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MONDIAL RUSSE -2018 L'échec patent du jeu de «possession»

Publié par Maâmar Farah
le 19.07.2018 , 11h00
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Rideau sur le Mondial russe, une compétition qui a rarement connu une organisation aussi parfaite et un engouement populaire aussi large. Première victoire donc, celle d'un pays décrié par la presse aux ordres occidentale qui n'en rate pas une pour noircir l'image d'une nation forte, prospère et encore guidée, au niveau mondial, par des valeurs progressistes. C'est aussi le succès d'un Président, Poutine, qui a définitivement gagné le cœur de millions d'hommes qui avaient une toute autre idée de lui et de la Russie. Preuve de ce réveil tardif : une partie des supporters occidentaux ayant séjourné dans les villes abritant leur sélection nationale ont dénoncé les mensonges et toute la propagande anti-russe de leurs médias ! Point de hooligans russes mais un peuple fier et accueillant, des villes modernes et calmes, des stades beaux et fonctionnels, pas de couacs, etc. Sur le plan purement sportif, le succès final de la France est amplement mérité, même si, d'un match à l'autre, les choses n'ont pas toujours été parfaites. On peut longuement épiloguer sur le facteur chance ou sur le recours répété à la vidéo pour des penalties pas très nets, il ne fait pas l'ombre d'un doute que c'est la meilleure équipe qui a remporté le tournoi.

Réalisme ou faculté d'adaptation ?
Mais être le meilleur, c'est quoi ? Est-ce jouer un beau football et se faire éliminer ? Est-ce dominer et «oublier» de marquer des buts ? Est-ce compter dans ses rangs les meilleures stars et attendre que le miracle passe par leurs pieds magiques ? Je crois que le onze bleu nous donne la réponse appropriée : être le meilleur, c'est simplement jouer collectivement et passionnément pour gagner ! Il y a dans les rencontres jouées par la France matière à enrichir les théories du football. Le sport-roi est d'abord et avant tout un jeu collectif qui puise sa force dans la bonne organisation des lignes et leur interconnexion rapide et efficace. Et ça marche comme sur des roulettes, quand cette tactique est servie par de fortes individualités. La rigueur chez Didier Deschamps, que certains ont appelée réalisme, est loin d'être une configuration figée. Elle surprend d'ailleurs par des changements inattendus qui s'adaptent au cours du jeu et finissent presque toujours par porter leurs fruits. C'est cette faculté d'adaptation, cette facilité à changer d'orientation pour passer d'un regroupement défensif compact aux grands boulevards d'un football offensif à outrance qui aura ébloui les passionnés de la balle ronde. On l'a vu à plusieurs reprises : les Bleus ont cette extraordinaire capacité de se défendre en bloc face au danger, mais sans vraiment donner l'impression de se cantonner à l'arrière, même lorsqu'ils mènent au score. Et, quand ils récupèrent le ballon, ils règlent instantanément leur rouleau compresseur sur le mode «push» et c'est la ruée vers les buts adverses avec des cavalcades époustouflantes dignes des sprinters hors du commun ! En quelques secondes, le danger se transporte de l'autre côté : on ne tourne pas en rond ! Les actions sont collectives, directes, rapides, ponctuées au finish par des tireurs comme on n'en fait plus !

La fin du jeu de «possession» ?
Le jeu moderne, celui incarné par des onze qui ont plié bagage très tôt, des champions du monde récemment auréolés comme l'Allemagne et l'Espagne, ne fait plus recette. Je l'ai écrit récemment : ces passes sans fin à la barcelonaise qui butent sur le mur adverse nous rappellent le handball. Et ça finit par devenir ennuyeux car le foot n'est pas le hand !
Ces va-et-vient entre les deux zones produisent certes un jeu collectif sans faille, réglé au millimètre. On remarquera que toute l'organisation est basée sur une ou deux stars qui doivent trouver la solution et finir le long «passe-passe» par un exploit individuel.
Et le football n'est plus le football s'il oublie l'esprit collectif pour ne bâtir que des succès individuels. L'équipe de France n'a pas réinventé le football. Mais sa performance est de l'avoir tiré de sa longue léthargie en le réveillant brutalement pour le ramener sur les terrains de la passion footballistique où le génie n'est plus l'apanage d'une ou deux vedettes mais l'éclosion de l'effort collectif. Ce football-là revient de loin, après le règne des partisans de la possession de balle qui défendent leur style par la nécessité de ne pas laisser l'adversaire occuper l'espace, ni prendre l'initiative. Ces derniers taxent les équipes qui évoluent différemment de pratiquer l'anti-jeu, refusant de s'engager et n'agissant que par contre-attaques ! Au niveau des clubs, la différence entre le Barça et le Real montre cette contradiction entre les deux écoles qui se disputent l'orientation du football moderne. Mais l'exemple le plus abouti est peut-être cet Athletico qui compense sa faiblesse en joueurs de très haut niveau par un jeu de transition qui convient bien à ce Griezmann très à l'aise justement dans le schéma de Didier Deschamps ! On joue pour marquer des buts, et non pour posséder le ballon, car, au final, le tableau ne retient que le score et non les pourcentages de possession, relégués aux écrans de ces statistiques peu regardées. Et au fond, pourquoi la beauté du football se mesurerait-elle seulement ennombre de passes réussies ? La beauté ne serait-elle pas aussi et surtout l'élan irrésistible d'un sprinter qui va plus vite que les défenseurs et qui, dans un geste brave et solidaire, sert son coéquipier démarqué? N'est-elle pas dans la généreuse riposte d'un bloc soudé, sortant de sa zone et s'en allant, dans l'effort renouvelé, au bout des limites humaines, vers les espaces d'une conquête euphorisante, pour redonner au football ces grands moments d'authenticité où il cesse d'être la reproduction en nature d'un tracé de crayon sur du papier !

Déclin des «mécaniques robotisées»...
Ce football de transition basé sur l'effort et la flexibilité des schémas qui s'adaptent au jeu de l'adversaire est un football de la créativité qui nous tient en haleine comme au bon vieux temps ! Car, au cours des dernières années, le sport roi est devenu prisonnier de politiques qui privilégient le star-système. Course aux ballons d'or, aux grands titres à la Une des quotidiens sportifs, course aux transferts onéreux... Certes, cette victoire française ne changera pas l'ordre des choses et l'argent restera le seigneur. Mais elle a apporté une note de fraîcheur à une compétition dominée par des mécaniques robotisées qui ont tué l'âme du football. Ce dernier est et restera une œuvre d'artistes, certes de plus en plus cantonnés dans des schémas tactiques élaborés, mais qui auront toujours ce trait de génie pour créer un fort moment d'émotion grâce à leur talent hors du commun, un talent qui agit en permanence au profit du collectif. C'est la joie de jouer propre au sport-roi ! A ce propos, nous avons été heureux de voir le Brésil tenter de retrouver son âme après s'être lamentablement essayé au «réalisme» européen. Si elle maintient cette quête de renaissance basée sur un retour aux sources, la Seleçao — malheureuse en Russie — fera parler d'elle dans les prochains rendez-vous !
L'équipe de France, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, a rompu avec un style qui a régné en maître sur le football des deux dernières décennies. Face aux équipes les plus fortes du tournoi, elle a gagné sans dominer, en paralysant le jeu adverse avant de trouver la faille. La vision de certains de ses matches m'a rappelé les rencontres de rugby et quoi de plus normal lorsqu'on sait que le foot est l'enfant «civilisé» du jeu au ballon ovale ?
La force du rugby est dans sa nature même qui refuse de jouer vers l'arrière ! Ni d'ailleurs de se contenter de posséder le ballon ni dans l'occupation stérile de la zone adverse ! Le rugby est une bataille tactique où l'on occupe l'espace pour avancer, pour gagner !

Gourcuff : le bon choix pour les Verts
Tout cela nous amène à aborder la maîtrise d'un Didier Deschamps absolument magnifique dans son rôle de chef d'orchestre. Beaucoup de pays l'auraient viré après l'échec final en Euro 2016. Mais les bons choix de la FFF ont fait que le perdant malheureux de la finale de Paris retienne la leçon et réussisse à rehausser le maillot tricolore d'une seconde étoile ! Comme quoi, la confiance et la stabilité sont aussi importantes que le reste...
Pour l'Algérie, le meilleur choix serait de reconduire un autre enfant de cette école française tournée vers le collectif et l'offensive pour rebâtir un onze national cassé par l'incompétence ! Si Rabah Saâdane a réussi à donner rigueur et force mentale à des Verts qui n'en menaient pas large depuis deux décennies, et si Halilhodzic les a tirés du jeu défensif pour en faire une équipe qui marque, c'est Gourcuff, récoltant tous ces fruits, qui leur a donné cette qualité de jeu éblouissante, issue de la célèbre école de Nantes qui fut, à l'époque, opposée au «béton» d'obédience italienne. Oui, Gourcuff apportera beaucoup à notre football en reprenant simplement le travail qu'il a si bien entamé.
M. F.

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