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Ici mieux que là-bas

De l’agneau de l’APN aux danses kanakes de Raconte-Arts

Publié par Arezki Metref
le 21.07.2019 , 11h00
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Voilà ce qui s’appelle passer – au choix – du chaud au froid, de l’été à l’hiver, du jour à la nuit. Bref, voilà un exemple de télescopage. L’autre jour, un ami, Ali Brahimi pour ne pas le citer, ancien député RCD, nous invite à déjeuner. Comme il a gardé quelques contacts avec le modeste personnel de l’illustre institution parlementaire, il a choisi le restaurant de l’APN. Non, ce n’est pas une cantine, c’est un vrai restau pour les élus du peuple. Ils ont besoin de bonne bouffe et de calme. Ils réfléchissent pour trouver des solutions législatives aux cruciaux problèmes du pays. Normal ! Ayant été par inadvertance « journaliste parlementaire » pour la première législature sous Boumediène en 1977, je ne connaissais que le super estaminet de la salle de conférences de Club-des-Pins, où se réunissaient les députés d’alors, sous la présidence de l’inénarrable Rabah Bitat dont je garde le souvenir ému et solidaire des difficultés qu'il avait à prononcer correctement l’arabe qu'on lui imposait comme langue de perchoir.
Nous y voilà donc! C’était, déjà au niveau de la présentation générale, mieux que le restau où nous avions dîné la veille, en plein centre d’Alger. Mais ce qui était frappant dans ce coin bouffe de l’Assemblée nationale devant l’hôtel Aletti, c’est la composante des convives, un jour de juillet caniculaire où l’APN est censée ne plus exister d’avoir atteint son plus haut degré d’illégitimité. J’aperçois des visages aussi vieux que les piliers de l’immeuble qui n’est pourtant pas jeune du tout. Des types que l’on croit voir depuis toujours. Même pas patinés. Même pas vieillis. Ce qui est normal, là aussi, car ils ont été vieux dès leur jeune âge et ils restent des élus perpétuels. Rien n’a changé.
Comparaison n’est pas raison, mais je ne peux m’empêcher de revenir aux députés de 1977. C’était le temps du parti unique mais avoir un Hassan El Hassani dans les travées du Parlement, arrivant dans sa vieille deux-chevaux, ça avait de la gueule. S'agissant des députés aujourd’hui, au niveau présentation générale, on a l’impression qu’il y a eu une métamorphose imperceptible du type même du député algérien. Aucun risque, en tout cas, d’apercevoir la deudeuche de Boubagra dans le parking où rutilent les marques de voitures les plus prestigieuses. Oui, sayad Raïs, quelque chose a changé.
A part ça, le rapport qualité/prix, comme on dit, est en faveur du peuple laborieux qui y envoie, à moindres frais, sustenter ses représentants. Franchement, ce n’est pas pour dire, mais il n’y a pas que les sous de la Mosquée d’Alger qui sont comme de l’eau versé sur un bac de sable. A la bonne vôtre, représentants du peuple !
Puis, le télescopage s’accomplit. Quelques heures plus tard, nous voilà dans un petit village coquet pas loin de Bouzeguène. Il s’appelle Sahel et il a choisi d'abriter le festival Raconte-Arts. C’est un autre monde. C’est celui de la jeunesse et de la culture. C’est celui de l’environnement et de la réflexion sur le développement durable. Et c’est celui de la solidarité internationale avec, cette année, une présence de Kanaks venus difficilement de Nouvelle Calédonie apporter le salut d’un peuple ancien à un peuple ancien.
Passer de la fixité de l’APN au tumulte créateur de Raconte-Arts, c’est passer de l’expectative mortifère à l’élan de vie. Bon, c’est comme ça. A Sahel, les gens du comité de village accueillent, avec le sourire et une vraie disponibilité, les centaines de milliers de visiteurs. Le programme est impressionnant comme d'habitude : musique, conte, danse, littérature, réflexion, peinture, cinéma, théâtre…
Et puis cette bouleversante présence kanake. Ils devaient être 36. Mais seulement 11 ont pu venir. Tracas administratifs.
Ils apportent avec eux le tonus et l’immémoriale présence des vieux peuples autochtones qui ne se sont jamais résignés à accepter la fatalité du déni qui leur est opposé. Ils exhalent le souffle vigoureux des peuples qui se sont sauvegardés pour tracer l’espoir de leur avenir.
Voilà donc Raconte-Arts dans ce village pentu de Sahel. Tout est pétillant, phosphorescent, jeune, audacieux, créatif. Tout est convivial surtout, et là, c’est vrai khawa-khawa, car dans la culture, il y a forcément de la bienveillance.
Des visages connus. Ceux de Raconte-Artistes historiques. Ils viennent chaque année, de partout, d’ici et d’ailleurs, engouffrant à travers les ruelles tortueuses du village les couleurs du monde. Et de nouveaux visages, ceux de visiteurs qui viennent jeter un coup d’œil. Un sur deux deviendra un Racontariste. Un sur deux reviendra encore et encore.
C’est le destin de ce petit festival informel, pluridisciplinaire et itinérant que de grandir tout en conservant son âme d’enfant. Il est, ce faisant, à l’image de cette Algérie qui s’est mise en mouvement un certain 22 février. Elle a grandi et maturé mais elle garde une forme d’innocence, celle de l’enfance.
Je vois, dans la foule de la place de Tajmaât de Sahel, au moment de l’inauguration, le visage d’Ali Brahimi. Il sourit. Ce n’est déjà plus l’ancien député mais un militant qui s’est battu toute sa vie en fait pour que des rencontres citoyennes indépendantes comme Raconte-Arts puissent impulser une dynamique nouvelle. Et puis, l’Algérie est championne d’Afrique.
A. M.

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