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Silence, fake news et conspirationnisme

Publié par LSA
le 25.03.2019 , 11h00
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Par Naoufel Brahimi El Mili
Malgré les apparences, Abdelaziz Bouteflika est toujours président de la République jusqu’au 28 avril prochain. Du moins, selon la Constitution mais dont il ne fait pas grand cas puisqu’il entend poursuivre son œuvre jusqu’à l’achèvement de la démocratie, clame-t-il. La durée est indéterminée. Le peuple s’impatiente. Cinq vendredis plus tard,  à la présidence, silence radio. Quelques lignes de communiqués, de Genève ou d’Alger, attribuées au Président sortant-restant. Ce dernier dit en substance aux Algériens : «Je ne veux pas vous comprendre.»
Alors que c’est connu, le brillant chef de la diplomatie algérienne des années 1970 est meilleur à l’oral qu’à l’écrit. Sa dernière prise de parole publique date du 8 mai 2012. En pleine tourmente du «printemps arabe», de Sétif, Bouteflika laisse entendre qu’il va quitter le pouvoir en lançant sa fameuse phrase : «ma génération est finie» (tab djenana). En effet, Ben Ali, Hosni Moubarak et Muammar Kadhafi sont finis. Un AVC plus tard et après un très long séjour parisien (25 jours au Val-de-Grâce et 57 jours aux Invalides), en 2013, le revoilà candidat pour un quatrième mandat, dès 2014. Commence dès lors une campagne où ses posters géants tentent de pallier son absence physique. Exposée sur toutes les tribunes, sa photo se veut une adaptation  de la nouvelle d’Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray . 
En effet, la photo ne vieillit pas, contrairement à l’originale restée cloîtrée dans une résidence hautement médicalisée à Zéralda. Entre-temps, il a été réélu grâce à une Constitution sur mesure et cousue main, téléchargée dans un dispositif institutionnel dépourvu de tout «fire-wall». Alors pourquoi pas un cinquième mandat ? On reprend les mêmes et on recommence : FLN, RND, UGTA et d’autres thuriféraires. Avec cinq millions de parrainages, semble-t-il, le dossier de candidature est bien ficelé et déposé au Conseil constitutionnel avec un certificat médical d’aptitude professionnelle. Et pas n’importe quelle profession : président de la République.  Seulement, le 22 février, le mur de la peur est tombé et un mur de feu s’élève contre un cinquième mandat que l’on croyait automatique. Fini le temps de la présidence par tacite reconduction même si l’intéressé est complètement taciturne. Justement, d’un vendredi à un autre, aux cris et slogans de millions d’Algériens, un silence présidentiel fait écho. Indépendamment de son origine pathologique, ce silence est en soi une ruse. Il est destiné à chauffer à blanc une foule jusqu’alors pacifique. 
«Silmiya», faut-il le rappeler ? Le pouvoir, à défaut d’idées, emploie des ruses. Et pas seulement. Les «fake news», distillés sur le net et autres supports, sont aussi destinés à exaspérer les Algériens qui s’impatientent, à juste titre. Alors que la force et l’originalité de ce mouvement résident dans son aspect pacifique. 
Le pouvoir ne sait pas gérer une foule calme, il faut donc la rendre violente. Cinq vendredis encore à tenir et à contenir, c’est peu et beaucoup à la fois. 
Le pouvoir, bien que quasiment vacant, joue la montre et veut provoquer la fureur. Dans cette manœuvre, tout dérapage est bienvenu. Oui, tout peut arriver. Comme cet interview d’un général français à la retraite. Il s’agit de Dominique Delawarde qui qualifie l’époustouflant sursaut algérien de manipulation. Pas moins. Fort de sa qualité d’ancien chef «situation-renseignement, — guerre électronique», ce retraité français vient au secours du Président algérien : «Sous la gouvernance de Bouteflika, l’Algérie a su rester un pays indépendant, contrairement à de nombreux pays arabes qui se sont, peu ou prou, rapprochés de la coalition occidentale, en application du proverbe :  baise la main que tu ne peux trancher». Le général Delawarde parle même de vaste complot de «régime change» (changement de régime) : «dont les Occidentaux sont particulièrement friands (révolutions colorées, Ukraine, Libye, Printemps arabes, Syrie, Venezuela, Brésil…..), qu’ils réussissent parfois (Maïdan, Libye, Brésil) et dont ils gardent jalousement «les secrets de fabrication». Selon cet officier supérieur, les Algériens sont instrumentalisés à leur insu pour priver leur pays de la gouvernance éclairée de Bouteflika. CQFD. 
Point n’est nécessaire de faire des recherches sur le passé de ce général qui a commencé sa carrière du temps de l’Algérie française, ni sur ses intentions, pour déceler une ruse désespérée au profit d’un pouvoir agonisant au point où le Premier ministre finira par embaucher peut-être un chasseur de têtes chevronné pour former enfin un gouvernement. 
N. B. E. M.

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