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Disparition de Jamal Khashoggi, Zefzafi et Ronaldinho

Publié par Hassan Zerrouky
le 11.10.2018 , 11h00
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Si le journaliste saoudien Khashoggi et le Rifain Nasser Zefzafi ont pour point commun la défense des libertés et des droits de l’Homme, ce n’est pas le cas du footballeur brésilien, Ronaldinho : ce dernier a voté pour le raciste Jair Bolsonaro, candidat de l’extrême droite arrivé en tête à l’élection présidentielle au Brésil dimanche. Sans doute que l’ex-star brésilienne de football a oublié la couleur de sa peau et s’imagine être un «petit blanc» comme ceux décrits par Frantz Fanon dans Peau noire et masque blanc. Le Marocain Nasser Zefzafi, leader du mouvement de contestation sociale «Hirak» du Rif, condamné à 20 ans de prison, a été nominé par le Parlement européen pour le prix Sakharov 2018 en même temps que le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov et un groupe d’ONG portant secours aux migrants en Méditerranée. Pour ceux qui luttent pour les droits de l’Homme au Maroc et au Maghreb, c’est une bonne nouvelle. Quant à la disparition mystérieuse du Saoudien Jamal Khashoggi, journaliste au Washington Post, elle a tout d’un polar à la Hitchcock. Ce journaliste dont les écrits ne plaisaient pas au prince héritier Mohamed Ben Salmane, dit MBS, a tout simplement disparu le 2 octobre en se rendant au consulat d’Arabie Saoudite d’Istanbul. Il y est bien entré, mais il n’en est plus ressorti. C’est alors que sa fiancée turque Hatice Cengiz à qui il avait confié son portable et qui l’attendait, a fini par donner l’alerte. Le chef de l’Etat turc, Tayyip Erdogan, quelque peu agacé que cela se passe chez lui, a exigé des Saoudiens qu’ils prouvent que le journaliste est bien ressorti du consulat. «S'il en est parti, vous devez le prouver avec des images», a-t-il déclaré. Des images ? Ce n’est pas ce qui manque. Hier, mercredi, la chaîne de télévision turque 24 TV a diffusé des images de vidéosurveillance montrant notamment l'entrée au consulat saoudien d'Istanbul du journaliste Jamal Khashoggi et d’une équipe de Saoudiens, arrivée à bord de deux avions à Istanbul mardi 2 octobre – soit le jour de la disparition du journaliste – et qui est soupçonnée d'être responsable de sa disparition. Et ce, avant de repartir le jour même, l’un vers Dubaï et l’autre vers l’Égypte. Le quotidien Sabah, daté du 10 octobre, a même publié les noms, l'âge et les photos des quinze hommes dépêchés par Riyad, dont l’un serait le lieutenant-colonel du département saoudien de la médecine légale, Salah Muhammed Al-Tubaigy ! Ces hommes, qui n’étaient pas venus en Turquie pour chasser l’outarde, sont arrivés au consulat saoudien à bord de six véhicules, avant d’en repartir deux heures et demie après l'entrée de Jamal Khashoggi. Plus gênant pour Riyad, ce 2 octobre, rapporte Sabah, les employés turcs de la résidence du consul, située à 200 mètres du consulat et d’où certains de ces véhicules sont également entrés et sortis au cours de la journée, ont bénéficié d’un jour de congé. Et, bien que ces Saoudiens aient réservé des chambres dans des hôtels proches du consulat, aucun d’entre eux n’y a passé la nuit. Etrange non ? Huit jours après la disparition de Khashoggi, des médias turcs évoquent la possibilité que le journaliste n'ait pas été tué, mais enlevé par les barbouzes saoudiens et emmenés dans l’un des deux avions avec lesquels ils sont arrivés à Istanbul. Evoquant des sources policières turques, le Washington Post, cité par l’AFP, croit savoir que «le corps de Khashoggi a été probablement découpé et mis dans des caisses avant d'être transféré par avion hors du pays». Et face à ce faisceau de présomptions, Riyad, qui a invité les autorités turques à une fouille de son consulat, a qualifié les informations rapportées par les médias de «dénuées de fondement». Si c’est le cas, où est passé Jamal Khashoggi ? Mardi, embarrassés par cette affaire, les alliés et soutiens de l’Arabie Saoudite, à savoir les Etats-Unis et l’Union européenne, ont fini par sortir de leur silence, l’un pour exiger une «enquête transparente», le second, «une enquête approfondie et une transparence totale de la part des autorités saoudiennes sur ce qui s'est passé». Quant à Ankara dont les rapports avec Riyad ne sont pas au beau fixe, en raison du soutien turc au Qatar, ennemi juré de la monarchie saoudienne, il n’est pas impossible, si les informations faisant état de la disparition du journaliste sont confirmées, qu’ils ne se dégradent davantage. A suivre.

H. Z.

 

 

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