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POSTES FRONTALIERS Les saisies de devises se multiplient

Publié par Abla Chérif
le 16.11.2019 , 11h00
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L'annonce de découverte d'importantes sommes d'argent en devises se fait plus fréquente depuis un moment. Elle interpelle et soulève des interrogations auxquelles peu de réponses ont été apportées jusqu'à l'heure.
Abla Cherif - Alger (Le Soir) - Il ne faut pas remonter à très loin pour avoir un aperçu de la situation. Les deux premières semaines de novembre ont été très riches en éléments permettant de mieux cerner le phénomène. Ce jeudi, les services de la douane ont ainsi annoncé avoir découvert 107 000 euros sur une passagère en partance pour Dubaï. Aucune information supplémentaire concernant la mise en cause n'a été rendue publique. L'opinion apprend, cependant, que cet argent était dissimulé dans une boîte téléphonique. Des images diffusées laissent d'ailleurs remarquer tout le soin qu'avait pris cette femme pour confondre les billets, enroulés dans de l'adhésif noir et le fond du boîtier de la même couleur. 
Quelques jours plus tôt, le 11 novembre, un autre passager en partance pour Paris et transportant 13 500 euros non déclarés, passager en partance pour Paris, est arrêté au niveau de ce même aéroport. Cette fois, l'information est rendue publique par la DGSN qui indique, également, que le mis en cause a été présenté au procureur de la République. Six jours auparavant, c'est l'agence de presse officielle APS qui annonçait la saisie spectaculaire de 82 640 euros et 15 540 dollars sur deux passagers devant se rendre, l'un à Bamako et l'autre à Paris. 
L'agence rappelle que des saisies tout aussi importantes ont eu lieu durant le mois d'octobre :
16 300 euros dissimulés dans les chaussettes d'un homme et 40 000 euros découverts dans les dessous d'une femme. Un rapide récapitulatif des communiqués émis par des organismes officiels permet, cependant, de remarquer que des saisies du même genre ont été effectuées durant tous les mois précédents. La plus importante a toutefois eu lieu durant le mois de mai passé lorsqu'il a été découvert sur un voyageur 570 700 euros et 101 000 dollars. De récentes statistiques publiées par les services des douanes et rendues publiques par l'APS font savoir que
1 613  790 euros, 286 653 dollars et 17 750 livres sterling ont été saisis entre janvier et septembre 2019. Une simple opération de calcul des sommes découvertes entre octobre et les deux premières semaines de novembre nous donne un résultat tout aussi impressionnant : 259 440 et 15 540 dollars récupérés. 
Les chiffres s'alignent sans qu'aucune explication vienne éclairer une opinion en proie à de nombreuses interrogations. Les principales questions qui se posent sont inévitablement en rapport avec la situation actuelle que connaît le pays. Il faut dire que le déclenchement d'une lutte anti-corruption sans équivalent dans l'histoire du pays a semé une réelle panique au sein des milieux ciblés par des enquêtes et ceux susceptibles de l'être dans un avenir tout proche en raison de l'étendue et de la profondeur des racines de la corruption. 
Des histoires récentes ont démontré toutes les difficultés auxquelles sont confrontés les milieux de l'argent à sauvegarder et surtout à dissimuler leurs biens. Les découvertes incroyables faites l'été dernier dans une villa de Morretti en constituent un exemple édifiant. Mandatés par le procureur de la République de Cheraga, les services de sécurité ont perquisitionné la demeure en question et découvert : 113 439 200 DA, 270 000 euros, 30 000 dollars ainsi qu'une caisse contenant près de 17 kilos de bijoux. 
Le procureur publie ensuite un communiqué mettant en cause de nombreuses personnes parmi lesquelles un ancien ministre du Travail, Mohamed El-Ghazi, actuellement incarcéré à El-Harrach, et Abdelghani Hamel, ancien responsable de la DGSN également mis sous mandat de dépôt avec deux de ses fils. L'affaire, qui avait eu lieu en juillet, avait alors soulevé une interrogation principale dans la presse algérienne: cet argent devait-il être conduit dans un lieu sûr à l'étranger? La  précision apportée dans le communiqué du procureur ne laisse presque aucun doute sur le sujet: il évoque des poursuites pour, entre autres, un «mouvement de capitaux de et vers l'étranger». Les sommes découvertes avaient été placées sous la responsabilité de personnes jouissant de la confiance des mis en cause et sans doute chargées de les transférer à l'étranger. 
Paris, Dubaï et le Canada restent les principales destinations prises par les voyageurs sur lesquels sont découvertes ces devises. L'Afrique vient en second lieu avec Bamako et Niamey, «très probablement des détours effectués pour brouiller les pistes au départ», expliquaient, il y a quelques mois, des chercheurs du Crasc qui se sont intéressés au phénomène. Peut-on, dit-on, interpréter les mouvements anormaux observés à l'aéroport d'Alger à des fuites de capitaux dues à la situation en cours dans le pays ? Les statistiques fournies par les services des douanes démontrent que le phénomène en question a connu un pic entre 2017 et 2018. 
En 2018, il avait été procédé à la saisie de 11,785 milliards de DA contre 8,73 milliards de DA en  2017. «Cette année, soutiennent des sources proches du dossier, la nouveauté réside dans le fait que les tentatives de sortir l'argent du territoire national est devenue plus fréquente, il y a comme une volonté d'aller vite dans le transfert mais ces personnes ont gardé la mentalité qui prévalait auparavant, la corruption. Or, les réseaux sur lesquels ils comptaient ont été démantelés et leurs tentatives s'avèrent, à chaque fois, nulles». 
A cela s'ajoutent, dit-on, l'expérience acquise par les agents chargés de ces mouvements et la vigilance à laquelle le personnel a été appelé. 
A. C.

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