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À propos de la contribution sur M. Kaïd Ahmed

Publié par LSA
le 12.03.2018 , 11h00
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Par Farouk Mohammed Brahim
La contribution de M. Kamel Bouchama, «Et pourtant, il avait raison», parue dans Le soir d'Algérie du 5 mars 2018, est intéressante comme témoignage sur un homme qui avait été une personnalité marquante de l'Algérie post-indépendance. Cependant, une phrase de cet écrit m'a interpellé : «(1968) le parti doit convaincre par le débat et non par la force. Attention, j'exige et je vous ordonne de faire en sorte qu'aucun étudiant ne soit puni pour ses idées !»
En me basant sur le vécu de certains militants de l'Unea (Union nationale des étudiants algériens) dont moi-même, je ne peux que remettre en cause cette affirmation. Je relate le plus exactement possible un événement répressif où la responsabilité de M. Kaïd Ahmed est directement engagée.
Janvier 1968, les étudiants de l'université d'Oran, dans le cadre de l'Unea, sont en grève. Entre autres revendications, la refonte de l'enseignement supérieur par sa démocratisation et le refus de la «caporalisation» de l'Unea par le parti FLN.
Le 1er février 1968, le comité de section de l'Unea d'Oran est invité à une réunion pour un dialogue avec le wali, M. Akbi Abdelghani. Cinq membres s'y sont rendus, A. O., D. M., H. B., Mlle K. B. et moi-même. Après quatre heures d'attente, de 16h à 20h, l'on nous annonce que le wali ne pouvait nous recevoir. Dans l'enceinte même de la wilaya, à notre sortie de l'ascenseur, nous fûmes arrêtés par la police. Il s’agissait d'un véritable guet-apens ! Le lendemain, trois camardes sont libérés, A. O. et moi sommes retenus dans les locaux de la police jusqu'au 29 février (année bissextile). Tard dans la soirée du 29 février, nous sommes présentés à un juge d'instruction, qui, bien que jeune, proteste contre les 29 jours de garde à vue. C’est alors que survient un événement.
Le procureur général demande notre inculpation pour «atteinte à la sûreté de l'Etat» ! Le président de la cour, M. Fardeheb Boumediène, avec grand courage et soucieux de l'indépendance de la justice, rejette la demande d'inculpation et demande notre libération.
Qu'arrivera-t-il, pensez-vous ? Nous avons été tout simplement incarcérés à la prison d'Oran. Notre avocat, maître Tayeb Nimour, homme de grande droiture, militant de la cause nationale, nous apprit lors de sa première visite à la prison, que nous avions été incarcérés sur ordre de M. Kaïd Ahmed.
Des années plus tard, l'ancien président de la cour, M. Fardeheb, me relate les brimades dont il fut l'objet et les qualificatifs irrespectueux dont il avait été traité par M. Kaïd Ahmed, suite à son refus des injonctions de ce dernier. Quelques mois après notre libération, nous sommes reçus à la mouhafadha FLN d'Oran par M. Kaïd Ahmed, sur sa demande.
Il nous signifia en des termes clairs, avec une jovialité qui, semble-t-il, lui est coutumière, qu' il n'acceptait aucune remise en cause de la tutelle du FLN sur l'Unea et qu'il n'admettait aucun débat en dehors de ce cadre.
Ainsi pour un responsable politique présenté comme un partisan du dialogue, le débat était clos ! La suite dans l'Histoire contemporaine du pays est connue. Les intimidations contre les militants de l'Unea continueront, avec le summum de la répression atteint en 1971, et l'interdiction de l'Unea. Je ne fais aucun commentaire. Je rapporte uniquement des faits vécus par des militants de l'Unea à un moment où M. Kaïd Ahmed était responsable de l'appareil du FLN. Que chacun juge selon ses convictions.
F. M. B.

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