Rubrique
Ici mieux que là-bas

Dans la cellule

Publié par Arezki Metref
le 30.06.2019 , 11h00
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- Chut ! On nous entend. Les rues ont des oreilles. Et pas que les rues, d’ailleurs !
- Quoi, qu’est-ce  que  tu  racontes ?
- Tu vois bien qu'on ne peut pas dire ce qu'on veut !
- A quoi ça se voit donc ?
- Il y a des signes qui ne trompent pas !
- Eh oui, c'est comme ça que ça résonne, la petite musique martiale !
- Et si nous tournions l'obstacle en avantage, hein ?
- Bonne stratégie, ça oblige à de la mesure, et à la métaphore. C'est peut-être pas plus mal, au fond. Faire dans la dentelle !
- Un certain Jean-Paul Sartre, qui avait la tare d’être de gauche, ne disait-il pas que les Français n'avaient jamais été aussi libres que sous l'Occupation ?
- Quel rapport ?
- La place de la presse dans des contextes comme ceux de l'Algérie aujourd'hui est fragile. Juste un petit raid de vérité fulgurante et le Titanic coule !
- Je te dis qu’on n'interdit pas que les drapeaux amazighs. On interdit aussi les mots.
- C'est pour les mêmes raisons ?
- Pourtant, il faut bien que les choses soient dites ! Du moins, certaines.
- Surtout que, dans le destin de ce pays des tangages, c'est la première fois qu'on observe quelque chose d’aussi totalement inédit : la rue donne l'impulsion de la révolte aux élites politiques. Les différentes initiatives prises par l'opposition, qui s'unifie tant bien que mal pour ne pas démériter du peuple, montrent enfin que l'inspiration politique vient de là où elle devait venir et d'où elle aurait dû toujours venir, c'est-à-dire du peuple justement.
- Pourtant, ça bloque quelque part !
- Les mesures prises par les tenants du pouvoir actuel qui se sont octroyés la latitude de tenir le destin du pays dans leurs mains, ignorant, au nom d'un chaos qu'on ne voit pas venir au bout de 18 semaines, les aspirations des Algériens à se débarrasser d'un système oppressif, régressif et débilitant, qui a fait de nous la risée du monde, jettent de l'huile sur le feu.
- Ils disent qu’ils accompagnent….
- Au lieu d'accompagner ce premier mouvement d'émancipation du peuple algérien, on l'entrave, oui.
- Oui, plutôt… Deux fois oui !
- L'interdiction du drapeau amazigh, qui reste impossible à faire respecter tant ce dernier est devenu celui de tous les Algériens et non pas celui d'une minorité louche et subversive, est le type même de la diversion.
- On a l'impression qu'il y a des forces qui voudraient ouvrir de nouveaux fronts pour des raisons indéchiffrables par le bon sens.
- A moins qu'on ait envie, encore une fois,  de  jouer le joker imparable : provoquer la Kabylie.
- Absolument, souvent ça marche, ce truc…
- En quoi le drapeau amazigh, qui accompagne les manifestations dans toute l'Algérie et dans la diaspora, depuis le début, deviendrait-il, à la dix-septième séquence de la révolution, soudain dangereux ? Non, ça ne s’explique pas logiquement. Non, ça ne tient pas la route.
- Non, ce n'est pas agir au profit de l'unité que de convertir un élément d'unification en facteur de division.
- Mais…
- Mais quoi ?
- Tu remarqueras aussi qu’en dépit de la peur du gendarme censée imposer aux manifestants les interdictions, le drapeau amazigh est sorti quand même.
- Et même que les personnes interpellées, certaines jetées en prison, sont en passe de devenir des martyrs de la cause, ce qui peut se retourner contre le pouvoir.
- Ce qui montre davantage à quel point le prétexte du drapeau amazigh est bien fragile, c'est que vendredi dernier, 19e épisode d'une manifestation toujours aussi déterminée et vigoureuse, on a interdit tout drapeau. Walou !
- On a même essayé d'interdire tout bonnement les manifestations.
- Mais le fleuve continue de gronder pacifiquement, grossissant ses flots, restant dans son lit, car il sait où il va.
- Tu sais le mouvement de protestation algérien a ceci de remarquable, entre autres, de demeurer constant et pacifique.
- Les tentatives du pouvoir de le criminaliser ou celles des intellectuels organiques du système de l'accabler des tares populistes, en disent plus sur les accusateurs que sur les manifestants.
- Cette constance n'est pas observable du côté du pouvoir.
- Chez lui, la seule constante décelable, c'est le refus de tenir compte de l'aspiration profonde des Algériens, exprimée très clairement, de solder les comptes avec ce système vermoulu et de passer à une phase de leur destin un peu plus démocratique, celle qu'ils contribuent à bâtir.
- Il n'a jamais été bon nulle part et pour quelque raison que ce soit de museler un peuple qui a vaincu la peur pour dire son ras-le-bol.
- Il ne serait pas bon non plus d'utiliser la force pour lui arracher sa victoire d'avoir chassé Bouteflika.
- Si les oppositions, car il y en a une flopée dans une gradation de crédibilité, ont fini par se parler comme les différentes composantes du peuple algérien se sont parlé par-delà tout clivage, il est temps que le pouvoir écoute, lui aussi, et entende ce besoin profond des Algériens d’être enfin débarrassés de ces énergies fossiles que sont les hommes de l'ancien système encore planqués partout dans l’État.
- Au fait, quel est ton numéro de cellule ?
- Le même que le tien !
A. M.

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