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Haltes Estivales

Un jour, l'Histoire dira...

Publié par Maâmar Farah
le 16.08.2018 , 11h00
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Un jour, l'Histoire dira, sans concessions mais aussi sans passion, tout le mal fait par l'Arabie Saoudite et le Qatar à la République algérienne depuis les années 1990. La grande Histoire, bien sûr. Celle qui s'écrit avec un grand «H» et qui aura pour elle l'étendue spacieuse et impassible du temps et les immortelles vérités de la mémoire en vue de rendre justice à notre peuple, embarqué, malgré lui, dans l'aventure wahhabite qui a tant détruit, tant massacré, tant endeuillé ! Pas la petite histoire, celle des régimes passagers qui, par je ne sais quel tour de passe-passe, ont réduit l'Algérie de nos rêves, l'Algérie debout et fière de Boumediène au rang d'un pays qui s'excuse pour un tifo dans un stade du pays profond...
Ces banderoles géantes existent partout dans le monde. Lorsque l'expression libre est bafouée, on les utilise pour exprimer des opinions politiques qui trouvent dans ces arènes sportives où le peuple peut encore dire son mot, un moyen de s'afficher publiquement. L'opinion qui y est exprimée à propos de l'alignement de l'Arabie Saoudite aux thèses américaines sur le règlement du conflit israélo-palestinien n'est pas nouvelle. Elle revient sur les lèvres de millions d'habitants de notre pays et des nations environnantes. Elle est visible dans les publications qui foisonnent sur les réseaux sociaux ; elle exprime les idées qui restent du Front du refus lequel, bien que poussé dans ses derniers retranchements par la réaction arabe et l'impérialisme, ne veut pas mourir... Et quoi de plus naturel que ce Front trouve en Algérie, bastion de la résistance et citadelle des hommes libres, sa flamme habituelle, son cœur brûlant, sa foi inébranlable en un combat juste pour la dignité et la paix.
Je ne connais pas, dans l'histoire, d'autres exemples d'excuses officielles pour une banderole portée par des supporters dans un stade. Nous comprenons certes que cette image puisse choquer un pouvoir quelconque mais ces pays sous la coupe de monarchies moyenâgeuses doivent comprendre que l'Algérie n'est pas le Bahreïn, qu'elle compte un bon nombre de caricaturistes qui offensent même le chef de l'Etat, qu'il n'y a pas ici de baise-main, ni de rois décidant de la pluie et du beau temps ! Certes, nous ne sommes ni la France, ni les Etats-Unis, mais les Saoudiens auraient-ils réagi de la même manière si le tifo en question avait été brandi dans un stade de Louisiane ou de Bordeaux ?
Que nous est-il arrivé pour répondre de cette manière aux injonctions du Palais royal saoudien ? J'ai soulevé la question dans une page d'un réseau social et un ami m'a soufflé que c'était ça la diplomatie et que nous ne sommes pas en situation de montrer nos muscles. Mais où est la faute «officielle» pour exiger des excuses «officielles»? Il n'y a eu aucune hostilité algérienne émanant des institutions, aucun mot déplacé venant d'un responsable algérien, aucune action dirigée contre le royaume saoudien... Juste une banderole, quelques mots, deux dessins, portés par des supporters dans un stade. Que le maire de Aïn M'lila ou le comité dirigeant de l'ASAM ou le wali d'Oum-el-Bouaghi aient présenté ces excuses, on aurait, limite-limite, accepté mais que le chef du gouvernement s'excuse pour ce tifo, je trouve cela déplacé et ça me désole. Je ne suis pas un homme politique, ni un diplomate. Je suis un chroniqueur. Et pas de ces as de la plume retranchés dans leur tour d'ivoire. Je vis au milieu du peuple, à l'air libre. Je n'ai pas besoin d'interprétations théoriques ou de grilles de lecture académiques pour comprendre ce que dit ce peuple. Il est outré par le geste de notre gouvernement, c'est ce que j'ai entendu dans différents milieux !
En vérité, quand on revient sur le drame algérien des années 1990, on y décèle le rôle néfaste joué par l'Arabie Saoudite et, plus tard, le Qatar. Le wahhabisme, encouragé par les régimes qui se réclament de cette théorie, a exporté vers notre pays une pensée dont nous continuons de souffrir, à l'image du geste condamnable de cet excité qui a détruit en partie la statue de Aïn-el-Fouara. Et cela a commencé bien avant : c'est l'Arabie Saoudite qui a organisé et financé le transfert de nos jeunes vers l'Afghanistan pour y combattre le «danger rouge». C'est l'Arabie Saoudite officielle qui s'est immiscée dans les affaires de notre pays pour y encourager le djihad, d'abord en terre afghane dans les années 1980, puis en Algérie même où la défaite du FIS a servi d'alibi à la vague destructrice de la décennie suivante. Le Qatar a joué le même rôle. Sa chaîne Al-Jazeera a relayé le discours et les «hauts» faits des monstres formés par les Saoudiens. Jusqu'au moment où j'écris ces mots, c'est le Qatar qui accueille Abassi Madani et son discours haineux et déstabilisateur de notre pays. C'est le Qatar qui est derrière une chaîne de propagande anti-algérienne à Londres. C'est le Qatar qui a financé certains groupes agissant dans le Sahel et qui ont attaqué nos casernes de gendarmerie dans le sud du pays. N'est-ce pas à ces deux pays de s'excuser auprès du peuple algérien pour tout le mal qu'ils ont fait ? Ce monde à l'envers montre bien les ambitions des uns et l'étroitesse de vue des autres ! Il montre, à l'évidence, que la rupture dont nous parlions il y a quelques semaines — rupture avec les positions anti-impérialistes de la diplomatie algérienne installées depuis les années 1950 — nous réservera encore bien d'autres surprises.(*)
Il est dans le rôle des Saoudiens d'exiger des excuses quand ils pensent que leurs intérêts ou image de marque sont en danger. Mais une simple banderole pouvait-elle mettre en péril leur rôle et leur image ? Je crois que l'arrogance dont ils font preuve depuis quelque temps n'est pas venue du ciel ! Depuis qu'ils ont livré plus de 400 milliards de dollars aux Américains, ils se croient tout permis. C'est ainsi que fonctionne cette foutue «communauté internationale» et ces «rapports internationaux» biscornus. Celui qui paye ses maîtres ne sera jamais dérangé ! Alors que la vigilante «démocratie» occidentale et ses défenseurs attitrés, officines rattachées aux services de renseignement, s'indignent de n'importe quel dépassement dans nos pays, on ne les a pas beaucoup entendus se lamenter sur le sort des Yéménites ou des... princes retenus en otage dans un hôtel de Riyadh, sans jugement, ni annonce des résultats d'une enquête judiciaire ! On ne les a pas entendus commenter les tractations visant à les libérer contre livraison d'une partie importante de leurs fortunes à l'Etat ou à je ne sais qui... Quand Macron et Trump se déplacent, c'est pour vendre des armes ! Voilà la diplomatie nouvelle ! Voilà le vrai visage de ces démocraties livrées au commerce et à l'intérêt financier. J'ai écrit un jour que nous étions condamnés à la résistance. Depuis les temps les plus reculés, ce peuple résiste à tout. Les jeunes qui ont levé cette banderole résistent à leur manière. Ils expriment un cri venu des tréfonds de ce peuple et qui expose, toujours aussi lucidement, les positions de tous les anciens rebelles, depuis la nuit des temps. Il veut dire, en plus clair : «Non aux mensonges ! Non aux complots impérialo-sionistes et à leurs prolongements arabes ! Non aux courbettes ! Non aux baise-mains !»
La République démocratique et populaire restera le cauchemar des princes spéculateurs et des tyrans en turban !
M. F.
(21-12-2017)

(*) : Et des surprises, il y en a eu depuis ! Jusqu'à cette immixion inattendue et impardonnable dans une querelle canado-saoudienne ! Depuis le lointain M'hamed Yazid, la diplomatie algérienne  ne nous a pas habitués à ces positions inutiles et improductives, voire nuisibles ! Un «aplaventrisme» indigne de notre pays. Mystère et boule de gomme... 

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