carrière du regretté El Ankis à l’image d’El Ouahdani, un chef-d’œuvre, El Ouafat... Avec son ami et voisin de quartier à El Madania, l’auteur, compositeur et interprète, le grand regretté Mohamed El Badji, El Ankis interprètera avec brio  Maqnin ezzine, Bahr ettoufane, Alach ya kebdi oulidi, Rah el ghali rah...  
Sur sa lancée, il anime énormément de mariages et de galas. Les mélomanes de la chanson chaâbie apprécient autant son immense talent de chanteur que ses grandes qualités de cœur. Humble, généreux et extrêmement sensible, El Hadj Boudjemaâ El Ankis animait bien souvent des fêtes, sans gagner le moindre sou. 
Il demandait tout juste à payer les membres de son orchestre. Lorsqu’il se faisait normalement payer, il faisait assez souvent là aussi un geste en direction de personnes nécessiteuses qu’il connaissait et avec qui il avait des contacts. «Notre regretté père était ainsi fait, il était généreux, bienveillant et rassembleur. C’était le père des nécessiteux, des malheureux, des malades.
Son bonheur à lui, il le vivait du bonheur qu’il donnait à ses proches, mais également aux autres. Aussi, il était l’ami de tout le monde, des plus hauts responsables du pays au simple citoyen», a tenu à dire Mustapha, l’aîné des enfants du regretté cheïkh, les yeux embués d’une vive émotion.
Très sage, El Hadj Boudjemaâ El Ankis savait écouter mais savait aussi peser le pour et le contre. «Il n’aimait pas le mensonge, la mauvaise foi et, surtout, la hogra», ajoutera Mustapha, ancien joueur de football et entraîneur.
Père sensible, papa poule, El Ankis a toujours couvé ses enfants, même mariés. Tolérant, parfois intransigeant quand il fallait l’être, El Hadj El Ankis a toujours eu un message à transmettre, un conseil à donner à ses enfants, ses nombreux petits-enfants, mais également à tous ceux qui en avaient besoin.
«Il était le père aimant, protecteur, le confident, le conseiller, le psy... Il nous couvait avec beaucoup d’amour, de délicatesse, mais il savait élever le ton lorsqu’il le fallait», ajoutera Hakim, la véritable voix de son père, qui a un lourd héritage, mais qui semble bien entretenir la flamme laissée par son regretté paternel.
Fidèle en une amitié sincère et durable, El Hadj Boudjemaâ El Ankis appréciait au plus haut point les qualités de chanteur du regretté Amar Ezzahi mais surtout l’immense humilité et les qualités morales de ce dernier qui lui a toujours voué respect et admiration.
«Portant l’Algérie dans son cœur, El Hadj Boudjemaâ El Ankis a toujours eu la parole juste et mesurée et n’a jamais tellement tiré profit de sa grande notoriété, ni de ses nombreuses connaissances. Père d’une famille nombreuse, El Hadj El Ankis a terminé le restant de sa vie dans un modeste appartement à la cité Sorécal de Bab Ezzouar», tiendra à dire Boudjemaâ Hmimed, son cousin et gendre à la fois, très ému.
A Azeffoun, la terre de ses aïeux,  où il allait souvent «s’évader et s’isoler»,   El Ankis faisait réellement corps avec la mer qu’il pouvait regarder pendant des journées entières. 
Ça le ressourçait, le requinquait et l’inspirait. Il humait l’air vivifiant bien de chez lui. A la plage «sauvage», calme et romantique, dite «Tamjoujit» à Ath Rhouna, il passait des moments de tranquillité privilégiés. C’était pour lui son autre pélerinage.
Parti à l’âge de 88 ans, El Hadj Boudjemaâ El Ankis laisse un vide immense dans le cœur de la grande famille du chaâbi. Aussi,  quelques jours avant de nous  quitter, il exigera des siens de l’accompagner à sa dernière demeure dignement, mais simplement. 
«On a fait part de son  souhait aux hauts responsables du pays, dont le respectable ministre Azzedine Mihoubi, qui voulait, par respect à la stature de notre regretté père, des funérailles particulières», précisera Mokhtar, le deuxième fils de Hadj El Ankis, chanteur chaâbi comme son frère Hakim.
C’est ainsi que rah el ghali rah.
A. B.

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