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Ici mieux que là-bas

La fatwa révisionniste de Ghlamallah

Publié par Arezki Metref
le 09.05.2021 , 11h00
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Avec plus ou moins de bonne foi, nos survivalistes passent leur temps à nous seriner l’ineffable  prophétie. Attention : ne pas aller aux élections législatives, clament-ils, signifie prêter le flanc à la menace islamiste qui donnera, dans tous les cas de figure autre que le calendrier de Tebboune, la main à Rachad ! C’est scandé sur tous les modes. C’est chanté sur tous les tons. On nous promet, au futur conditionnel immédiat, l’enfer islamiste, doublé du chaos étranger si on ne les écoute pas. Comme si on n’y était pas déjà !
Les projectivistes de l’apocalypse ont raison sur la nature de la menace. Rachad est un danger. C’est leur droit de soutenir l’actuel pouvoir et son processus qui a l’air d’une énième répétition d’une saynète déjà vue, mais ils n’ont pas forcément raison de prétendre  que la sortie d’une crise de confiance consiste en des élections qui, pour se légitimer, cherchent dans le vieux magasin des accessoires archi-usés, la peur du loup et la psychose du chaos.
Il faut souffrir de strabisme politique pour ne pas voir que l’islamisme qu’on nous brandit comme l’épouvantail de demain est déjà là depuis belle lurette. Il domine des pans entiers des institutions et des secteurs de la société.
N’est-ce pas sous son influence qu’est maintenu l’inique et abscons Code de la famille ? Et n’est-ce pas en vertu de celui-ci qu’on en arrive à la situation absurde qu’a vécue Nassima Bouagar, cette mère de famille de 36 ans, interpellée à Alger en marge d’une manifestation, dont on a exigé la présence d’un tuteur pour pouvoir quitter libre le commissariat ?
N’est-ce pas sous son inspiration que la dernière révision constitutionnelle a supprimé l’article garantissant la liberté de conscience de la loi fondamentale qui n’avait jamais jusqu’alors été remis en cause, du moins de jure ? De facto, c’est une autre histoire. 
N’est-ce pas ce même islamisme inquisitorial qui a sévi de façon très désinvolte par rapport à la loi, dans la procédure puis dans le procès de l’islamologue Saïd Djabelkhir « coupable » d’avoir interrogé son objet d’étude ? N’est-ce pas encore cet islamisme spirituellement indigent et politiquement fascisant, qui motive la condamnation de la militante démocrate Amira Bouraoui ?
Malheureusement, des dizaines d’exemples de ce genre montrent que, pendant qu’on essaye de nous faire focaliser et culpabiliser sur l’enfer futur, l’islamisme, comme une taupe, a creusé ses galeries jusqu’à trôner dans les appareils d’État et acquérir les moyens de porter atteinte à la vie privée des citoyens et à leurs libertés.
Cet envahissement islamiste dans sa version salafiste a été, il faut le dire, boosté par le bricolage improbable de la « Novembria-Badissia », attelage hétéroclite conçu par les spin doctors de Gaïd Salah pour taper dans un cruel révisionnisme sur la Kabylie, siège du Congrès de la Soummam, au profit du badissisme dont il est difficile de dissimuler la porosité assimilationniste. À moins d’effacer l’Histoire !
Ce serait injuste de ne pas reconnaître que le travail de sape islamiste dans les appareils du pouvoir est antérieur à la chute de Bouteflika et au coup de menton de Gaïd Salah. Mais aujourd’hui, la régression même pas féconde est telle que de hauts responsables osent, au nom de cet islamisme, imposer des lectures révisionnistes de l’Histoire. C’est ce qu’a fait, toute honte  bue,  Bouabdellah Ghlamallah, un résidu du bouteflikisme, ministre des Affaires religieuses d’Abdelaziz Bouteflika et actuel président du Haut Conseil islamique, une institution dont les 15 membres sont directement nommés par le président de la République.  A l’occasion du 90e anniversaire de l’Association des Oulémas, il a ouvert les vannes de l'étroitesse décomplexée, en déclarant que « l’Algérien ne peut être que musulman ».
Le blasphème contre la vérité historique a été proféré dans le cadre de la commémoration concernant une association connue pour l’assimilationnisme de ses fondateurs. Contre-vérité historique, c’est une insulte à la mémoire de tous les non-musulmans, qu’ils soient juifs, chrétiens ou agnostiques, qui ont combattu pour l’indépendance de l’Algérie.
C’est une insulte au sacrifice de Fernand Iveton, exécuté par le bourreau colonialiste à la prison de Barberousse en 1957. C’est une insulte à Maurice Audin, enlevé et assassiné par les parachutistes français pour son engagement en faveur de l’indépendance de l’Algérie. C’est une insulte à Henri Maillot qui a, au prix de sa vie, volé un camion d’armes à l’armée française, permettant aux maquisards de renforcer leur combat. C’est une insulte à Annie Steiner qui vient de nous quitter dans l’indifférence et même l’ingratitude du pouvoir auquel appartient Ghlamallah. C’est une insulte à la mémoire de Maurice Laban, de Raymonde Peschard, ces militants communistes algériens d’origine européenne qui ont choisi le camp de l’indépendance. C’est une insulte à Daniel Timsit.  C’est une insulte à William  Sportisse. C’est une insulte à la mémoire du  cardinal Duval, à celle d’Henri Teissier et du Père Scotto et de dizaines d’autres hommes et de femmes d’Église et de religion chrétienne qui ont payé de différents sacrifices leur engagement en faveur d’une Algérie indépendante et fraternelle. Si être algérien comme le dit Ghlamallah, c’est être musulman et uniquement musulman, c’est une insulte à leurs mémoires à toutes et à tous. Par contre, c’est une réhabilitation de traîtres avérés. Selon ce postulat, Fernand Iveton ne serait pas algérien alors que le bachagha Boualam, musulman, lui, le serait sans problème ainsi que les 200 000 musulmans ayant adhéré au Front Algérie française qu’il a créé en 1960 pour combattre l’indépendance qui permet à Ghlamallah d’expectorer autant d’ingratitude.
A. M.

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