Rubrique
Les choses de la vie

Le peuple face à la Constitution du 5e mandat

Publié par Maâmar Farah
le 23.05.2019 , 11h00
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Comme nous nous y attendions, M. Gaïd Salah a parlé et il a exprimé, encore une fois, l'attachement de l'armée à la Constitution actuelle et donc au vote du 4 juillet. Se considérant comme institution républicaine gardienne de cette même loi fondamentale, l'armée a du mal à concevoir qu'elle  puisse s'engager dans des actions extraconstitutionnelles, ni ouvrir des « dialogues » avec qui que ce soit. Elle nous dit en filigrane que ce n'est ni son rôle, ni son statut. Dimanche, nous avons réitéré notre point de vue à propos de la position de l'ANP et nous n'y avons trouvé aucune trahison vis-à-vis du peuple. Au contraire, sans l'alignement de l'armée sur les positions du mouvement du 22 février et son audace à provoquer l'activation de l'article 102, Dieu seul sait ce qui serait arrivé aux marches qui auraient été probablement écrasées par une "bande" dont l'unique motivation se limitait à la concrétisation du 5ème mandat ou, plus tard, à une transition de deux années, puis d'une année, sous l'autorité de Bouteflika !
Certains peuvent considérer l'obstination de l'armée à ne pas s'inscrire dans les solutions préconisées par la majorité des manifestants comme une volte-face. C'est leur droit. Cela veut simplement dire qu'ils attendaient de l'armée beaucoup plus qu'elle ne pouvait donner. Pourtant, la sagesse nous impose de voir la réalité telle qu'elle est et non comme on voudrait qu'elle soit. L'armée a atteint la limite de ce qu'elle pouvait entreprendre comme soutien au Hirak. Quant à rencontrer les trois personnalités qui ont exprimé fidèlement les revendications du mouvement, à quel titre l'armée y souscrirait ? Ces trois personnalités, au-delà du respect que l'on doit à leur âge et leurs combats politiques honorables, ont-elles été mandatées pour représenter le peuple ? Visiblement, l'ANP ne veut pas suivre l'exemple de l'armée soudanaise qui a engagé un dialogue politique avec un mouvement pourtant représentatif des manifestants. Mais voilà que d'autres contestataires sortent dans la rue : non, ces délégués-là ne les représentent pas ! Et  pour cause : ils ont « oublié » d'inscrire l'application de la « Charia » dans leur liste de revendications ! On ne s'en sortirait jamais ! Le dialogue politique se fait entre politiques et l'armée doit être tenue à l'écart de ces conciliabules.
L'armée a donc parlé et tout le monde aura compris qu'elle reste attachée au vote du 4 juillet. Mais ce vote est refusé par le peuple. Justement, beaucoup ne veulent pas comprendre que c'est le peuple qui mène la révolution et non l'armée! Il faut donc arrêter de demander à l'armée de faire ce qu'elle ne veut pas faire et se concentrer sur l'action populaire qui a déjà enregistré de nombreuses victoires et dont la force principale doit demeurer l'unité, la clarté des objectifs et le pacifisme. L'armée semble coincée par son statut tel que défini par l'actuelle Constitution. Les masses, elles, ont la liberté d'action, une liberté qu'aucun texte ne peut encager. Aller vers ce vote rejeté par la majorité des Algériens, c'est foncer à toute vitesse vers les complications. Cela ne permettra nullement d'aboutir à cette solution en conformité avec la Constitution tant recherchée ! Le peuple, source de tout pouvoir, refuse catégoriquement cette élection et il n'en acceptera pas les résultats. 
De quelle Constitution  parlons-nous ? La dernière mouture de cette loi peut, à tout moment, reproduire le même type de Président concentrant tous les pouvoirs entre ses mains ! Cette Constitution est mauvaise, porteuse de dangers pour la démocratie et inadaptée à la période de renaissance de la liberté que nous vivons. C'est cette Constitution de 2016 qui a ouvert la voie au 5e mandat, après avoir été remaniée encore une fois ! C'est un héritage empoisonné de la « bande », l'outil juridique par lequel elle a imposé un grand malade agonisant comme chef d'un des peuples les plus jeunes de la planète ! C'est cette maudite Constitution qui a permis l'émergence d'une oligarchie dominante composée de voyous analphabètes et arrogants ! C'est cette Constitution qui a été utilisée pour asseoir le règne de la "chkara" au sein des institutions élues et des partis de la coalition ! C'est cette même Constitution qui a permis le bradage de nos richesses nationales et la dilapidation de nos devises dans des importations massives et inutiles ! C'est cette Constitution qui a protégé les prédateurs qui se sont partagé les trésors des privatisations en contrepartie de sommes dérisoires et via... les banques publiques ! Enfin, cette Constitution est à considérer comme le principal « reste » de la bande et un symbole vivant du pouvoir déchu ! « Yetnahaw gaâ » la concerne donc en premier lieu !
Au lieu de perdre du temps à inventer le fil à découper le beurre, nous aurions dû imposer comme préalable à toute opération politique, la révision de la Constitution pour la changer en véritable instrument juridique de la démocratie, y inscrire les grands choix d'un partage judicieux des pouvoirs afin que, plus jamais, un autre Bouteflika ou un autre Saïd ne s'accaparent du sort de tout un peuple et de toute une nation ! Allez au vote sans changement de la Constitution, c'est élire automatiquement un nouveau Président avec les habits de Bouteflika. Il peut être un bon dirigeant et comprendre que ces habits sont trop larges et ne sont pas pour lui. Auquel cas, il procédera au changement du texte incriminé, en y apposant la marque indélébile d'une véritable démocratie. Mais supposons que le gars se plaise dans ces fonctions d'un autre âge et qu'il refuse de changer la Constitution ! Il n'existe aucun mécanisme, aucun garde-fou car, de l'autre côté, il ne faut pas s'attendre non plus à un changement démocratique au niveau des Assemblées nationales taillées sur mesure pour soutenir feu le 5e mandat !
Évidemment, c'est le peuple qui choisit le bon ou mauvais dirigeant. Mais où est-il? Probablement que la liste des candidats à la candidature qu'on a cachée cette fois-ci on ne sait trop pourquoi, est encore chahutée par de nouveaux clowns et quelques troubadours qui ternissent l'image de la fonction présidentielle... Et probablement qu'aucun nom de candidat crédible ne figure sur cette liste, hormis les porte-parole de l'argent ou les éternels applaudisseurs des puissants du moment ! Et probablement que le candidat du «consensus» s'y trouve déjà ! Une astuce pour le dénicher : il sera tout de suite soutenu par l'UGTA, l'UNFA, le FCE, Alioui, Bounedjma, Bouguerra Soltani, etc. Pour qui voter alors ? Et comment voter en sachant que le chef de l'appareil des dernières fraudes électorales a gagné des galons en passant du poste de ministre de l'Intérieur à celui de Premier ministre ! 
Le vote du 4 juillet est trop proche pour bénéficier d'une préparation adéquate. La commission d'organisation et de surveillance des élections est inexistante, les candidats ne sont pas connus et n'ont pas le temps de faire connaître leurs programmes et le peuple n'est pas prêt à les écouter ou à voter pour eux. Le mouvement du 22 février n'a pas consenti tant d'efforts et de sacrifices pour déboucher sur une nouvelle farce électorale qui, dans les conditions décrites plus haut, sera probablement pire que les « comédies plébiscites » précédentes. Par conséquent, il n'y a plus qu'à intensifier les marches en veillant à unifier les slogans afin que l'armée ne soit pas une cible mais la destinataire d'un message clair : c'est le vote du 4 juillet qui est un danger et non la courte période de transition devant permettre de changer la Constitution et préparer convenablement la prochaine échéance présidentielle. Quant à nous, et pour ne pas changer, nous demeurons attachés au boycott comme nous le faisons depuis 2007, convaincus de la tricherie qui a entouré toutes les précédentes opérations électorales. Traités en 2014 de « bandits » (h'raymia) par un certain Zoukh et, pire, de « traîtres » par d'autres laudateurs, nous nous attendons à subir d'autres insultes. Mais notre droit à refuser un vote- alibi pour je ne sais quelle manigance n'est pas  discutable ! A moins que les choses changent et que la démocratie, tenace et renaissante, nous fasse la surprise d'un report pour une présidentielle propre et honnête le... 1er Novembre 2019!
M. F.

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