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Le scorpion, cet insecte tueur d’homme

Publié par LSC
le 10.09.2018 , 11h00
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Par Farouk Zahi 
Il n’avait que 4 ans, Il s’appelait Nabil…. il jouait avec ses petits camarades du quartier à Biskra. Il a rencontré la mort sous une pierre. Elle s’appelait Nora, elle venait d’avoir son baccalauréat ce jour-là, elle est morte sur le perron de la polyclinique de Tolga. Il s’appelait Abdallah ; pieds nus, il était sur sa terrasse par une torride nuit d’été, dont seule Ouargla détient la recette. A la première marche, le dard venimeux lui injectait la mort dans une veine plantaire, à l’âge où l’insouciance élude les craintes. 
Dans une étude intitulée «Caractéristiques épidémiologique des décès par envenimation scorpionique en Algérie» publiée en 2011 par l’Institut national de santé publique (INSP), le Dr Youcef Laid et ses collaborateurs énoncent le constat suivant : «La population exposée au risque d’envenimation scorpionique n’a cessé de croître, particulièrement au cours de la décennie écoulée (elle est estimée à 71,9% en 2010 alors qu’elle était de 29,6% en 1997). 26 wilayas (54,5%) ont notifié 35 497 cas de piqûre de scorpion en 1997 [4]  ; en 2010, elles sont 38 à avoir déclaré 49 574 cas de piqûre [5]». En ce qui concerne la mortalité, le même document et sous forme de diagramme visualise les  wilayas touchées par le fléau et classées selon le pourcentage de décès suite à une envenimation scorpionique. Sur les 21 circonscriptions territoriales étudiées, le tragique classement s’établit comme suit pour les cinq premières : Ouargla 12,8%, M’Sila 12,5%, Djelfa 11,6%, El Oued 11%, Biskra 10,5 %. Cet arachnide, aussi vieux que le monde, fascine et fait peur. Les espèces venimeuses les plus connues  sont Buthus occitanus ou scorpion languedocien, se faisant de plus en plus rare au sud de la France, Centurus le mexicain et enfin Androctonus australis le nord-africain. Ce dernier bien de chez nous, appelé, à juste titre, le tueur d’homme. Il y a lieu de se poser légitimement la question sur la persistance et l’extension de cet accident venimeux qui évoque de prime abord  les zones inhabitées ou steppiques de l’Algérie profonde. Loin s’en faut, plus de 50% sur l’ensemble du pays sont sujettes à l’infestation scorpionique, dit-on. Le fameux triangle de la mort, constitué par le périmètre Ksar-Chellala, Ouargla et Biskra, semble évoluer pour intégrer d’autres contrées. L’endémie est péri-urbaine à 65% et l’incidence de l’envenimation calculée, il y a quelques années de cela, était intra domiciliaire à plus de 60%. Le mal devenait intra mural.
Les vieux ksour et médinas se transformaient en lieu de prédilection du scorpion. Il trouvait un gîte favorable dans les ruines et gravats de vieilles masures, abandonnées par leurs légataires, à la disparition des anciens occupants. L’extension urbaine l’a spolié de ses repaires naturels. 
Le  réseau d’assainissement lui offre des facilitations pour ses déplacements. L’absence d’éclairage public l’encourage à vaquer librement. Prédateur nocturne, il peut le faire de jour, dans ces conduits humides et frais, à l’abri  des regards. Les conduites d’évacuation des baignoires et lavabos  le font pénétrer dans des endroits insoupçonnés. Parmi ses paradoxes, il craint la chaleur. Il gîte sous la pierre, relativement fraîche le jour, pour la quitter le soir, lui préférant la fraîcheur extérieure. 
Les nuits torrides pourvoient les urgences médicales en nombre  exceptionnel  de cas d’envenimation. La glande pleine de venin, il part la nuit tombée à la recherche de sa pitance. Sa piqûre serait moins nocive au petit matin, son ampoule vide ne contenant pas assez de venin pour tuer. Que faisaient donc les anciens pour s’en prémunir ? Et bien en recourant à ses prédateurs naturels, que sont les gallinacés : poulet, dinde et pintade, qui généralement cohabitaient avec la famille. Le hérisson, autre insectivore, était domestiqué pour les besoins de la cause. Celui-ci, de mœurs nocturnes, assurait la relève des premiers cités. D’autres pratiques ataviques étaient de mise. Le sac de jute mouillé  était mis au pas de la porte, la fraîcheur du lieu retenait le scorpion jusqu’au matin. Les chaussures n’étaient jamais abandonnées à l’extérieur des logis. Les ustensiles et autres contenants étaient toujours renversés et haut placés pour  ne permettre aucune intrusion désagréable. Le couchage à même le sol était évité. 
La «sedda» confectionnée à partir de palmes tressées  était placée sur des tréteaux et tenait lieu de lit. La literie était préalablement vérifiée, avant son utilisation. Dans la palmeraie du M’Zab, une technique populaire  consiste à placer de gros morceaux d’oignon sous un bidon troué sur les côtés. On trouverait les scorpions agglutinés autour  du récipient. N’y aurait-il pas un tropisme quelconque entre l’insecte et cette racine bulbeuse ? On trouvait souvent dans la tradition oasienne le scorpion enfoui dans l’oignon sec ensaché. On préconisait toujours de vider le sac, à l’extérieur des demeures. Quelle que soit l’efficacité ou non des méthodes utilisées çà et là, il demeure indéniable que l’individu, dans un souci de conservation, tente de trouver la parade. Sa passivité par contre participerait  sans nul doute à sa perte.
Les techniques médicales modernes, telles la sérothérapie et autres médications, ont quelque peu dépossédé le citoyen de sa vigilance. Il pense qu’il serait sauf en cas d’envenimation, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas. L’enfance y est tragiquement plus vulnérable et plus exposée. Les moyens physiques de lutte sont la suppression des gîtes occasionnels constitués par les anfractuosités des murs démunis de crépissage, l’éloignement des gravats et déchets ménagers et l’éclairage extérieur individuel à défaut  d’éclairage public. Dans la vallée du M’Zab, les habitants placent des néons au fronton de leur domicile. Allumés à la prière de l’Icha’a, ils ne seront éteints qu’à la prière de l’aube. C’est une conduite citadine à mettre sur le compte d’une conscience citoyenne. Les insecticides sont, aux dosages usuels, de nul effet. Le mazout, sans toxicité pour le scorpion, lui est cependant répulsif. Il peut l’éloigner momentanément.
Le Mexique qui vivait aussi les affres de la neurotoxine scorpionique aurait barré la route à son Centurus. Les constructions seraient ceintes de carreaux céramiques à l’effet d’annihiler toute tentative d’escalade des murs extérieurs. Ne dit-on pas qu’à quelque chose malheur est bon ? L’on nous dira où serait le bon dans le scorpion ? Nous dirons : «Dans son venin à visée thérapeutique.» 
Le Dr Koubi, médecin vétérinaire, ancien chercheur à l’Institut Pasteur d’Algérie, qui a consacré une bonne partie de sa vie au scorpion, le connaît jusqu’au paradoxe de l’affection. Il faisait nourrir son élevage de scorpions avec des vers de farine, qu’ils produisaient dans son propre réfrigérateur. Ce ver aurait été ramené jusque-là  des Pays-Bas, si nous avons bonne mémoire. Ce praticien, originaire de Ouargla, faisait de la lutte anti-scorpionique un point d’honneur à la limite du sacerdoce. Il sollicitait de sa hiérarchie  l’extension des stalles destinées aux chevaux, sur lesquels on prélevait le sérum antiscorpionique. Le sérum algérien très demandé à travers le monde (USA et Arabie Saoudite) est reconnu de bonne qualité thérapeutique. Ce «poison» pouvait rapporter de l’or. Il nous racontait ainsi l’histoire de ces globe-trotters français, qui parcourraient dans les années 1970 nos zones arides à la recherche de scorpions et de vipères. Ils les faisaient «pisser» ou «vomir» après capture. Les venins collectés, dans des flacons de 10 grs, vendus à un fameux Institut scientifique français, pouvaient ramener plusieurs millions de F. F. de l’époque. Ne peut-on pas développer ce créneau, au bénéfice de la recherche scientifique ? Si ce n’est déjà fait, bien sûr !
En guise de conclusion qui ne peut être que lapidaire, ce problème déjà national interpelle plus d’un secteur, agriculture et forêts, urbanisme et environnement à faire un effort particulier pour soustraire les potentielles victimes à ce fléau  mortel. Le drame des familles touchées par un décès par envenimation est mal vécu par celles-ci. Le reproche qu’il nous serait donné de faire viserait dans ce cas autant  la collectivité, le clan que la famille. Que la famille Aouisset de Ouargla qui vient d’être  endeuillée par la perte d’un des siens, en la personne du Dr Aïcha Aouisset, trouve ici l’expression de notre sincère compassion.
F. Z.

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