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Retour à la Cité du Soleil De l’intelligence désocialisée et du règne insipide des bateleurs (1re partie)

Publié par LSA
le 14.04.2019 , 11h00
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Par Iddir Ahmed Zaid(*)
De minimis, non curat praetor (Le préteur ne s'occupe pas des petites choses).

C’est tout de même curieux comment la noria de l'histoire tourne, se retourne et se détourne. Comment des questions de nature taboues des décennies durant et qualifiées alors de subversives et d’atteinte à l'intégrité de l'État lui-même par les tenants du pouvoir ont investi subitement leur propre univers discursif. A l'époque, oser parler de la profondeur de notre identité et de notre histoire ou de bureaucratie, d'abus de pouvoir, de marginalisation, dénoncer ou critiquer le tempo des maîtres risquait de vous mener droit à la trappe. Mais maintenant qu'on a intégré l'empire de l'incertitude et de l’addiction à la durabilité du règne, ils n’éprouvent aucune gêne à s'approprier ces tabous et interdits, à en user et même en abuser. Bien sûr, cette incertitude, celle que l'on vit, n'est ni celle des physiciens ni celle des mathématiciens. Celle-ci, quand bien même elle n'est pas définie précisément, est tout de même bornée : sa valeur se situe quelque part dans une marge ténue et on sait l’estimer. Le tout est que sa valeur ne dépasse pas la mesure. Mais l'incertitude dans laquelle on baigne n'est pas définie tout simplement. Elle est expansible à souhait dans l’espace et dans le temps, cet attelage illusoire dont on ne peut s’affranchir. Elle touche l'avenir du pays, celui de son économie et de générations entières, et ignore le concept de finitude. Dès lors, on tâtonne, on se cherche et on navigue tel un vaisseau lancé dans l'espace intergalactique sans trajectoire prédéfinie et sans destination aucune. On vogue dans un trou noir sans être englouti. Alors, il faut discourir pour vaincre le temps, pour faire ingérer les affres de l'incertitude aux inquiets qui la subissent. Ce temps physique insaisissable et imperceptible ou, comme on le qualifiait jadis, cette lime qui travaille sans bruit, mais aussi le temps d'Einstein et des cosmologistes qui vous aspire vers l’immensité et l’infinitude de l’Univers, la persistance, l’omnipotence et le règne ad vitam æternam. Pas celui des délais des contrats extensibles à souhait mais qui finit par ne plus courir, pas celui de l'oisiveté ou des adossés aux murs qui ne ressentent pas le temps de toute manière et ils en ont à consommer. 
D’ailleurs, le temps est sur toutes les langues, il nous habite et il est multiple. On distingue le temps des queues, là on tue le temps, et on a le temps parce qu’il faut du temps pour atteindre un objectif comme déposer un dossier. A l’opposé, il y a le temps de ceux qui n'ont pas le temps et qui sont pressés tout le temps. Celui-là est difficile à cerner et échappe aux définitions et acceptions du temps. Et puis il y a le temps de parole de celui qui veut dire trop de choses et qui dispose de peu de temps, et le temps de celui qui a hâte de finir son cours et de partir : arriver tard, parler de foot et partir tôt parce qu’il n’y a rien à dire en termes de science. C’est le temps contracté appelé temps pédagogique dans nos institutions de l’éducation et l’université, le temps du savoir réel qui est trop peu apprécié et que l’on charcute tout le temps pour réduire au mieux le volume des connaissances qui sous-tend les diplômes et  contribuer ainsi au sacre de la médiocrité et de l’incompétence. Ce temps est mû par l’horloge aléatoire du temps-grève qui échappe à toute forme de quantification. Il y a le temps des coupeurs de routes et des encombrements, c'est le temps dilaté et intégré dans les mœurs et structure mentale des citoyens qui arrivent à le vivre et même à s’y préparer. Il y a le temps des agents de bureau cruciverbistes. C’est du temps à perdre à être payé. Un temps bicéphale et complexe à saisir parce qu’il échappe au chronomètre, aux vibrations du cristal de quartz et même à l'horloge quantique : en même temps, ils n'ont pas le temps de recevoir et voir les autres et il faut tuer le temps pour finir la journée et quitter les lieux. Il y a le temps des imams dépensé à distiller les diverses formes de violences et châtiments susceptibles d’être infligés aux impies et autres mécréants assimilés, il inspire la crainte de l’infinitude de la durée du châtiment.
Il y a le temps des guichets que l'on paie à travers le règlement des factures et timbres fiscaux : il est à la fois utile et inutile. Celui-là, il a une forme, celle de la queue : il peut être en nuée, en grappe ou en serpentin, selon l’état d’excitation de la foule impliquée. C'est le temps qui sert à dénigrer les services publics et les responsables et à mesurer leur inefficacité, à se chamailler à ne pas respecter la queue. C'est le temps passé à tuer le temps pour ne pas être dans son service et, en même temps, à se raconter des histoires passe-temps, comme dans les salles d'attente des cabinets médicaux, des cliniques et hôpitaux. On calme ses maux par les mots et la lecture de l'échelle des maux communs. C'est la chronothérapie ou se soigner aux chronons, en tuant le temps à patienter en tant que patients généralement impatients.
Il y a aussi le temps des reclus et perclus, celui des cachots sinistres et des ténèbres qui se confond avec le temps des lumières allumées en permanence dans les trappes à piéger la liberté, pas celui des lumières qui éclairent l’intelligence, encore moins des lumières de l’intelligence. Ces lumières, comme les ténèbres, désorientent votre horloge biologique et leur temps est indistinct et monotone jusqu’à ce que mort s’en suive et vous serez perdu à jamais dans les abysses éternelles du temps cosmologique. Nostalgie oblige, il y a aussi le temps furtif, évanescent et optimiste de notre tendre enfance, celui de la misère heureuse que l’on ressentait et consommait à vivre ensemble justement dans la communion innocente, à innover en fabriquant nos propres jouets à partir de bricoles et objets de récupération ou encore à partager une grosse orange à quatre ou cinq. Enfin, on ne peut omettre cette autre dimension du monde global, le temps-mixeur d’internet et facebook, dont l’immensité se dilue dans celle de l’espace virtuel, nébuleuse où se déversent les poubelles de l’humanité et se déposent fake-news, exhalaisons diffamatoires et autres pollutions des esprits, comme un peu nos sachets noirs et emballages douteux importés. Heureusement qu’on y trouve encore de l’information positive. Victime d’abus substantiels, ce temps rogne de plus en plus journées et nuits des citoyens de la Cité du Soleil en habitant leurs priorités et préoccupations favorites. Ces quelques types de temps relèvent du temps du peuple, pas de celui des maîtres, et échappe au temps physique mais incarne des aspects de temps spirituel et chamanique impliquant patience des uns et impatience des autres et une érosion du corps et de l'esprit. On échappe alors au temps universel. 
Le temps est multiple chez nous, tellement multiple qu’on ne peut pas en faire une typologie exhaustive à force d’en inventer et d’exceller dans l’art de le perdre, de le passer ou de le tuer ; même chacun a son propre temps. Pendant que les autres cherchent à happer le temps, à le rattraper, à lui courir derrière avec des machines intelligentes, des smart-machines, qui raccourcissent l’espace, dans le référentiel de la Cité du Soleil, celui des contorsions discursives et du nihilisme, ces machines servent à le perdre et à le tuer ; le temps n’est plus de l’argent mais il en est esclave : on le tort, on le distord et on le contorsionne comme on l’entend, on le malmène pour l’adapter et le coller à son ego.
Et si on devait attribuer une forme au temps ou la physionomie la mieux adaptée, telle qu’on la fige dans l’imaginaire de notre vivre-ensemble, ce serait plutôt celle des villosités intestinales qui dénote d’une fonction majeure et primordiale dans notre comportement économique, et non celle des circonvolutions du cortex cérébral, parce que celle-là témoigne de l’importance de la substance grise, laquelle est mise en dormance depuis l’âge de la liberté conditionnée. Cette forme permet d’admonester le temps au réel parce qu’il ne sert pratiquement plus à rien, de le morceler et de le parcelliser pour l’admettre comme moyen efficace de s’accaparer l’espace et se l’approprier. Elle semble désaxer la nouvelle image du monde esquissée par les as de la physique théorique qui soutiennent l’hypothèse vertigineuse de l’obsolescence du temps, sa fusion avec l’espace dans les limites extrêmes de sa structure intime discrétisée, pour disparaître ensemble du champ de la physique et n’être au final que l’illusion obstinément persistante des termes d’Einstein. Le temps n’est donc qu’un artifice de retardement devant être remplacé par la conscience. Loin de cette digression scientifique, les Gardiens du temps de la Cité des miracles et des mirages qui nouent et dénouent boucles et cordes de notre être quotidien vous vendront ce rapport atypique au temps et l’atemporalité de notre quotidien comme une percée majeure de notre génie et précocité exceptionnels en matière de prophéties et du savoir vivre ensemble. Cette nouveauté à laquelle d’aucuns s’accrochent aujourd’hui parce que c’est un fait devenu à la mode en outre-mer. Le néo-vivre-ensemble, la nouvelle invention des pays-mosaïques, de ceux qui ont des problèmes culturels et cultuels à régler parce que la diversité devient une arête de poisson plantée dans la gorge, un poison sociétal pour lequel il n’y a pas de solution ou d’approche conciliante pour l’instant, exceptées celles redoutables des extrêmes. 
En fait, ceux qui prônent ce vintage cherchent à mettre en théorie, en loi ou à conceptualiser ce que d’autres vivent en pratique depuis des lustres. En général, ceux qui cherchent à conceptualiser un fait sociétal, un phénomène de groupe, sont loin de le pratiquer eux-mêmes au réel. Relevant de la folklorisation, la conceptualisation constitue une sorte de remise au goût qui biaise et ablate au moins en partie les pratiques propres au phénomène donc à la société ou au groupe, en ce sens qu’elle n’intègre que les éléments qui cadrent avec le pouvoir de résolution de l’outil d’analyse ou d’observation utilisé, sans compter la subjectivité manifeste et les penchants de l’analyste ou de l’observateur. 
Cela fait partie du biais de la conceptualisation orientée par des intérêts qui ne perçoit guère le ferment irréductible au sein du groupe. En d’autres termes, on conceptualise un fait ou un phénomène comme on voudrait qu’il soit ou pour en tirer une reconnaissance ou une distinction, autre phénomène de prétentieux qui courent les rues. C’est là que le fond des pratiques réelles, la partie invisible au pouvoir de résolution de l’analyste, mais la plus pertinente sociétalement, s’évanouit et on épouse une coquille vide de sens pratique et de valeurs humaines. Cela fait partie des visions multiples et du temps multiple.      
Plus que son caractère errant, notre temps multiple est même devenu un facteur de diversité et d'émiettement du peuple, dans cette atmosphère d’addiction à la rapacité et la prédation du champ politique où chacun a son peuple et parle en son nom. D'ailleurs, ce ne serait pas normal qu'il y est une forme unique de temps, sinon nous serions tous à l'heure, travaillerions nos huit heures et serions hélas plus productifs et plus conviviaux au quotidien. Alors, nous serions un Peuple, nous aurions une Histoire, vraie celle-là, et nous serions une grande Nation qui n’a nul besoin de rattachement à la vastitude virtuelle de ce grand empire vert et de ce monde arabe qui défient la tectonique des plaques et qui n’existent que dans l’esprit de leurs propres concepteurs, les discours de la fraternité occasionnelle et les cartes des manuels scolaires ; bref, deux utopies sans fondements culturels, historiques, et encore moins  politico-économiques.
En plus du temps du peuple, il y a le temps quantique mutant, celui des discours et des faiseurs de bonheur institué, celui qui est emprisonné dans la lampe d’Aladin et qui peine à en sortir, le temps des génies qui en conservent jalousement la flèche et non celui des minables ingénieux qui y courent derrière pour créer ou inventer. Ce temps-là, c’est la chasse-gardée des seuls maîtres-gardiens du temple qui ont pouvoir d’accéder aux menues bribes d’information, ce code génétique des fondements de l’intimité de l’Univers et du tandem espace-temps pour simuler le bonheur du peuple. Ils naviguent à travers les filaments intergalactiques, dans cette matière baryonique cachée, imperceptible même à la crème de la matière grise, pas la nôtre évidemment puisqu’elle est décrétée incompétente de nature, celle des magnats proches des dieux. Ceux-là ont le pouvoir magique de décrypter la complexe intrication quantique des bribes infinitésimales, d’inverser la flèche du temps, de forcer et infléchir davantage sa courbure pour augmenter la charge du plaisir de durer et régner.Pour ce faire, ils ont créé l’anti-temps. Comme il y a la matière noire et l'énergie noire ou sombre, il y a le temps noir ou le temps sombre caché dans l'infinitude microcosmique de l'univers, il relève d’une force noire inaccessible à la physique qui ralentit la fuite du temps ordinaire, comme à l’inverse, la matière noire fait dans l'accélération de l’expansion de l’univers.

Ce temps aide les maîtres à faire perdre du temps, à créer des contretemps et faire jouer le temps contre les machines intelligentes. Le temps noir est le levier de la durabilité des forces occultes, des instincts rétrogrades et de la bureaucratie. On ressent et on observe ses effets mais il est imperceptible à la mesure et sa structure intime est inaccessible, comme l’énergie noire et la matière noire, mais il est là. Ce temps aide les systèmes noirs à mater l'intelligence qui poursuit le temps ordinaire pour aider à la création, l'invention, au progrès et à la croissance utiles à l'émergence des valeurs humaines et du triomphe de l'humanité.
La collusion entre cet anti-temps et la multiplicité du temps du peuple fait que le citoyen de la Cité du Soleil, ce néo-construit humain, ne se situe plus par rapport au temps et n'y prend plus sa place. Il n'appartient plus au temps et en est arraché, possédé qu’il est par les forces de l'anti-temps qui le modèlent et le manipulent. Il est en permanence soumis à une force centrifuge qui l’éjecte hors du champ d’attraction de son noyau géniteur et le propulse vers l'étranger, le pôle Nord, le Canada et autres contrées en mal de fécondité, de vitalité, de jeunesse, atteintes par le syndrome redoutable de la sénescence sociétale et du vieillissement des populations. Nul ne peut échapper à la force centrifuge mue par le temps noir et l'énergie sombre qui broie l'intelligence et la matière grise dès l’accès au cycle préscolaire, là où tout est banalités et banalisations, y compris la vie et la mort, y compris vous-même. La mort, on en rit et la vie on s'en moque dans la Cité du Soleil où seule la rente et sa distribution intéressent le commun, les maîtres et les proches des dieux, et où l'argent, pas celui que l’on compte, mais l'argent à la pesée, emballé dans les sachets noirs, est l’unique valeur sûre.
Toujours est-il que d'aucuns prétendent que ce sont nos compétences spécifiques et notre excellence scientifique qui intéressent ces contrées d’accueil. En fait, c'est pour limiter les effets de la stagnation scientifique, de la récession culturelle et de la décadence humaine qu'elles font appel au stock créateur et innovateur enfoui dans nos profondeurs linguistiques et culturelles et nos valeurs humaines. Elles savent pertinemment qu'ayant atteint le palier de la saturation, par l'uniformité et l'uniformisation, il n'y a d'autre issue que le recours à la diversité culturelle et identitaire des autres, fait historiquement décimé ou réduit à silence chez elles, la diversité et la différence incarnant le facteur du changement et de l'évolution par l'émulation de l'esprit de concurrence. D'où cette tendance au renouvellement humain et des valeurs humaines pour re-profiler des sociétés à bout de souffle et insuffler de l’énergie et du sens nouveau à leurs capitaux social et humain.
C’est en cela, que notre force centrifuge tombe à point nommé et fait le bonheur de ces contrées, sauf que son moteur, le temps noir, il a fallu l'inventer comme on a inventé le désert pour reprendre T. Djaout. Inventer le désert, ce n’est pas une mince affaire, pour faire empiéter le temps sur l'espace et réaliser l’interconnexion du temps cosmologique et du temps chamanique, du temps du fugitif et celui de l’immobile, tout en sachant qu’entre eux la frontière est extrêmement ténue, identique à la minceur de l’interface entre l’ongle et la chair comme on dit. Inventer le temps noir par la magie discursive pour faire accroire que les curateurs qui le manipulent sont en mesure de le défier, le vaincre et prodiguer des solutions à tous les problèmes du peuple, surtout ceux de la flore intestinale ; quant aux idées et aux rêves, il faut les laisser aux intellectuels et peut-être aux croyants naïfs. 
Car, seuls ceux qui lisent les lignes du temps et prétendent détenir la science occulte, manier la constante cosmologique et faire vibrer les cordes et les boucles, ces constituants fondamentaux de la nature et peut être de la spiritualité  savent l'affronter en croisant la courbe du temps de leur inflexibilité à celle de la crédulité et de la passivité du peuple. 
Détenteurs de la magie du bien-être social et général, ces majors de l'intimité de l'être et de la matière excellent dans cet art en usant des vertus prophylactiques d’un néo-discours adoubé aux cordes, telle la parole redoutable d’Ibn Toumert, qui méprise l’espace et le temps pour reprendre T. Djaout. Non performatif, leur discours est à la fois érosif, mielleux et sème la crainte pour être pavé de formules dévotionnelles et de charientismes à souhait. 
Il est à la fois l’onde pacifique et apaisante qui caresse de ses promesses irréalistes et irréalisables les esprits hâves qui lui prêtent encore les restes de leur ouïe abrasée par la redondance des mêmes vocables et ces paroles rêches exprimant l’envers de la pensée de ses auteurs, si bien qu’ils divinisent ceux qui les écrasent et trouvent une raison d’espérer dans ce qui les démunit. 
Leurre artificieux affectionné des veilles de joutes électorales, ce discours incarne une forme d’amour oblatif pour le peuple et ses exploits mythiques au point de devenir un rite institué qui laisse filtrer une destitution de soi faisant accroire au sacrifice suprême pour le commun de ce peuple.
Accrochés au Pnyx de la Cité des miracles et des mirages, les histrions détiennent aussi les secrets de la langue, celle des pontifes qui mène au bonheur du peuple, et non le langage abstrait de la terre, et ceux de la rhétorique excitante et attractive pour occuper le peuple lors des cérémonies fastueuses où tout se distribue dans la logique de la rente et des castes, dans les arènes du bonheur et de la jubilation institués. Encore la magie de la distribution : clés des logements et locaux, diplômes, titres et prix, distinctions, médailles et décorations, casquettes, écharpes et pins, trousseaux scolaires, couffins du Ramadan, carnets de pèlerinage, ruches, vaches, brebis, chèvres, clapiers et poulaillers, crédits et chèques, etc. Tout doit être collectif et à l’instant décrété pour que personne et rien n’échappe à l’adhésif de la solennité et aux forces vives du cérémonial. 
Pour être plus percutant et accrocheur, on ira à dénoncer ce que toute la complexité d’un système a généré et construit des décennies durant, ce que l'on pratiquait et pratique au quotidien.
On opte pour une forme de symétrie forcée ou même d'hypersymétrie et cosmétique verbeuse pour impacter par effet d'annonce la sociabilité des individus. On vous renvoie au visage ces pratiques comme si vous en étiez l'origine, la source et le point focal de leur genèse. 
On les greffe dans la matrice qui vous a configuré dès la fécondation de votre soupe primitive et on fait dans la réflexivité rétroactive pour vous impliquer dans de nouvelles formes de réciprocité et d’acceptabilité pour garantir votre accès à la puce du bonheur tranquille par l’adhésion innée au prêche permanent et globalisé. Vous êtes alors conduit, sans vous en apercevoir, à entendre et écouter sans coup férir des admoniteurs soutenir des discours puérils sur des tons injonctifs prêtant à l'impudence, l'invective et l'insulte, qui traitent de tout sauf des vérités abruptes et des lumières vives de l’intelligence qui les véhicule. Quelque part, ces chronophages qui accèdent aux cordes de la matière et aux lignes du temps, résonnent et raisonnent comme si les hommes étaient des enfants et préfèrent être bercés par des fictions moelleuses qu'éclairés par les vérités abruptes, pour emprunter à M. Mammeri. Pour conjurer le sort, ils les convient à se réjouir en chœur et clamer leur bonheur, pour leur apprendre ce qu’ils connaissent déjà, dès lors qu’ils savent que «le peuple pense ce qu'ils pensent, redit ce qu'ils disent et il marche à leur mesure, il ne fait plus que ce que pour son bien ils lui disent de faire», eux les maîtres des horloges hostiles au sens conventionnel. 
Ainsi, tout un chacun contribuera à la construction de la Grande Œuvre, l’œuvre sublime et absolue et peut prétendre à la compétence et l’excellence décrétées.  
Curieusement, au moment où la Nasa semble avoir découvert de la matière organique fossile sur Mars, ici, pour consumer le temps, on découvre l’existence d’une langue appelée tamazight et que la bureaucratie, le dédain et l’abus d’autorité, ou la hogra comme on a baptisé et consacré cette accrétion de néo-phénomènes, sévissent dans les entreprises et institutions publiques. En voilà une découverte majeure comme celle de la nappe de pétrole suintante de l’oued Guetrane ! Mais hogra de qui et par qui ?  Et puis, qui a favorisé la culture du déni, l'émergence et la sublimation en système institué de cette énergie sombre qui neutralise toute forme de matière grise dans les entreprises et institutions publiques : ceux qui la subissent ou ceux qui la nourrissent et la pratiquent ? Depuis des années et dans tous les espaces de la vie publique, qui a fait le lit et érigé en pratique approuvée ce phénomène exécrable qui a réduit au silence les vecteurs porteurs de l’intellect ?
Ce revirement soudain ou, plutôt cette découverte du renvoi par effet miroir de l'art de la bureaucratie et du dédain sur d’autres alors qu’il était là, est en fait un indicateur du déclin de la gouvernance et du mauvais usage de la compétence dans ces entreprises et institutions. C'est la signature de la navigation à vue, de l'errance administrative et institutionnelle et l’écho d’horizons obstrués. C'est aussi l’empreinte de l'incertitude en cet avenir et ce devenir qui se façonnent aléatoirement. 
Ces indicateurs sont confortés par la pratique courante de la spéculation et du placebo discursifs dans ce trou noir massif qui a ingéré le vaisseau de la gouvernance tanguante sans le digérer. Dans cet aléatoire s’est formalisé un système élaboré de gouvernance par l'incertitude, l'ambiguïté, le doute, l'idolâtrie tolérée et autorisée, la contradiction, le retournement de situations, la création de l'événement à partir de banalités, la banalisation et l'insouciance. 
Cette gouvernance qui croise l'œuvre absurde où plus personne ne saisit où est le naturel et où se trouve l'étrangeté, le simple et le complexe, l'ordinaire et l'extraordinaire. Pratiquée au quotidien et dans tous les espaces de la vie, elle est érigée en paradoxe perpétuel qui fait durer ses promoteurs et vous déverse ses flux d'inquiétudes surnaturelles faites d'une mixture de religieux frelaté, de politique insipide et de l'art de cultiver la démagogie.
En cette ère de tâtonnements, de fausses promesses et de pratiques d'essais-erreurs récurrentes, il n'est d'image plus pertinente que celle que nous renvoie la sagesse de nos ancêtres, en ce dit du cheikh Mohand, «yiwen irkeb-it wad'u, yiwen yerkeb ad'u» ou «l'un est par le souffle possédé (par le vent de la folie), l'autre chevauche le vent (il erre sans objectif)». Nous sommes entrés de plain-pied dans cet état de l’errance multiple et de chevauchées fantastiques dans le néant portées par des discours pyriteux aux données approximatives qui se distillent sur tous les volets de la vie publique avec des sous-entendus égrillards et des propos acerbes chargés d'ironie au travers d'activités quotidiennes démonstratives baptisées sorties de terrain et travail de proximité. Dans cette rhétorique abrasive, la retenue et la mesure n'ont plus cours depuis longtemps, y compris chez ceux qui sont censés les posséder comme référents cardinaux et les cultiver, au même titre que le respect de l'obligation de réserve et des règles éthiques et déontologiques.
Nos ancêtres ont pourtant perçu le sens aigu de cette notion de mesure, comme vertu humaine s'entend, en l’adage qui enseigne que la véritable mesure consiste à n'être ni au-dessus de l'homme ni au-dessous. Malheureusement, quand on échappe à ce référentiel par hégémonisme et lévitation politique et qu’on est dévêtu des fondamentaux de sa personnalité profonde, des ingrédients de la conception de l’homme citoyen et que l'on ne lorgne que vers l'étranger, ce ne peut être autrement. Alors, le règne de la démesure, de l'arrogance, de l'insolence et du narcissisme égotique font école et sont intégrés dans les mœurs de la gouvernance et du moule débridé de ses promoteurs. Et chacun y va avec la violence de sa propre rhétorique et ce, à tous les niveaux. C'est le marché aux enchères de la dépravation et du mépris d'autrui. On s'amène à user même du lexique de la langue amazighe en attente d’une confirmation ultérieure de son officialité pour proférer et échanger des propos indignes et dégradants entre hommes politiques. Pour ça, elle sert au moins à quelque chose : à la péjoration et la péroraison politiciennes.
On malmène et vilipende les experts et les universitaires assimilés avec dérision à des théoriciens ou à des ignares hors-champ, entendons les arènes du chant ambiant, parce qu’on sait que la science, la nourriture de l’esprit, n’a pas de limites et elle est même subversive avec l’intelligence. Donc il est mieux de la confiner aux marges de la société. 
On réduit la valeur et les capacités des diplômés de l'université et l'on crie à l'inadéquation de leurs profils de formation aux exigences des secteurs employeurs qui se veulent si pointues et si épaisses en compétences et savoir-faire, pour accentuer le délire de l’étranger.  
Souvent, la science et la rationalité doivent d’ailleurs se justifier pour être admises en composante mineure tolérée dans les espaces de débat où l’occultisme et l’improvisation à toute épreuve occupent le haut du pavé. D’ailleurs, on a vu avec quelle désinvolture et sournoiserie a été traitée des mois durant la strate des résidents du corps médical : à défaut de chercher à cerner le fond du problème et les insuffisances patentes qui gangrènent leur statut, la qualité de leur formation tant théorique que pratique et d’instaurer une grille de mobilité territoriale, on a usé du stratagème de la répression et du pourrissement. Pour illustrer davantage cette mise au ban de l’intelligence, on citera le cas de cette Académie des sciences et de la technologie créée en grande pompe par décret présidentiel et dont on n’a plus écho de ses activités et de son rayonnement, dissipée qu’elle est dans le brouillard de l’oubli et de la marginalité.
I. A. Z.
(À suivre)

(*) Géophysicien, Université Mouloud-Mammeri.

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