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Ici mieux que là-bas

Soudain, la main de l’étranger se calme ?

Publié par Arezki Metref
le 12.01.2020 , 11h00
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Depuis que la date du 12 décembre avait été fixée, les hirakistes refusaient l’élection présidentielle et les partisans de cette dernière expliquent à la plèbe crédule que le mouvement de protestation du 22 février est mené exclusivement par des activistes subventionnés par des officines étrangères. L’équation en devient cristalline : le Hirak est une voiture bélier qui casse la porte pour que l’impérialisme entre avec son néo-libéralisme et le chaos qu’il charrie comme la nuée porte l’orage.
Du coup, la sortie d’une hypnose politique qui a fait recouvrer aux Algériens la conscience qu’ils sont le peuple qui a bouté la France coloniale hors de sa terre, est dévalorisée.
Toute cette colère populaire suscitée par la tragi-comédie du règne de Bouteflika dopé par le libéralisme mondialisé aux mamelles desquelles des membres de son gouvernement et ses oligarques tétaient, ce ras-le-bol des couches les plus défavorisées d’un pays riche appauvri par la rapine de ses dirigeants, le dépit des classes moyennes laissées-pour-compte, tout cela passe par pertes et profits et la protestation légitime d’un peuple écrasé dans sa dignité devient, par un de ces tours de prestidigitation grossiers des tenants du statu quo, le fruit d’une manipulation de l’étranger.
La communication du pouvoir s’articule autour de deux axes essentiellement pour délégitimer le Hirak et vendre l’agenda de la préservation du système sous forme de la tenue d’une élection présidentielle comme la seule solution patriotique et nationale, toutes les autres, y compris donc la revendication de recouvrement de la souveraineté populaire, étant disqualifiées. Elles ne peuvent être que le cheval de Troie de l’étranger.
Les deux axes de cette communication sont connus à force d’avoir été martelés à travers les rugueuses analyses répétées et le martèlement par le biais des moyens d’information publics.
La démarche consistant à imposer une élection présidentielle au lieu d’enclencher un processus de transition pouvant mener à une réelle refondation des règles du jeu constitutionnelles, promouvant la souveraineté populaire, était garante de contenir le néo-libéralisme qui menace la souveraineté économique de l’Etat au profit des forces multinationales.
Cette garantie progressiste et nationale est opposée théoriquement, selon cette communication,  aux aspirations du Hirak à une transition qui procéderait d’un plan d’officines occidentales visant à mettre main basse sur les richesses de l’Algérie. Le schéma est simple. Le Hirak défend le néolibéralisme et le pouvoir et ses solutions imposées défend, lui, une vision au service des intérêts nationaux. Or l'un et l'autre sont complexes et loin d'etre monolithiques.
Le deuxième argument est celui déjà utilisé par Ouyahia dans la promotion du 5e mandat de Bouteflika sans lequel ce serait le chaos. Après la chute de Bouteflika, le même argument a été repris par le pouvoir de fait qui tenta d’assimiler le Hirak à une agitation fomentée pour préparer une ingérence étrangère.
Dans l’absolu des relations internationales, les deux dangers invoqués par la propagande des forces du statu quo existent.
Les tentatives de piller les richesses nationales ne sont pas une vue de l’esprit. Le triomphe, depuis trente ans, du capitalisme financier dont la domination ne trouve plus guère de résistance et encore moins d’alternative à l’échelle de la planète, a converti beaucoup de dirigeants d’Etats nationaux jadis progressistes en relais compradores. La période Bouteflika semble avoir été un âge d’or de ce processus de libéralisation dans la corruption de l’économie en faveur d’oligarques et de leurs protecteurs politiques au point où l’on est arrivé à une indistinction entre affairisme véreux et pouvoir politique.
Quant au danger de déstabilisation par des attaques extérieures, il est certain que vu la politique extérieure de l’Algérie, et ses intérêts géopolitiques indépendants, il n’est jamais à écarter. Mais il est absurde qu’il soit une menace brandie par le pouvoir plutôt qu’un objet de la mobilisation du peuple.
Mais ce ne sont pas des arguments à opposer au Hirak pour obliger le peuple à subir un calendrier destiné à maintenir le même système. D’abord, parce qu’au contraire, c’est le Hirak qui veille aux intérêts nationaux, une des preuves étant la mobilisation contre la loi d’abdication de la souveraineté sur les hydrocarbures que le gouvernement avait envisagée au zénith du mouvement du 22 février. Ensuite, une fois l’élection imposée, le gouvernement formé, on s’aperçoit, sans préjuger d’un programme présidentiel auquel personne n’a fait attention du fait de l’insignifiance du sujet dans une conjoncture tumultueuse, que la composition de l’exécutif ne semble pas globalement constituer une équipe de choc qui combattrait le libéralisme et ses dégâts sur la société. Maintenant que l’élection est passée, qu’on connaît la composante du gouvernement faite  pour une part de recyclés dans un âge censé être nouveau, que va-t-on faire contre les deux dangers qu’on nous a présentés comme imminents ?
A. M.


ERRATUM
Une erreur de transmission a estropié la chronique de la semaine dernière. La voici dans sa version intégrale. 
Nos excuses aux lecteurs.

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