Rubrique
Contribution

Plaidoyer pour un réseau sport-santé

Publié par LSC
le 25.08.2018 , 11h00
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Par Pr Rachid Hanifi(*)

Préambule
La population mondiale subit, depuis quelques décennies, une transition épidémiologique, plaçant les maladies non transmissibles (MNT) ou maladies chroniques largement en tête des causes de mortalité, avec plus de 70% des décès enregistrés, soit près de 40 millions de morts par an, c'est-à-dire l’équivalent de la population algérienne qui disparaît chaque année. Les pays émergents dont fait partie l’Algérie sont les plus touchés par ce nouveau fléau, causé essentiellement par le changement du mode de vie des citoyens. Le développement technologique, orienté vers l’amélioration du confort (voiture, ascenseur, équipement électroménager, ordinateur, matériel audiovisuel) favorise la sédentarité, citée par l’OMS, comme 4e facteur de risque de mortalité à travers notamment l’expansion des MNT (obésité, diabète, cardiopathies, cancer du côlon). 
Le manque d’exercices physiques fragilise également, avec l’âge, les structures de l’appareil locomoteur (ostéoporose, tendinopathies, fractures) et accentue les risques de dégénérescence neurologique (Alzheimer, Parkinson) induisant souvent une dépendance (humaine ou matérielle) pour les gestes de la vie quotidienne. 
L’émancipation de la femme et son implication de plus en plus forte dans les activités de la vie socioprofessionnelle ont favorisé le changement des habitudes alimentaires, encouragé par la disponibilité, de plus en plus grande, de la restauration rapide (pizzeria, sandwicherie, viennoiserie), dont, hélas, les normes d’hygiène sont souvent douteuses. Ce changement observé dans l’alimentation, qui touche fortement les enfants, constitue la principale cause de surpoids et d’obésité, dont les conséquences à terme peuvent être dramatiques. 
L’Algérie est en tête des pays du Maghreb pour ce qui est de l’obésité avec plus de 6 millions de citoyens en surpoids, selon l’enquête de la FAO 2013. Les enfants ne sont malheureusement pas épargnés du fait des mauvaises habitudes alimentaires, favorisant la consommation de produits sucrés et gras. Près de 1 enfant scolarisé sur 4 est aujourd’hui en surpoids et manque sensiblement d’activité physique, du fait des équipements électroniques disponibles, encourageant la sédentarité. Le diabète prend de l’ampleur au sein de la population algérienne avec une atteinte enregistrée de près du quart de la population et une prédominance féminine. Pour ces deux pathologies (obésité et diabète), la sédentarité et l’alimentation constituent les principaux facteurs mis en cause, lesquels peuvent être modifiables, si une politique de prévention sérieuse et offensive est mise en place.

Stratégie
L’analyse des causes de l’expansion des MNT nous permet de déduire que la seule politique de prévention qui pourrait contribuer à ralentir ce grave fléau est celle qui impliquerait plusieurs secteurs d’activité. Cette approche dite intersectorielle permettrait de mieux maîtriser les facteurs de risque de maladies chroniques, particulièrement celles directement liées au mode de vie des citoyens (obésité et diabète). 
Ayant eu le privilège de participer, en qualité d’expert, aux travaux de la commission chargée de la prévention des MNT par l’activité physique au niveau de l’OMS puis au sein du Comité national de prévention des maladies non transmissibles en qualité de président du comité activité physique-santé, je suggère un certain nombre d’actions multisectorielles, susceptibles de ralentir le développement de ces maladies dites du modernisme.

1. Prévention au niveau des établissements scolaires
Le caractère obligatoire de la scolarisation des enfants facilite l’accessibilité à cette population sensible, qui est de plus en plus touchée par les maladies métaboliques essentiellement, mais également quelques pathologies respiratoires telles que l’asthme, dont les conséquences à l’âge actif peuvent être handicapantes. La sédentarité, l’alimentation incontrôlée et la pollution (tabagisme actif et passif) sont les principales causes de développement de ces maladies du jeune citoyen et doivent bénéficier d’une démarche préventive appropriée orientée sur les deux domaines concernés :
- l’alimentation et l’hygiène de vie qui doivent bénéficier d’une attention particulière à travers la maîtrise des produits consommés et l’éducation relative au tabagisme juvénile. Les parents d’élèves, par le biais de leurs associations, et les enseignants doivent agir ensemble pour corriger les habitudes alimentaires des enfants et les sensibiliser sur les dangers du tabagisme ; 
- la pratique d’activité physique par la relance de l’EPS (éducation physique et sportive) qui est sérieusement négligée ces dernières années après avoir constitué un véritable réservoir de talents sportifs dans les décennies 1960 et 1970. Cette matière scolaire doit bénéficier des moyens de sa redynamisation afin de contribuer efficacement à l’amélioration de la santé de nos jeunes concitoyens et à la prévention des pathologies favorisées par la sédentarité. Une collaboration entre le secteur chargé de l’éducation, d’une part, et celui des sports, d’autre part, pourrait permettre l’élaboration de programmes variés tenant compte des moyens infrastructurels et matériels disponibles au niveau des deux secteurs. La relance des compétitions interscolaires permettrait la détection de jeunes talents sportifs et le respect des règles de jeu et de collégialité, susceptible de contribuer à la réduction de la violence observée sur les terrains de confrontations sportives. 
La matière EPS à l’école devrait bénéficier d’une évaluation motivante lors du calcul des moyennes générales par la prise en compte des seules notes positives afin de ne pas sanctionner les élèves physiquement non performants et d’éviter le recours abusif aux certificats médicaux de dispense. 
La prise en charge combinée de ces deux volets (alimentation-hygiène de vie et activité physique) pourrait contribuer à limiter sensiblement les risques de développement des maladies chroniques en général et métaboliques en particulier (obésité et diabète) et assurer ainsi une meilleure santé à l’âge actif. 

2. Prévention au niveau des lieux de travail
La génération active (adulte) reste la plus exposée aux risques des MNT. La sédentarité, l’alimentation, le tabagisme et le stress sont les facteurs les plus incriminés pour cette frange de population. Les moyens de déplacement modernes et les équipements technologiques sollicités au niveau des entreprises économiques réduisent sensiblement les possibilités d’efforts physiques des personnes en activité professionnelle. Afin de limiter les conséquences de cette sédentarité imposée par le modernisme, il serait utile pour la santé de relancer le sport en entreprise avec une offensive de sensibilisation en direction des employeurs, lesquels devraient comprendre l’intérêt de la pratique d’activité physique à la fois pour la réduction des arrêts médicaux de travail et l’amélioration du rendement. 
La pratique du sport en entreprise devrait être encouragée par la programmation de créneaux horaires consacrés à des séances d’exercices physiques adaptées (pour la prévention des MNT et le mal de dos) et par la relance des rencontres sportives inter-entreprises.

3. Prévention au niveau des collectivités locales
La multiplication de terrains de proximité, entamée depuis quelques années, offre une opportunité d’encadrement sain de la jeunesse, de prévention de la violence et délinquance et d’amélioration du capital santé de la population. Une organisation du sport de quartier, sous la direction des structures de démembrement du ministère de la Jeunesse et des Sports (DJS), pourrait permettre d’occuper sainement nos jeunes concitoyens, de leur apprendre à respecter les règles de vie en collectivité et d’orienter les plus doués vers une éventuelle carrière sportive dans les disciplines correspondant à leurs prédispositions. La dépense d’énergie occasionnée par la pratique sportive contribuerait à la réduction des tensions nerveuses que l’on relève dans les relations entre jeunes Algériens avec des conséquences parfois dramatiques.
 Dans ce cadre, la Fédération nationale du sport pour tous devrait bénéficier de l’attention et des moyens nécessaires pour une plus grande mobilisation des jeunes Algériens en faveur du sport de quartiers et de la massification de la pratique d’activité physique, tous âges et sexes confondus. 
Un encadrement sécurisé de cette dernière permettrait également d’éviter les scandaleuses agressions contre les femmes pratiquant librement leur marche et/ou jogging. L’organisation, par les structures concernées, de manifestations sportives inter-quartiers et inter-villes participerait au rapprochement entre les jeunes concitoyens et à la détection de nouveaux talents sportifs. La contribution de certaines associations qui agissent déjà sur le terrain motiverait davantage la population pour une pratique plus massive d’activité physique, sous condition de mobiliser plus de moyens (faciliter l’accès aux infrastructures sportives existantes, solliciter l’apport de certaines fédérations sportives). 
La prise en charge médico-sportive de la population active permettrait à la fois de ralentir l’expansion des maladies chroniques, d’améliorer le rendement au travail et de prévenir les risques ultérieurs de dégénérescence organique.

4. Prévention au niveau des structures de santé
L’intégration de l’activité physique dans le processus de prévention des maladies non transmissibles est une des principales recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Elle pourrait agir au niveau des trois paliers de prévention : 
- au niveau de la prévention primaire pour la limitation des facteurs de risques à l’origine du développement des MNT. Cette approche doit solliciter les médecins généralistes exerçant dans les structures médicales de proximité. Ces derniers pourraient bénéficier préalablement d’une formation complémentaire en sport-santé avec la collaboration de spécialistes hospitalo-universitaires en médecine du sport, diabétologie, cardiologie, pneumo-phtisiologie et cancérologie, ces spécialités étant les plus concernées par l’approche préventive des MNT ;
- au niveau de la prévention secondaire pour la prise en charge des pathologies susceptibles de bénéficier des bienfaits de l’activité physique, notamment les maladies métaboliques (obésité et diabète), les affections respiratoires (asthme, BPCO) et l’hypertension artérielle. L’activité physique permet de stabiliser la maladie et d’en réduire les symptômes gênants ; 
- au niveau de la prévention tertiaire pour éviter les complications invalidantes. La réadaptation médicale à l’effort est aujourd’hui un complément thérapeutique essentiel, notamment pour les pathologies coronariennes et respiratoires (BPCO). Chez les cancéreux (cancers du sein et de la prostate particulièrement), la pratique d’activité physique permet de réduire sensiblement les risques de récidive (jusqu’à 40%, selon certaines études). 
Pour permettre à l’activité physique de contribuer efficacement à la prévention, un certain nombre d’actions doit être entreprises :
- assurer un complément de formation en direction des médecins des structures de base afin de pouvoir sensibiliser et orienter les patients vers une pratique d’exercices physiques adaptée. Il serait également souhaitable d’introduire, dans le cursus de formation médicale, un module spécialement réservé au sport-santé ;
- programmer une formation d’éducateurs sport-santé afin d’encadrer les patients en milieu hospitalier et au niveau des structures de santé de proximité ;
- entrevoir des parcours santé et des salles d’exercices sport-santé au niveau des établissements hospitaliers  afin de limiter les temps d’alitement des malades et contribuer ainsi à réduire les durées d’hospitalisation.   
La politique de prévention des maladies non transmissibles, principale préoccupation des systèmes de santé d’aujourd’hui, en raison du nombre important de décès et de handicaps enregistrés annuellement, nécessite un engagement plurisectoriel afin de prendre en charge l’ensemble des facteurs de risque identifiés. Dans ce cadre, il serait utile de réfléchir à la mise en place d’un réseau national (ou observatoire national) sport-santé, dont la mission serait de définir, de coordonner et d’évaluer les activités multisectorielles orientées sur la prévention des MNT au niveau des différents paliers ci-dessus mentionnés. 
R. H.

(*) Ex-expert en sport-santé au niveau de l’OMS, ex-président du Comité national activité physique-santé.

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