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Culture

Édition La poésie de Mahmoud Darwich dans deux ouvrages chez Barzakh

Publié par R.C
le 10.08.2019 , 11h00
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Pour marquer la commémoration du 11e anniversaire de la disparition de Mahmoud Darwich, l'éditeur algérien Barzakh a réédité deux recueils tirés de l’œuvre du grand poète palestinien mort le 9 août 2008.
Les deux ouvrages, l’un en français, l’autre en arabe et français, constituent un florilège de poèmes proposé par deux grands poètes et traducteurs — le Palestinien Elias Sanbar et le Marocain Abdellatif Laâbi — parmi les textes les plus marquants de la poésie arabe contemporaine et dont Darwich est une des figures de proue. Le premier volume, une anthologie intitulée Rien qu’une autre année, titre d’un ses poèmes et qui donne un aperçu de l’itinéraire de Darwich sur près de 20 ans (1966-1982) avec neuf recueils, que Abdellatif Laâbi a choisis de traduire en français. L’anthologie s’ouvre sur les poèmes tirés du recueil Un amoureux de Palestine, publié en 1966. C’est par ces poèmes chantés, que les lecteurs arabes découvrent A ma mère, et Poèmes sur un amour ancien. Avec d'autres textes, ces deux poèmes constituent, s'il en est, l'acte de naissance d’un grand poète qui allait vite confirmer son envergure internationale. Du deuxième recueil de Darwich, Fin de la nuit, 1967, Laâbi a choisi six poèmes dont l’emblématique Rita et le fusil, texte à la charge poétique intense où le chagrin, le questionnement, la colère et l’amour se mêlent au sentiment d’échec et d’impuissance.
Les oiseaux meurent en Galilée, 1970, un troisième recueil composé de neuf poèmes marque une évolution dans l’expression poétique de Darwich. Les textes qui le composent trouvent, par la profondeur et la puissance du verbe, une résonance particulière chez le lecteur de Darwich : Pluie douce et un automne lointain, Rita, aime-moi, Chute de la lune, autant de poèmes qui célèbrent l’amour et l’humain, sans cesser de pourfendre l’injustice et la tyrannie. De Ma bien-aimée se réveille, 1970, Laâbi a choisi de traduire trois poèmes dont Passeport — interprété par le chanteur engagé libanais Marcel Khalifé —Chronique de la douleur palestinienne, sur la débacle des armées arabes en 1967, ou encore Ecriture à la lueur d’un fusil, un poème narratif par excellence où Darwich convoque l’histoire et ses hérostragiques.
Du recueil T’aimer ou ne pas t’aimer (1972), Laâbi propose Cantiques, Le guitariste ambulant, Le passager et surtout l’incomparable Sirhan boit le café à la cafétéria, un poème où le personnage de Sirhan se donne une destinée, possible pour chaque Palestinien. D’essai numéro 7 (1975), le traducteur a sélectionné Comme si je t’aimais, La sortie du littoral méditerranéen, Le fleuve est étranger et tu es mon amour et Gloire à cette chose qui n’est pas arrivée. Par le choix du titre donné à ce recueil, Mahmoud Darwich a voulu, symboliquement, signifié les changements opérés dans sa précédente expérience et souligné la transition vers une autre expression poétique dont Noces, un recueil publié en 1977, porte déjà les prémices. Ce recueil dont l’anthologie rassemble sept poèmes, parmi lesquels le poème-titre, regroupe entre autres Il était ce qu’il adviendra, Ainsi parla l’arbre délaissé, et Le poème de la terre, un des textes les plus aboutis de Darwich.
Dans Ahmad Azzatâr — ou Tel Aza? tar — du nom d’un camp des réfugiés au Liban rendu tristement célèbre après le massacre de milliers de Palestiniens en 1976- la tragédie est cette fois déclamée en vers par la voix du poète. Pour clore l’anthologie, Abdellatif Laâbi propose en français Souterrains, Rien qu’une autre année et surtout l’éternel Beyrouth, le long poème écrit en 1981 et gravé à jamais dans la mémoire de milliers d’admirateurs de Darwich pour qui «Beyrouth (reste) notre unique tente,Beyrouth notre unique étoile». Dans un deuxième ouvrage réédité concomitamment par Barzakh, Elias Sanbar,traducteur et ami intime de Darwich, propose sept recueils et longs poèmes représentant l’itinéraire du grand poète palestinien de 1992 à 2005.
Cette anthologie bilingue, en arabe et français, a été choisie et présentée par l'homme de culture et éditeur franco-syrien, Farouk Mardam-Bey, comme «une œuvre majeure, un important jalon dans l’histoire de la poésie arabe contemporaine». Cette compilation d’extraits de l’œuvre de Darwich, traduits par les soins de Sanbar, comporte entre autres Onze astres, Discours de l’homme rouge, six poèmes tirés du recueil Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude, outre Murale, État de siège ainsi que des poèmes extraits de Ne t’excuse pas et Comme des fleurs d’oranger et plus loin.
Mahmoud Darwich est décédé en 2008 à l’âge de 67 ans. Considéré comme une des voix majeures de la poésie au XXe siècle dans le monde, il laisse une œuvre monumentale traduite dans une vingtaine de langues. «En mêlant l’individuel au collectif , le quotidien à l’éternité, (...) le poète y réussit le pari de toute une vie : opposer la fragilité humaine à la violence du monde et élever la tragédie de son peuple au rang de métaphore universelle», dira Mardam-Bey à propos du legs poétique de Darwich.

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