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Le Soirmagazine

C’est ma vie La brise de mer du temps de M. Laurent

Publié par Belaïd Mokhtar
le 25.08.2018 , 11h00
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En me rendant à la Brise de mer en cette journée caniculaire du mois de juillet 2018 pour respirer un peu d’air frais et marcher, je me suis mis à déambuler le long de ces magnifiques allées piétonnes, ébloui par la merveilleuse métamorphose de notre ancien Sidi-Abdelkader.  
Les nouvelles constructions commerciales qui s’y sont implantées embellissent un peu plus ce magnifique décor de carte postale, avec leurs ossatures métalliques légères et modernes, leurs grandes et belles baies vitrées et leurs terrasses qui offrent une vue imprenable sur le port de Béjaïa. En s’y attablant, on a l’embarras du choix, pizzas, spécialités locales, poisson frais, grillades, boissons fraîches, glaces… 
Pour ceux qui aiment juste flâner et profiter des lieux, des bancs face à la mer sont à leur disposition. Les enfants, aussi, ne sont pas oubliés, des airs de jeux les attendent. Seul le petit établissement balnéaire qui se trouve presque au bout de la Brise de mer est resté sans grande mutation depuis les années 1960. 
A chaque fois que je passe devant, une irrésistible envie me force à m’arrêter et à scruter les lieux.
L’espace qui servait de terrain de volley-ball n’a pas bougé même s’il n’y a plus les poteaux ni de filet, la modeste et belle petite maison, le coin réservé aux petites embarcations et autre matériel marin s’y trouvent encore. Au centre de la baie, l’emplacement construit pour accueillir le plongeoir existe toujours sans, bien sûr, la planche. Il ne manque que la présence de Laurent Giacomino au milieu de ce décor pour un retour dans le passé. D’habitude au moment où je passe, je ne vois aucune présence humaine, quoique la petite habitation semble très bien entretenue. Mais ce jour-là, j’ai eu la chance de voir un homme aux cheveux blancs, la soixantaine, y sortir. Ma curiosité m’a poussé à l’aborder pour lui poser quelques petites questions qui me brûlaient les lèvres.
- La maison d’où vous venez de sortir appartenait bien à Laurent Giacomino...
- Oui, mais il n’était que simple locataire, les véritables propriétaires des lieux sont les Baba-Aïssa.
Il m’a spécifié que lui-même est un membre de cette grande famille bougiote. Il se rappelle très bien de l’ancien maître- nageur français qui était là avant lui en me citant le nom de sa fille Evelyne et de son fils Alain, cependant, il ne souvient plus du prénom de l’épouse de M. Laurent.
Je n’en revenais pas, j’ai toujours cru que tout cela appartenait à ce géant du sport qu’était M. Laurent.
Les Bougiotes de ma génération et de celle d’avant doivent tous se souvenir de cet athlète hors normes. 
Un flash-back s’avère nécessaire pour ceux dont la mémoire commence à flancher. Cela leur permettra de savoir exactement de qui je parle.
Monsieur Yama Triki, qui l’a sûrement connu mieux que moi, a écrit ce qui suit le concernant sur les réseaux sociaux :
«Laurent Giacomino fut, ce que j’appellerai maintenant, l’arrière grand-père du volley-ball à Béjaïa. Cet ancien maçon se reconvertit en professeur de sport au lycée Ibn-Sina, établissement dont la construction remonte à 1929, et à laquelle il participa. Après l’indépendance, il fut l’initiateur du volley-ball à Béjaïa. Sa mère, d’origine maltaise née à Annaba, parlait maltais et arabe, mais très peu français.  Parti en France début 1970, ‘‘où il ne se retrouvera pas’’, Laurent s’éteint prématurément.»
En ce qui me concerte, M. Laurent était d’abord mon prof de sport à l’école Emile- Salles (actuellement école Ibn-Rochd), quoique son fief était bien le lycée Ibn-Sina, mais il enseignait l’éducation physique à travers presque toutes les écoles de la ville, d’où sa notoriété.
Avec sa stature d’athlète, son visage de flibustier ayant écumé toutes les mers, sa peau brûlée par le soleil, il avait un regard franc et toujours jovial qui le rendait sympathique dès le premier abord.
 Un sifflet constamment entre les lèvres, il imposait respect et obéissance. Nous exécutions ses instructions sans rechigner. Chaque classe avait droit à une heure de sport par semaine. Nous attendions tous avec impatience ce rendez-vous de défoulement et d’évasion qui nous permettait de fuir durant ce court laps de temps des d’études fastidieuses et parfois ennuyeuses.
Sous sa houlette, nous commencions toujours par nous dégourdir les jambes en marchant et chantant à haute voix le mémorable chant scout Un marin prend sa barre… Tous ceux qui n’ont pas sport ce jour-là apprennent ainsi que M. Laurent est dans l’enceinte de l’établissement scolaire. Ils prêtaient donc l’oreille pour écouter leurs camarades avec une folle envie d’être dehors avec eux.
Puis nous faisions un petit galop d’échauffement autour de la cour de récréation et des exercices d’assouplissements avant de passer aux choses sérieuses : saut en hauteur ou un espace sablé était réservé pour cela. A chaque passage des participants de cette épreuve, M. Laurent élevait la hauteur du fil et à la fin, seul le champion de notre classe, Djouadi Lias, arrivait à franchir l’élévation sans toucher le fil. Il est donc sélectionné pour affronter les vainqueurs des autres classes. Il y organisait aussi une course de vitesse sur une courte distance, quand le temps qui lui était imparti le permettait.
A la fin de ma scolarité, je me suis rendu à la Brise de mer pour des cours de natation. Devinez qui j’ai eu le plaisir d’avoir comme prof ? M. Laurent lui-même ! C’était pour moi une très agréable surprise. Dans le temps, pour apprendre à nager, il fallait passer par trois étapes, d’abord barboter à Sidi-Abdelkader où la profondeur  de l’eau n’était pas très importante entre les quelques rochers pas très éloignés les uns des autres. Lorsque on se sentait capable d’évoluer sans poser les pieds, on passait alors à la deuxième étape, on osait alors se jeter en mer à un endroit se trouvant un peu plus loin appelé «les Blouk Toba», là on ne plaisante plus, il faut savoir nager sinon c’est la coule à pic. 
Les novices ne s’y risquaient jamais seuls, il y avait toujours une ou plusieurs personnes qui les surveillaient. A ma connaissance, on y a jamais recensé de noyades. Et, enfin, la troisième et dernière épreuve. Chez M. Laurent, il fallait mettre la main à la poche. Les cours de natation étaient payants, mais pas très chers et presque à la portée de tout le monde, on sortait notre argent de poche pour la bonne cause. Il nous apprenait à nager sur le dos, le crawl, le papillon, la brasse, comment plonger, etc. Sa voix ferme et rassurante nous permettait d’accomplir des prouesses dont on ne se serait jamais cru capables.  Après ce dernier passage, on pouvait se permettre de faire trempette à Tichy, Boulimat, Saket, Ouadass et ailleurs sans aucun risque. Certains de ses élèves sont devenus plus tard des maîtres-nageurs émérites et ont sauvé plusieurs vies humaines de la noyade.
Les amateurs de volley-ball, eux aussi, ne tarissent pas d’éloges en parlant de M. Laurent, ils disent tous que si volleyeuses et volleyeurs bougiotes ont caracolé pendant de nombreuses années aux premières places du championnat national, c’est grâce à lui. Enfin, pour terminer la description de cet admirable sportif, on raconte un peu partout à Béjaïa qu’il a réussi un fabuleux plongeon en s’élançant du haut de la corniche, dans une ouverture se trouvant quarante mètres plus bas entre rochers, un exploit digne des plongeurs d’Acapulco au Mexique. 
Il y a ceux qui affirment que son fils Alain aussi bon nageur et aussi téméraire que son père a, quelques années plus tard, réalisé le même exploit. 

 

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