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Contribution

Nécessité de redéfinir la trajectoire de notre économie

Publié par LSA
le 03.06.2019 , 11h00
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Par Mohamed Boubetra
Avant le 1er Novembre 1954 et le 11 Décembre 1960, nous étions la société des ratons et des bougnoules, une étiquette que la France colonisatrice nous a collée au front. Elle n'avait pas prévu que la société algérienne était capable de rébellion et de protestation. Aussi, le Hirak qui bat le pavé depuis quinze vendredis consécutifs pour un changement radical de gouvernance n'est pas le premier effet d'un désenchantement.
La nostalgie des années soixante-dix où l'Algérie était un pays stable et apprécié pour ses performances ne saurait aujourd'hui faire revenir de sitôt l'embellie économique sans un changement profond dans les mentalités.
L'époque qui permettait aux entreprises nationales d'avoir les mains libres dans les attributions qui leur étaient dévolues a touché à sa fin au lendemain de leur dissolution. Les managers, ces hommes et femmes, se sont astreints à leur tâche pour atteindre les objectifs fixés par le défunt ministère du Plan, et, delà, la continuité d'un développement pérenne qui fit de l'Algérie révolutionnaire le phare du Tiers-Monde ; cette appellation qu'Alfred Sauvy, dont la probité intellectuelle n'est plus à démontrer, attribua pour ses prouesses dans le cadre d'un développement continu.
Ce fut une époque mémorable, inscrite au cadre des grandes interventions étatiques dans l'économie, mais aussi dans la consolidation d'un socialisme technocratique. L'expansion sans précédent des années 1970 est venue donner réponse aux nombreux détracteurs du choix de la politique mise en œuvre, constitua la réussite prodigieuse dans une gestion saine et efficace des finances publiques.
La nationalisation joua un rôle déterminant dans le développement tous azimuts du pays ; au point de soulever l'admiration internationale.
Au lendemain de la disparition de Boumediène, de la démission de Chadli Bendjedid, suivie de la démission de Liamine Zeroual, l'anarchie s'installe avec la création de sociétés, entreprises privées montées de toutes pièces ; à leur tête de opportunistes qui font fi des principes moraux en phagocytant presque tous les métiers des entreprises nationales, construites par les mains de la vertu.
Ces personnes qu'on découvre aujourd'hui n'ont pas ce don de sagesse par leur comportement déviationniste.
Dans La peau de chagrin d'Honoré de Balzac, repris par le philosophe français Bertrand Vergely, dit en substance : «La vie du héros se rétrécit d'une façon inexorable, non parce qu'elle est la vie, mais parce que celui-ci a passé un marché avec le diable. Les plaisirs et les pouvoirs de ce monde en échange de sa vie !»
Déçue récemment par les scandales de certaines entreprises privées, aujourd'hui, la société dans son ensemble doute quant à l'habilité de secteur à gérer méthodiquement son commerce ou son industrie sans que l'Etat intervienne pour mettre fin à la gabegie.
Comme le disait si bien «Saint-Simon» dans son catéchisme des industriels.
Il entrevoyait une société organisée, contrôlée par un pouvoir politique totalement aux mains des technocrates mais non convertis en affairistes dénués de tout scrupule.
On peut affirmer que le capitalisme déguisé en partenariat s'est formé aux dépens des intérêts des travailleurs de l'entreprise nationale dont beaucoup d'entre eux ont été mis à la retraite anticipée, l'autre partie du personnel technique et administratif qui n'a pas atteint l'âge de cinquante ans ont perçu une indemnité égale à douze mois de salaire.
A l'heure actuelle, on réfute que l'inégalité des fortunes et des salaires mirobolants versés provient de l'intelligence, on dira plutôt du délabrement du pays générant des passe-droits. A l'heure actuelle, la société sereine a laquelle le peuple aspirait n'est qu'un rêve éphémère pour avoir été une propagande délétère.
Le bonheur est un bien suprême, un plaisir dont la personne quelle que soit sa condition sociale en jouit, mais pas forcément sous les lambris dorés.
Les grands discours de ces prétendus créateurs de richesses, supposées augmenter le niveau de vie de la population, ne furent en définitive qu'une mystification ; abuser de la crédulité de la plèbe. A regarder les gens dans les marchés de fruits et légumes, boucherie, poissonnerie, volaillerie... on voit bien les difficultés de la vie s'imprimer sur les visages.
Comment en est-on arrivé là si ce n'est par un mauvais choix économique, privant par-là des centaines de milliers de nos compatriotes d'un emploi stable et rémunérateur ? Qui pointer du doigt, si ce n’est les hommes et leurs ambitions démesurées qui sont responsables de ce gâchis ?
Victime de prédateurs sans scrupules, ce beau pays, qui faisait la fierté de tout un peuple et l'admiration du monde pour son ascension sociale, offre aujourd'hui un aperçu de l'avenir où il faudra chercher une panacée pour le remettre sur les rails.
M. B.

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