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La panne

Publié par Youcef Merahi
le 16.05.2018 , 11h00
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Toc ! Toc ! Toc ! Qui toque ainsi à notre porte ? C’est Sidna Ramadhan. Il s’annonce. Il arrive. Il arrive. Avec toute la superbe qu’on lui connaît. M’rhba Sidna ! Tout est prêt pour l’accueillir. Enfin presque tout. D’abord, il y a cent cinquante marchés de proximité. De proximité veut dire que ces marchés seront à portée de couffin. De trajet. Et de porte-monnaie. Mais, cent cinquante marchés suffiront-ils à nous tous ? Certainement. Si les chefs ont décidé d’ouvrir 150, cela veut dire tout simplement qu’il y en aura pour tout le monde. Puis, il faut qu’il y ait de la «kanaâ» ! Ça ne sert à rien de s’empiffrer dès l’appel du muezzin. Juste un peu de chorba. Une bouraka. Allez, soyons fous, on peut s’en offrir deux. Du bourak, oui. Avec quoi dedans ? Ben n’importe quoi ! De la viande hachée ? Si vous voulez. De la crevette ? Ah, si vous pouvez. Même une bouraka «hadjala» peut passer très bien. L’illusion d’une bouraka, pourquoi pas ? De toutes les façons, nous vivons bien d’illusion depuis 1962. Autant continuer, non ? Puis, une kahoua. Puis, une cigarette. Puis, tarawih pour certains. Pour d’autres, une bonne déambulation. Ou une «guessra» avec les potes, au café maure du coin, autour d’une bonne part de «kalb l’kawkaw». Ghali llouz, ya. Et Sidna Ramadhan peut entamer sa tournée annuelle. Algérie Poste ne sera pas en reste. Comme je vous le dis. Notre Poste nationale a mobilisé, tenez-vous bien, 358 milliards de dinars, juste pour le mois de Ramadhan. Il faut des liquidités ; il en faut. Des sonnantes et des trébuchantes. Pour remplir le frigo. Et l’estomac. Comme si on n’avait pas besoin de sous durant les autres mois de l’année. Le paiement électronique est une illusion chez nous. Alors, il faut mobiliser toute cette masse d’argent dans 3 800 bureaux de poste, sachant qu’il y a 23 millions de détenteurs au CCP. Ça donne le tournis ! Sans compter les comptes bancaires ! Décidément, on ne finit pas de compter en Algérie. Sidna Ramadhan est attendu de pied ferme. Et d’une main de fer. L’Algérien n’aura aucun souci à se faire. C’est comme je vous le dis ! A côté d’Algérie Poste, il y a ces couffins qui seront distribués pour les ménages à faible revenu. Les maires vont s’en occuper ; puis ces maires ont été formés ; ils savent comment faire ; c’est le but de leur formation. Je n’ai pas de chiffres à vous proposer pour cette histoire de couffin. Question à un dinar planché : zaâma, ça sera de vrais couffins ? Ou les fameux sachets en plastique ? Je n’ai pas la réponse. Par contre, je peux vous dire qu’à Mila, 38 000 familles sont concernées par le couffin du Ramadhan. Au fait, c’est un couffin pour le mois ou pour la semaine ?
J’ai lu une info dans un quotidien national qui m’a scié ; franchement, je suis tombé à la renverse. «Nous sommes pour les céréales et le lait, le deuxième importateur du monde après la Chine» (in El Watan du 14 mai). C’est un spécialiste du commerce extérieur qui le dit ; ce n’est pas moi. Je suis au bord de la syncope ; ce n’est pas Ramadhan qui fait de l’effet ; je viens de prendre mon bol de soupe. Je ne sais pas ce que vous en pensez ; une info, comme celle-ci, me coupe la chique. J’espère avoir bien lu ; «le deuxième importateur du monde après la Chine». Mais les Chinois sont plus d’un milliard, non ? Il faut établir le rapport, ya kho ! Pas en termes de quantité, j’espère. Je comprends maintenant mieux pourquoi nos chefs font ce tralala pour préparer ce mois de jeûne ; ça me rappelle un film des années soixante-dix : La grosse bouffe ! Soyons sérieux : je sais, et vous le savez aussi, que l’Algérie sera fermée durant ce mois. Et se réveille cinq minutes avant l’adhan. Il faut se dire les vérités, c’est le moment ou jamais. Puis, on avale une quantité incroyable d’aliments ; puis, on blanchit la nuit ; puis, on prend le s’hour ; puis, la grande «dormikha». Et ainsi de suite. Durant vingt-neuf ou trente jours. Puis, après Sidna Ramadhan, on revient aux fondamentaux de la cuisine saine.
La grande fiesta a eu lieu ; on a distribué des logements, un peu partout dans le pays. Des cités flambant neuves. Des drapeaux. Des banderoles géantes à l’effigie du Président. Des officiels. Ministre. Wali. Elus. Le gratin, quoi ! Puis, devant tout ce beau monde, on fait l’appel. Et on remet les clés. «Khoud l’meftah ya fellah», chantait à l’époque Rabah Driassa. Et la télé qui fait son boulot. Tiens, voilà le micro : «Je remercie Dieu, ensuite Fakhamatouhou, on voit enfin le soleil…» Mais le citoyen n’oublie pas de dire : «Dix-sept ans dans cet amas de ferraille. Dix-sept ans de misère. Dix-sept ans de souffrance…» Et les youyous. Et les pleurs. De joie, bien sûr. C’est bien, la cité est neuve. Les espaces verts sont apprêtés. Rien à dire ! Mais comment sera cette cité dans quelques années ? Comme celles qui enlaidissent nos villes ? Toute la question est là ! Par contre, il faut voir l’autre côté de la médaille. Je vise ceux qui n’ont pas eu la chance? de bénéficier d’un logement neuf. Que font-ils ? Ils occupent les voies publiques. Et brûlent des pneus. Est-ce que les réalisations de logements pourront absorber le retard et suivre l’échelle de la démographie ? Y a-t-il des études qui sont menées, en ce sens ? Quelle est la projection à tirer ?
Quel goût aura ce mois de jeûne pour les résidents ? Ces derniers ne cessent pas de marcher. Et ne cessent pas de se faire matraquer. Cela dure depuis plus de six mois. Les hôpitaux, en attendant, marchent avec une béquille. Y a-t-il une solution à ce conflit ? Les deux parties, ministère et résidents, s’arc-boutent derrière des positions de principe, qui ne règlent ni l’urgence de la gestion hospitalière, déjà en souffrance par beau temps, ni la situation de ces médecins. Y aurait-il une âme charitable pour trouver le juste milieu ? Les revendications de ces résidents sont-elles, à ce point, indéfendables ? Le pouvoir est-il sourd, à ce point ? L’Algérie est championne de la réconciliation ; il est grand temps qu’elle le prouve. Au lieu de présenter, à chaque fois, la matraque, il est possible de proposer l’écoute. Encore de l’écoute. Toujours de l’écoute. A moins que la réconciliation ne touche que ceux qui montrent les crocs ! Trouvez la panne !
Je voulais vous proposer quelques bonnes nouvelles ; je n’en trouve pas. Il n’y a que matière à se faire du mauvais sang. Tenez donc : le Maroc se déchaîne contre l’Algérie. Qu’il s’occupe de ses plantations de kif ! Enlisement du conflit des résidents. L’équipe nationale a perdu contre l’Arabie Saoudite ; qui l’aurait dit, il y a juste quelques années en arrière ? Dix pour cent des crédits Ansej non remboursés. Affrontements à Bir-Ghebalou. Colère à Sour-el-Ghozlane. Prolifération des moustiques à Guelma (pourvu que ce ne soit pas le moustique tigre !). Dimanche de colère à Béjaïa. L’hôpital d’Oran assiégé par la police. Violence dans les rues. Le siège de l’APC assiégé par des citoyens en colère. Enfin, on doutera demain ! La certitude est une autre paire de manches !
Y. M.

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