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Lettre de province

Ouyahia : tout est bien qui finit mal !

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 15.06.2019 , 11h00
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Lorsqu’on se nomme Ouyahia et que l’on a occupé la scène politique, jusqu’à tout récemment et durant près d’un quart de siècle, l’on finit par croire à sa propre invulnérabilité. Convaincu d’être hors d’atteinte, ce Premier ministre, dont les convictions n’ont jamais été marquées par le sceau de la constance, ignorait cependant les retournements de situation quand on a toujours cru pouvoir rebondir à tout moment et face aux contrariétés qui vous font douter initialement. Doté justement d’une réputation de carriériste mortellement obnubilé par l’ascension politique, pouvait-il justement échapper au curieux mimétisme du parrain, celui qui fit de lui un dauphin après avoir lui-même atteint les sommets en déployant plutôt de l’esbroufe que de la compétence et du charisme positif. C’est dire qu’après la parenthèse initiale de sa carrière au service d’un général-président au savoir-faire réellement fruste, il allait se convaincre abusivement qu’il possédait un talent indéniable pour peu qu’il parvienne, se disait-il, à donner le change auprès de son modèle qu’était Bouteflika. Celui dont la résurrection politique en 1999 fut à l’origine de l’insondable mythe ayant coûté à l’État son effondrement. 
C’est pourquoi la décision du juge d’instruction de la Cour suprême de le placer en résidence surveillée dans un pénitencier semble plutôt répondre au louable devoir moral consistant à démystifier en premier lieu les apparences du personnage avant d’étalonner ses actes par rapport aux interdits de la loi. En vérité, sa férocité ne remontait qu’à la fin de sa disgrâce en 2017 quand il se réappropria les prérogatives de Premier ministre et qu’il fera montre d’une agressivité inhabituelle dont le premier cercle lui-même n’apprécia guère le style. 
Offensif comme il ne l’avait jamais été par le passé, il commencera par ignorer avec morgue la tenue des Conseils interministériels durant 15 mois, se contentant de gérer en solitaire l’intendance de l’État. Pis encore, on allait le découvrir prenant indûment plaisir à s’afficher dans des conclaves contraires aux missions du pouvoir exécutif. La camaraderie douteuse avec les oligarques, auxquels l’opinion voue une solide détestation, aggravera son cas alors que les intempestifs affichages qu’il s’autorisa brouillèrent un peu plus sa crédibilité au moment où chacune de ses initiatives était scrutée comme un indice alors que les tractations au sujet d’une probable succession se négociaient en secret. Par morgue, et afin de narguer ses concurrents ayant leurs entrées au palais, il n’hésitera pas à mettre en scène des shows politiques sentant à mille lieues les règlements de compte. Autant d’impairs rédhibitoires qui allaient préparer sa disqualification définitive. 
Alors qu’il avait mieux à faire en ne se consacrant qu’aux institutions publiques, on le retrouva dans le rôle de promoteur des faux capitaines d’industrie dont on sait qu’ils bénéficièrent, sous sa bénédiction, de la majorité des marchés captifs de l’État. Plus grave que le désintérêt pour la chose publique, son option pour un libéralisme basé sur la spéculation financière indiquait clairement que sa position politique dominante allait devenir le cheval de Troie par le biais duquel le coffre-fort de l’État allait être fracturé. En jouant la carte maîtresse d’une ploutocratie peuplée en majorité de prédateurs que de vrais novateurs dans la création de richesses, cet Ouyahia des dernières années n’hésitera plus à fréquenter publiquement la faune des investisseurs accédant aux crédits bancaires sans capacité de nantissement.
Le contexte politique tout à fait favorable aux projections allant au-delà de 2018 n’était guère étranger à son excessive agitation. Fustigeant à demi-mot le bilan de Sellal, son prédécesseur, à qui il imputera le risque de cessation de paiement de l’État, il plaidera pour l’implication du patronat dans la relance tout en trafiquant le bilan « historique » du Président dont il fera l’éloge. C’est cette ruse à double tiroir qu’il actionnera à l’automne 2018. D’une part, il sollicitera l’appui des lobbies financiers en leur confiant en contrepartie le destin économique du pays et, d’autre part, il poursuivra hypocritement le culte voué au « génial » Président. Thuriféraire comme un jésuite afin de damer les pions de tous les courtisans de service, il était dans le même temps un redoutable procureur des apparatchiks en exercice auxquels il n’eut de cesse d’imputer les échecs du régime.
En définitive, Ouyahia était tout cela à la fois : exécuteur de contrats secrets et politicien frimeur en public. Deux aptitudes qui, en se conjuguant, allaient plaire à la nomenklatura affairiste, laquelle fera non seulement sa promotion mais de surcroît l’associa indirectement au volet de l’enrichissement personnel. Par contre, sa réputation était loin d’enthousiasmer le reste du pays, là où le baromètre de la notoriété positive n’a jamais été à son avantage. Traînant comme une casserole un déficit d’empathie avec les pulsions de la société, il a, effectivement, été jugé médiocrement durant tout le quart de siècle de sa carrière. Car, ni la réputation surfaite de ses compétences, ni la crédibilité toute relative dont il disposait, n’ont résisté à l’implacable constat de ses reniements. Auprès de la majorité silencieuse et néanmoins perspicace dans ses appréciations, il ne serait rien d’autre qu’un bateleur de foire dont le talent se résume à quelques traits d’esprits blessants pour les petites gens entre autres. Piètre intendant contrairement à ce qu’il lui a été attribué, il est bien plus à l’aise dans la feinte que dans la rectitude. C’était d’ailleurs en cela qu’il présentait d’étonnantes ressemblances psychologiques avec celui qui fut son parrain avant sa destitution et qui le livra de fait entre les mains de la justice. C’est dire qu’il ne peut y avoir de regret à ce qu’une carrière politique finisse mal quand celui qui l’avait exercée ne fut qu’un mystificateur.
B. H.

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