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Constances

Makri, la feuille de route et la sale besogne

Publié par Slimane Laouari
le 16.05.2019 , 11h00
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Quand Makri avait succédé à Soltani, les islamistes pur jus de son mouvement pensaient tenir (enfin) le leader dont ils rêvaient. Lui, avait compris sur quelle corde danser en se présentant comme alternative à l’écrivain d’amulettes dont la tiédeur doctrinale et le tout-entriste commençaient à faire désordre au sein des troupes. Non seulement leur ADN ne pouvait pas s’accommoder d’un discours qui collait de plus en plus avec la « politique ordinaire » mais le régime donnait opportunément des signes d’essoufflement qu’il fallait saisir pour d’autres ambitions que celles de figurants courtisés pour tenir un coin du dispositif partisan conçu par le pouvoir afin d’entretenir l’illusion d’une vie politique. Il fallait d’autant plus passer à autre chose que le Soltani traînait déjà trop de casseroles personnelles. Makri aurait même fait savoir à son ancien chef qu’il pourrait, le cas échéant, passer au déballage, s’il ne prenait pas discrètement la porte de sortie. Makri ne doit pas être un exemple de rectitude morale mais personne n’a dit que c’était vraiment un souci. Entre deux prétendants d’égale « propreté », ils ont choisi celui qui promettait de les réinstaller dans leur véritable projet. Ce n’est pas parce qu’on veut moraliser la société qu’on va s’infliger ça à soi-même. Double désillusion. Passé l’épreuve de la succession, ils ont rarement entendu leur nouveau leader opérer la mutation promise dans le discours et dans l’action. Le rassemblement islamiste a vécu le temps d’un nuage d’été et se profilait déjà la perspective présidentielle où Makri a vite fait de révéler que seuls comptaient ses calculs d’épicier. Les siens et tous les autres ont rapidement compris. Il avait peut-être le verbe plus agressif mais à aucun moment il n’avait perdu « son » nord. Un fil à la patte et un câble de frein dans la tête, personne n’avait réussi à saisir où il allait. Faute d’avoir rassemblé les islamistes, il en arrive à réunir… l’opposition autour d’un « candidat consensuel » dont tout le monde a vite fait de connaître le nom : Abderrezak Makri ! Le bide. Puis la « solution » du moindre mal : il est candidat et, tout seul comme un grand, il s’est appliqué à la feuille de route. L’épisode Saïd Bouteflika mettra tout en lumière et la feuille de route a fondu dans la rue comme du papier hygiénique dans la cuvette. Saïd Bouteflika est en prison, il fallait s’amarrer à ce qui l’a emporté. Une nouvelle feuille de route dont les rédacteurs eux-mêmes sont dans la tourmente. Sommé de faire diversion comme toute l’armée de pollueurs chargée de créer les conditions du chaos, il hérite de la besogne la plus sale sous la menace à sa dernière casserole. La besogne la plus sale en l’occurrence : détourner par l’injure la plus immonde un pan de l’Algérie de l’essentiel. Et qui sait, la mettre sur un sentier plus propice au coup de force. Demain, il entendra l’Algérie. C’est déjà fait mais le rappel est utile pour les croyants, n’est-ce pas ?
S. L.

 

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