Rubrique
Le Soirmagazine

C’est ma vie L’héritage

Publié par Djillali Hadjebi
le 17.03.2018 , 11h00
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Pendant plus d’une vingtaine de jours après la mort de Rachid, et alors que Tassaâdit
s’était carrément installée aux «Glycines» pour, comme elle disait, tenir compagnie et aider Fadhéla et ses enfants à surmonter cette difficile épreuve, son frère Achour, l’aîné de la fratrie, venait lui aussi régulièrement leur rendre visite, les yeux pleins de convoitise.
Achour explorait tel un courtier ou un agent d’assurance, pièce par pièce, les profondeurs de la grande demeure, il passait le reste de son temps à l’extérieur à arpenter dans tous les sens le grand jardin afin d’évaluer sa superficie ou à prendre des photos de la maison avant de repartir comme il était venu, sans crier gare. L’idée de tirer grand profit des biens laissés par son défunt frère, une aubaine inespérée, pensait-il, semblait exciter au plus haut point sa cupidité.
Ces intrusions dans leur quotidien causaient une gêne certaine dans les habitudes de la petite famille, mais Fadhéla, qui n’était pas dupe quant aux visées bassement vénales de son beau-frère, préférait éviter l’affrontement avec sa belle-famille et laisser les choses venir. D’autant plus que dans les quinze jours qui suivirent la mort de Rachid, Achour avait demandé à Fadhéla de lui remettre leur livret de famille et tous les papiers de la maison. C’était, disait-il, pour enregistrer le décès de son mari et établir la «frédha», ce fameux document notarial qui arrête la liste de toutes les personnes ayant droit à la succession du défunt, alors que par «papiers» de la maison, l’homme entendait, bien sûr, l’acte de propriété et le livret foncier des «Glycines».
Si, pour le livret de famille, Fadhéla n’avait pas hésité à le lui remettre, pour les autres documents, elle orienta son beau-frère vers leur avocat, da l’Hocine, qui s’occupait de toutes leurs affaires et qui était toujours de bon conseil. Cela ne semblait pas du tout plaire à Achour qui ne s’attendait certainement pas à une telle tournure des choses, particulièrement après son entrevue avec leur avocat.
L’homme n’hésitait pas à le faire savoir en criant sa colère sur tous les toits et en jurant à qui voulait bien l’entendre qu’il ne se laisserait jamais dépouiller aussi facilement. Mais Fadhéla n’en avait cure pour l’instant des sautes d’humeur de son beau-frère et de son esprit aussi cynique que mercantile, surtout qu’elle avait hâte de tourner la page pour s’occuper de choses autrement plus urgentes pour elle et concernant notamment la scolarité de ses filles.
A la fin du mois d octobre, alors que Sonia, déjà inscrite dans un lycée proche, avait repris depuis plus d’une quinzaine de jours le chemin de l’école et que Selma s’était envolée pour la France où l’attendait sa tante Nabila en vue d’entamer ses études universitaires, Fadhéla et Zahia reçurent des convocations par huissier de justice pour se rendre chez un notaire à Tizi-Ouzou. Zahia, une cousine éloignée du défunt, tombait des nues et ne comprenait pas le pourquoi d’une telle convocation.
De son côté, Fadhéla qui s’attendait pourtant un peu à cela ressentit aussitôt une vive appréhension, une peur, comme si elle craignait de perdre un bien qui lui appartenait. Depuis que son beau-frère Achour l’avait informée qu’ils devaient se réunir au plus tôt pour examiner avec les autres ayants droit les volontés testamentaires de son défunt mari et régler toutes les autres questions de succession, cette angoisse ne la quittait pratiquement plus. Si pour la maison Fadhéla n’avait a priori rien à craindre car tous les documents d’acquisition et l’acte de propriété des «Glycines», déposés chez leur avocat, étaient en son nom, une précaution que le couple avait cru bon de prendre lors de l’achat de leur maison, elle savait par contre que, pour l’entreprise familiale, elle devait batailler dur pour préserver ses droits et ceux de ses filles ; d’autant plus que celle-ci se trouvait hors de la circonscription administrative de la ville de Bougie et qu’elle n’y avait jamais mis les pieds. De plus, la convocation de Zahia intriguait quelque peu la bonne femme. Lasse de se poser toutes sortes de questions, elle avait fini par se décider à rendre visite à da l’Hocine. Celui-ci la rassura aussitôt.
Non seulement tous ses intérêts et ceux de ses filles seront préservés, mais il sera présent lui aussi chez le notaire pour faire connaître à tous les légataires les dernières volontés de son défunt mari.
Concernant Zahia, c’était lui qui avait demandé au notaire de la convoquer en même temps que tous les autres. Par ailleurs, pour lui éviter plusieurs déplacements jusqu’à Tizi-Ouzou, les deux hommes s’étaient déjà entretenus à plusieurs reprises sur ce dossier et examiné en commun les grandes lignes de cette succession, y compris celles relatives à l’entreprise familiale. Les «Glycines» ?
Comme il l’avait déjà signifié à Achour et à un de ses frères qui l’accompagnait, cette propriété n’ayant jamais été enregistrée au nom du défunt, elle ne faisait pas partie du patrimoine laissé par ce dernier et ne pouvait en aucun cas entrer dans le cadre de cette succession.
Au jour de la date fixée pour la réunion chez le notaire, les deux femmes partirent néanmoins très tôt le matin dans le même véhicule. Portant chacune un long manteau sur un tailleur sombre et la tête couverte d’un foulard, elles auraient sans doute fait penser à deux bonnes amies qui se rendraient à quelque réunion mondaine, n’étaient leur visage grave et leur mine crispée. Debout sur le perron de la maison et les saluant de la main, Sonia les regardait partir. Le soleil n’était pas encore levé et les «Glycines» était plongée dans un triste clair-obscur où la nuit hésitait encore à céder tout à fait place à une journée qui s’annonçait maussade avec un ciel couvert de nuages bas. A peine les feux arrière de leur Peugeot 203 avaient-ils disparu derrière la grille du grand portail que Moussa, leur fidèle jardinier, l’avait refermé et poussé le grand verrou. Un peu plus tôt, lors du petit-déjeuner, sous le regard un peu amusé de la jeune fille, les deux femmes avaient arrêté une stratégie, plutôt une conduite à tenir, pour cette entrevue avec les autres chez le notaire : «Faire entièrement confiance à da l’Hocine et surtout éviter tout emportement, toute chamaillerie avec les membres de sa belle-famille.» Sonia, entraînée malgré elle dans toute cette histoire d’héritage, avait fini par lâcher : «Mais arrêtez de vous faire peur comme si vous alliez affronter on ne sait quelle meute de grands méchants loups ! Nous sommes des gens civilisés et vivons dans un pays où il y a quand même une justice. Vous allez voir que tout va bien se passer…» Le ton plein d’innocence et de conviction de la jeune fille laissa un moment interdites les deux femmes. «Que Dieu t’entende, mon enfant !... Nous ne demandons pas mieux !»... dit à la fin Fadhéla en se ressaisissant et en se levant de table.
Tard le soir, lorsque les deux femmes revinrent de Tizi-Ouzou sous une pluie battante, à leurs sourires rassurants lorsqu’elles descendirent de voiture, Sonia comprit que finalement tout s’était bien passé, exactement comme elle l’avait prédit. «Quel soulagement !»... pensa-t-elle.
Dans le hall, à peine entrées, les deux femmes, le visage rayonnant d’une immense joie intérieure, l’enlacèrent tour à tour en la serrant fortement. «C’est fini, ma chérie !... C’est fini ! dit Fadhéla avec une voix enrouée et les yeux en larmes, des larmes difficiles à contenir. Le partage a été fait selon les volontés de ton défunt père...»
Comme sur le chemin du retour, les deux femmes avaient fait un crochet par le port et ramené du poisson frais et fait des achats en ville, Zahia s’était empressée de préparer le dîner alors que Fadhéla était montée dans sa chambre pour se changer et se reposer un peu de toutes ses émotions.
A table, la jeune fille sut que Zahia avait hérité d’une somme mirobolante. Un petit capital de départ déposé en son nom depuis des années dans une société de placements, qui lui ramenait chaque années des dividendes conséquents et que da L’Hocine était chargé de gérer au mieux des intérêts de la jeune femme. Aujourd’hui, Zahia disposait d’une véritable petite fortune.
Un legs que personne ne contesta. Pour le reste de l’héritage et comme Fadhéla l’avait expliqué après dîner au téléphone à Selma, sa fille aînée, tous les avoirs de son père leur revenaient de plein droit, des avoirs importants placés dans des comptes bancaires et dont Fadhéla était désignée comme seule mandataire. Par contre, en tant qu’épouse et conformément au droit musulman, elle ne bénéficiait que de la moitié des actifs que possédait son défunt père dans l’entreprise familiale de transformation de chêne-liège, l’autre moitié étant répartie entre les autres ayants droit.
Par ailleurs, comme il s’agit d’un certain nombre d’actions établies au nom de son défunt mari, elle ne pouvait les reconvertir qu’à la fin de l’exercice en cours. Restait maintenant la possibilité de les revendre aux autres actionnaires.
Elle ne voulait pas précipiter les choses et préférait voir tout cela à tête reposée avec da L’Hocine. Vers le tard, juste avant de se mettre au lit, Sonia rendit visite à Zahia, un peu pour la féliciter et un peu pour discuter de l’avenir, de ce qu’elle comptait faire maintenant qu’elle disposait d’une petite fortune. Durant les vacances d’hiver, profitant de la présence de Selma, Fadhéla et ses deux filles décidèrent d’un commun accord de transférer les sommes qui revenaient à chacune d’elles dans leurs comptes respectifs, bancaire pour la mère et d’épargne pour les deux filles, et de clôturer tous les comptes du défunt.

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