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Culture

Arts plastiques Quand un graphiste met humour et parodies au service de la contestation

Publié par R.C
le 25.03.2019 , 11h00
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«Vous êtes Mal barrés» : les pancartes détournant le célèbre logo rouge et blanc d'une marque de cigarettes, brandies par des centaines de manifestants algériens, a fait le tour des réseaux sociaux. Elle est l'œuvre d'un jeune graphiste qui met son imagination et son  humour au service de la contestation en Algérie. 
Algérois de 31 ans, Ziri «Gunfood» Oulmane puise dans l'univers visuel de la culture populaire — logos, publicités, affiches de films — et en tire   slogans et images chocs qu'il met à disposition des manifestants sur internet. 
Sur la Toile et dans la presse, ses créations ont largement illustré l'humour ravageur dont font preuve les Algériens qui manifestent depuis un mois  pour réclamer le départ de leur président Abdelaziz Bouteflika, à la tête de l'Etat depuis 20 ans, de son entourage et du «système» au pouvoir. 
Après la première manifestation du 22 février, coup d'envoi d'une contestation jamais vue en Algérie et qui n'a pas faibli depuis, «je voulais trouver des slogans engagés (...) mais en y mettant de l'humour», explique à l'AFP Ziri «Gunfood» Oulmane, salarié d'une agence de communication et de publicité d'Alger. 
En Algérie, «on a tellement dégoûté» les jeunes «de la politique, que je me suis dit que c'était une manière de les y intéresser, avec un peu d'humour, des  slogans sur une pancarte», poursuit ce jeune homme fluet, cheveux longs noués en catogan et barbe rousse. 
«J'ai utilisé la culture populaire, les affiches de films ou les chansons qui ont bercé mon enfance, comme celles de Pink Floyd», raconte Gunfood. 
Sur une affiche, le célèbre refrain du groupe britannique «We don't need no education» est devenu «We don't need no prolongation», dénonçant la volonté affichée du chef de l'Etat de prolonger son mandat au-delà de son expiration constitutionnelle le 28 avril. 
«Je cherche des mots drôles et d'actualité qui s'adaptent phonétiquement au message d'origine», détaille le jeune graphiste qui a le sens de la formule. 
«Kamel» veut dire «nombreux» en arabe, l'occasion de détourner le paquet jaune d'une marque de cigarettes homonyme en parodiant ses avertissements sanitaires : «Votre système est le cancer»ou «votre système nuit à la santé de ce pays». 
Sur l'affiche du western de Sergio Leone, Le bon, la brute et le truand sont devenus «Le con, l'abruti et le truand» et les visages de trois personnalités du régime ont remplacé ceux des acteurs. 
Comme pour la pancarte «Malbarrés», il joue aussi sur la similarité des sonorités en détournant une affiche publicitaire d'une célèbre bière néérlandaise avec le slogan «Haniwna N'haniwkoum» («Foutez-nous la paix, on vous foutra la paix», en arabe) 
Et sur une autre affiche, Bouteflika devient sur un gros tube jaune et noir «Boutelsika» («leska» veut dire colle en arabe), «la colle qui dure 20 ans». 
Ses premières créations Ziri «Gunfood» Oulmane les publie sur son compte Facebook, en accès libre et libres de droits. Dès le deuxième vendredi de manifestation, le 1er mars, ses pancartes colorées et drôles, aux références immédiatement assimilables par tous, émergent des cortèges compacts. 
«Certains ont téléchargé mes pancartes et les ont imprimées sur du tissu ou du carton de très bonne qualité. Cela m'a fait plaisir», admet-il. Lui-même et d'autres en ont imprimé et distribué de nombreux exemplaires. 
Chaque semaine, il en rajoute sur son compte Facebook et ceux qui le veulent se servent. 
Voir ses pancartes dans les mains de nombreux manifestants qui ne savent  souvent même pas qui en est l'auteur, est «la plus belle des récompenses», explique le jeune homme, que la crise du logement contraint, comme de nombreux  Algériens, à vivre encore chez ses parents. 
C'est dans sa chambre, sur son ordinateur que prennent forme ses idées, là où enfant il a commencé à «gribouiller des planches» de BD et vers dix ans «à les dessiner sur un PC». 
Dans sa famille, l'art a toujours été omniprésent explique ce fils de deux médecins, dont un père également dessinateur, photographe et musicien. Lycéen, il a lui-même accolé «Gunfood» — «hérisson» en arabe — à son nom : un animal «introverti mais qui pique celui qui s'y frotte». 
«L'humour et rire de soi permettent de garder espoir», sourit-il, en ajoutant avec son sens de la
formule : «l'humour est une arme de destruction passive».

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