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Kiosque arabe

Ils ont encore peur de Nawal Saadaoui !

Publié par Ahmed Halli
le 05.04.2021 , 11h00
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Il y a aussi de belles choses qui nous viennent du Machrek, et je ne vais pas vous citer tous les grands écrivains, poètes, philosophes, et artistes qui ont tant apporté et apportent à notre culture. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi dans ce pays nous ne gardons trop souvent que l'ivraie au détriment du bon grain, et nous figeant devant les apparences, sans oser les traverser. Le procès intenté à Saïd Djabelkhir par un concitoyen est une réédition des procès similaires nés dans l'Égypte de Sadate, mais avec les défauts de ces imitations, dont il faut se méfier, dit-on. À suivre les plus mauvais exemples qui nous viennent du Machrek, et à se poser dans les prétoires en défenseur de l'Islam, on risque de devenir une caricature de musulmans. On y parvient sur les pas du prêcheur égyptien Abdallah Rochdi qui déclare, en guise d'oraison funèbre, que Nawal Saadaoui avait milité, à l'université, chez les Frères musulmans. Pour prouver qu'il disait vrai, et sachant que l'accoutrement est l'un des piliers de l'islamisme, il a ajouté qu'elle s’était voilée et qu'elle incitait les étudiantes à porter, comme elle, le voile. Ce parfait hypocrite a même publié une vidéo sur Youtube, reprenant ces propos et affirmant qu'il ne voulait pas excommunier Nawal Saadaoui, mais que ses positions le méritaient. 
Pourquoi Abdallah Rochdi a-t-il attendu que Nawal Saadaoui soit morte pour parler de son passé de «sœur musulmane», sachant que les Frères musulmans sont hors-la-loi en Égypte? Il y a sans doute derrière cela, la volonté de noircir l'image de la défunte et de faire passer une ex-communication qui ne dit pas son nom, et il y a aussi la peur de s'attaquer à elle, de son vivant. Sans doute craignait-il aussi qu'elle lui intente un procès, un vrai, sans les jérémiades de ces musulmans furtifs qui veulent passer pour les défenseurs de l'Islam, alors qu'ils en sont l'opposé. Il faut dire que de son vivant, l'écrivaine et psychiatre était la hantise des islamistes qui se présentent en victimes, voire en pacifistes dans les Etats forts, et terrorisent dans les États faibles. L'Égypte et l'Algérie sont, de ce point de vue, des régimes avec lesquels ils composent et pactisent, tout en travaillant en profondeur la société et en grignotant des positions. Le terrain y est aussi favorable pour étouffer dans l'œuf toute idée nouvelle, et en freinant l'évolution de la société vers un Islam des lumières, comme l'humanité l'attend, sans État-clergé. Ce sont ces islamistes que Nawal Saadaoui combattait pied à pied, elle qui terrorisait les terroristes par sa science et la force de ses arguments, eux qui n'ont que la force à proposer. 
Après son décès, ces islamistes se sont déchaînés contre elle, oubliant la réserve et le respect que l'on doit aux morts, alors qu'ils n'hésitent pas à prier pour le repos de l'âme des terroristes. C'est ce que note l'écrivain koweïtien Ahmed Essaraf, au nom prédestiné puisqu'il a fait toute sa carrière valorisante dans la banque, et s'est enrichi sans pour autant verser dans l'islamisme. Dans sa chronique régulière que publie Al-Qabas, il évoque la campagne de haine contre la défunte militante des droits humains des deux sexes, sous le titre «Nawal Saadaoui et Zarqaoui». «De grands penseurs et écrivains arabes ont été poursuivis par la haine jusque dans leurs tombes, parce que les peuples arabes détestent les vrais savants et créateurs», rappelle Ahmed Essaraf. Ils préfèrent les mensonges des pyromanes, et ceux qui ont maudit Nawal ressemblent à cette secte qui a prié pour le repos de l'âme de Zerqaoui, du mollah Omar et d'autres. Pour rappel, le terroriste Abou Moussaab, dit Al- Zarqaoui, en référence à la ville de Zarqa (Jordanie) où il est né, a été tué en Irak en 2006, quant au mollah Omar, il a été tué en 2013. Or, Nawal Saadaoui a voué toute son existence à la défense des droits de l'Homme en général et de la femme, en particulier, de beaux et nobles sujets qui n'existent pas dans le dictionnaire de ces gens. 
Et le chroniqueur de revenir sur cette citation de Nawal : «La vérité fait peur et fait mal, mais la majorité d'entre nous déteste l'entendre, parce qu'elle nous assène nos réalités, la réalité de nos mentalités arriérées, comme on assène une gifle. De ce fait, nous préférons la flatterie et l'hypocrisie, de peur de heurter ou de blesser les sentiments des autres. Et c'est pourquoi nous sommes condamnés à rester éternellement dans ce mauvais état.» Un autre cri de révolte émanant de notre confrère Tareq Hariri, l'un des chroniqueurs du quotidien cairote Al-Masri-Alyoum, qui estime qu'une partie de la société égyptienne est inspirée par Daesh. «Quelle est cette calamité qui s'est abattue sur l'Égypte au point de nous faire oublier nos valeurs et de tomber dans le reniement jusqu'à ne plus respecter la maladie ou la mort ? On est tombé si bas, qu'on a mis sous le boisseau un dicton, pourtant couru chez nous et qui dit que la mort met fin à tous les différends», se lamente le journaliste. Et les exemples sont multiples, de l'attaque contre le domicile d'un médecin dans la ville d'Essalam, passant par le meurtre d'officiers, et la profanation de leurs cadavres, et l'assassinat du chiite égyptien Hassan Chehata. Tous ces drames rappellent l'urgence de réformer le discours religieux, conclut notre confrère, mais sans trop de conviction. Il est vrai que c'est Al-Azhar qui a la charge de cette réforme, mais c'est justement Al-Azhar qui freine des quatre fers, comme un cheval rétif. 
A. H.

 

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