Rubrique
Kiosque arabe

L'insupportable retour du très vieux

Publié par Ahmed Halli
le 28.10.2019 , 11h00
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Les droits, les distinctions, et les dividendes éventuels, attachés à l'expression «Faire du neuf avec du vieux», devraient être la propriété exclusive de l'Algérie et de sa gérontocratie. La caste dirigeante, avec ses artifices anti-âge, ignore ou méprise des concepts tels que le renouvellement des générations ou la reproduction des élites, différée ou empêchée. C'est à peine si nos dirigeants invoquent, à l'occasion, le passage de témoin ou de flambeau, pour faire plus clinquant, juste pour gérer les impatiences de leur progéniture avide et vorace. Faire du neuf avec du vieux, c'est donc une de nos constantes nationales les plus respectées et les plus âprement défendues après l'Islam, qu'il faut aussi décliner en «isme», comme l'arabité. Dans ce cas d'espèce, les vieux n'hésitent pas à faire appel aux jeunes quand ils veulent faire du neuf en recyclant les vieilles lunes, comme l'improbable noce de Novembre et Benbadis. Nos vieux se bouchent les oreilles pour ne pas entendre les clameurs de la rue, autant que les tic-tacs de leur horloge, puis ils vont chercher dans les cartons de l'Histoire une incroyable idéologie. Il faut vraiment être à court d'idées et les neurones en perdition pour tenter de réaliser le pitoyable objectif de faire d'un assimilationniste, le père de la Révolution de Novembre. L'idée de violenter l'Histoire n'effraie plus les violeurs de Constitutions.
Mais que dire des très vieux, ceux dont on se dit parfois qu'on a peut-être raté leur enterrement, ou leur départ sans fanfare par le biais d'une brève notice nécrologique ? Il arrive même parfois que certains de ces très vieux se tiennent volontairement en retrait et se font si discrets qu'on en arrive à les évoquer, malgré tout, avec une certaine indulgence. Ce n'est pas toujours le cas, hélas, et certaines vieilles figures promènent encore une odeur âcre autour de leur personne, surtout quand elles s'érigent en maîtres de cours ès patriotismes. Il y a quelques jours, j'ai été alerté par ce titre «Un ex-ministre de Bouteflika écorche les oulémas pour charmer Gaïd Salah», paru sur le célèbre site électronique Algérie patriotique. Il était question d'un article de Mohieddine Amimour, ancien conseiller à l'information sous Boumediène et Bendjedid, et ancien ministre de la Communication chez Bouteflika. Le passage essentiel de cet article : «Dans une contribution parue, jeudi, dans le quotidien arabe paraissant à Londres Raï Al-Yawm, l’ancien conseiller du Président Bouteflika accuse trois partis d’opposition de se préparer à infiltrer les grandes marches attendues le 1er Novembre prochain avec des slogans hostiles au pouvoir et à la tenue de l’élection présidentielle à la date fixée par ce même pouvoir.
Pour élargir leur front, ces partis d’opposition ont, selon Mahieddine Amimour, «actionné certains dignitaires religieux, dont les plus en vue sont originaires d’une seule région», faisant clairement allusion aux cheikh Aït Aldjet, Saïd Chibane et d’autres originaires de Kabylie». Ce passage nous éclaire déjà, au cas où on ne le connaîtrait pas, sur la personnalité de l'auteur et sur ses orientations politiques telles qu'elles apparaissent dans ce court résumé. Pour en savoir plus, et notamment sur l'identité des trois partis incriminés, je me suis rendu sur le site de Raï Al-Youm, que j'ai déjà évoqué, puisqu'il appartient à Abdelbari Atouane. Il s'agit, brièvement, de l'ancien propriétaire palestinien du quotidien de Londres, Al-Quds, qu'il a vendu aux Qataris, pour créer, ensuite, le quotidien Raï Al-Youm et une Web-TV. Fidèle à son habitude de ne distiller l'information qu'au compte-goutte ou de façon homéopathique selon l'idéologie en vigueur de son temps, le «douktour» cible ainsi les trois partis : «La direction du premier parti brandit comme modèle à suivre la situation en Catalogne (Espagne).
La direction du deuxième parti demande que soit retiré de la Constitution l'article disposant que «l'Islam est la religion de l'État». Le troisième parti, lui, rejette l'exécution des condamnés à mort, quelle que soit la nature du crime commis.» On a beau chercher un renvoi, une note en bas de page, pour savoir exactement qui sont ces partis, on ne peut qu'imaginer la réponse de l'auteur et du genre : «Vous savez très bien de qui je parle.» Oui, «Douktour», on a tout compris ! Surtout venant de vous. Mais comme un semeur d'indices, M. Amimour nous donne encore d'autres détails : les trois partis sont contre la politique d'arabisation suivie par les gouvernements algériens, et en particulier du temps du président Houari Boumediène.
Autre indice : «Certains dirigeants de ces partis qui émettent des doutes sur l'intégrité des walis, des juges, et d'autres superviseurs de la prochaine élection présidentielle, ont déjà participé à une élection. Il s'agit du scrutin auquel était candidat un général, et qui avait été supervisé par les mêmes personnels contestés, et parmi ces dirigeants, certains sont aux mains de la justice.» Pour bien montrer enfin de quel côté il est, et en accord avec le titre cité plus haut, le «douktour» prévoit beaucoup de monde vendredi prochain, mais à l'instigation des trois partis. On croirait entendre quelqu'un…
Pour compléter le tableau et sans citer nommément la Kabylie ou l'un des dirigeants qui en sont issus, Mohieddine Amimour estime que la déclaration des «ulémas» est trop bien rédigée. Ce qui peut vouloir dire que les «ulémas» en général et en particulier les «ulémas» de Kabylie n'ont pas le niveau nécessaire pour produire de tels textes et qu'ils ne comprennent rien à la politique. La preuve, selon lui, c'est qu'ils assimilent les marches du vendredi à un référendum, pour justifier le rejet du scrutin envisagé pour le 12 décembre prochain. D'ailleurs, pour Amimour, les Algériens, en général, ne comprennent rien à rien, et pourtant ils se mêlent de critiquer la loi sur les hydrocarbures, alors que le journal Echourouk en dit beaucoup de bien. Et, tenez, il y a même un économiste kabyle qui a dit que les Algériens ne devaient pas craindre les conséquences négatives de cette loi. Tchin, tchin, c'est du Amimour! Voilà ce que pense de vous un ancien responsable algérien, mes chers compatriotes, et voilà comment un ex-haut responsable veut surfer sur une vaguelette.
Sans se donner la peine de vérifier, le propagandiste maison a rebondi sur une fake news parue en mai dernier sur la toile, et vite démentie par le commandeur des «ulémas». Comme quoi, la politique n'est pas un champ de labour sur lequel on peut utiliser, vaille que vaille, les vieux chevaux de retour. Il faut aussi éviter de laisser trop de libertés aux vieux, comme celle d'aller gambader sur les réseaux sociaux, ils peuvent faire des bêtises ou même en dire, ce qui est pire...
A. H.

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