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Le Soirmagazine

Enquête-Témoignages Loin de l’agitation des soirées ramadhanesques

Publié par Soraya Naili
le 02.06.2018 , 11h00
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Beaucoup de gens attendent impatiemment l’arrivée du mois sacré pour profiter des soirées animées et si particulières. Les propositions de sortie ne manquent pas : concerts, gaâdate, spectacles, cirque, animation dans le métro d’Alger… Ces soirées ont la cote chez la majorité des Algérois qui profitent de ces animations qu’ils qualifient de providentielles, vue que la capitale s’habille de morosité dès 19h, le reste de l’année.
Les «phobiques», eux, préfèrent s’enfermer chez eux, loin du brouhaha et de l’agitation de la ville. Les rues bondées de monde, les terrasses saturées de consommateurs, les klaxons intempestifs, les cris des enfants : très peu pour eux. Dans le cocon douillet de leur maison, ils dressent un mur entre eux et cette cacophonie qui les irrite au plus haut point. Les nuits survoltées et le charivari ambiant ne sont pas leur tasse de thé, au grand dam de leur entourage qui n’hésite pas à les traiter de sauvages et de rabat-joie.

Mouloud, 55 ans
«J’habite Alger-Centre et chaque Ramadhan est un calvaire pour moi, et pour cause : ma rue devient méconnaissable. Les bruits fusent de partout et agressent mes oreilles qui n’aspirent qu’au calme. Klaxons, cris des enfants jouant au ballon, éclats sonores des adultes qui discutent au pied de l’immeuble, flots de consommateurs déambulant sur les boulevards… Je déteste sortir.
Les gens parlent d’ambiance des soirées du Ramadhan. Moi je n’y vois que de l’agitation. #Mon épouse a pris le pli. Elle sort avec les enfants pour profiter des spectacles et des visites familiales. Je suis peinard à la maison, sirotant un thé à la menthe, face à la télévision. Je monte le son pour couvrir les bruits extérieurs et je m’extrais de ce tumulte qui me tape sur les nerfs pendant 30 soirées.»

Nourhane, 39 ans
«Sortir au milieu de cette agitation avec des noctambules déchaînés ? Jamais de la vie. Je n’accepte que des invitations au f’tour chez des amis, bien au calme à la maison. J’ai la phobie des foules et je redoute les embouteillages des soirées du Ramadan. Je supporte difficilement les bouchons durant la journée alors en rajouter une couche la soirée, ne me viendrait pas à l’esprit. Dehors, ça grouille de monde partout. Ça gesticule, ça parle fort, ça s’excite. A mon sens, ce n’est pas cela qu’on appelle s’amuser. Je note qu’il y a beaucoup d’excès dans tout.
Pour ma part, j’aime inviter des amis ou des membres de ma famille à passer une soirée tranquille à la maison. Je peux veiller tard, en week-end, mais me joindre à la foule dehors, c’est impossible.
Il y a des concerts partout, des projections de films en plein air et des soirées dans des kheiymate… Mes proches s’y rendent souvent. Ils ne me proposent même plus de les accompagner car ils connaissent ma réponse par avance. Je profite de belles soirées mais en dehors du mois sacré. C’est ainsi !»

Mounira, 39 ans
«Mon époux fait un rejet total des sorties durant le Ramadhan. Il est tout mon contraire. Moi je dis qu’il faut profiter de l’animation exceptionnelle qu’offrent nos villes durant le mois sacré. Les boutiques, les terrasses de café, les théâtres, les salles de concert…, il y a tellement d’activités, qu’on s’y perd parfois. Une liberté à saisir également en tant que femme. C’est le seul mois où on peut sortir sans avoir peur d’être importunée le soir. Comme mon époux est récalcitrant à mettre le nez dehors, je profite des soirées à l’extérieur avec mes enfants et mes sœurs. On va prendre des glaces, faire du lèche-vitrine, ou marcher un peu. Même pour l’achat des vêtements de l’Aïd pour les enfants, mon époux fait de la résistance. Il me laisse me dépatouiller toute seule.
Là, j’aurais aimé qu’il m’accompagne pour me donner son avis, mais non, la rue et son brouhaha lui font peur. Il se retire dans sa coquille comme un sauvage et me nargue au retour ‘‘ça y est ! Madame a pris son bain de foule ?’’, me taquine-t-il. C’est un fait.
Certaines personnes, notamment en prenant de l’âge, préfèrent le calme de leur foyer à l’animation tous azimuts des rues qui agresse leurs oreilles et les met sous pression.
Pour rien au monde, ces ‘‘phobiques’’ de l’agitation n’échangeraient le confort de leur canapé aux soirées dites festives du Ramadhan. Un art de vivre qu’ils assument pleinement laissant les espaces publics aux déambulations des fêtards et autres couche-tard des soirées du Ramadhan.»

 

 

 

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