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Le Soirmagazine

Entretien / Mme LILA KERKACHE AOUDI AU SOIRMAGAZINE : «Ne pas confondre avarice et économie !»

Publié par LSM
le 13.10.2018 , 11h00
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PAR SARAH RAYMOUCHE
Mme Lila Kerkache Aoudi, psychologue clinicienne, thérapeute cognitivo-comportementale (TCC), explique dans cet entretien la différence entre l’économe et l’avare et définit la frontière qui les sépare, surtout dans une société de plus en plus consommatrice.
Soirmagazine : Quelle est la définition d’une personne avare et celle d’économe et quelle est la différence entre les deux? Où est la frontière ?
Lila Kerkache Aoudi :
Oui, je suis tout à fait d’accord avec vous du fait qu’il est important de différencier les deux comportements et de commencer par les définir. Aussi, un avare est une personne qui aime amasser de l’argent et rechigne à le dépenser. Il est constamment angoissé par l’avenir, ceci le pousse à vouloir maîtriser, contrôler tout ce qui touche à son argent. Un économe est une personne qui va plutôt être dans la prudence. Il va réfléchir ses achats et chercher à obtenir le meilleur rapport qualité/prix et prix/plaisir. La différence fondamentale entre un avare et un économe est la notion de souffrance. L’avare souffre s’il doit dépenser, contrairement à l’économe qui utilisera son argent comme une source de plaisir.
Quand l’avarice devient-elle pathologique ?
Je suppose que l’avarice devient pathologique quand tout tourne autour de l’argent et lorsque l’avarice est assimilée à une conduite de dépendance. De ce fait, l’argent devient le produit dont on ne peut se passer. Au même titre que certaines conduites addictives comme l’alcool ou la drogue, etc. L’argent, dans ce cas, vient combler un manque affectif insatiable ; ce qui tend à donner «une paralysie face à l’argent» et une angoisse du vide.
Qu’en est-il alors de l’anorexie financière ?
L’anorexie financière est l’exact opposé des achats compulsifs ; un anorexique financier est une personne qui a du mal à s’octroyer le droit de dépenser son argent pour se faire plaisir. L’anorexie financière est symptomatique de manquer, non seulement d’argent, mais surtout de sécurité. Pour la psychologue Marie-Claude François Laugier, auteure de L’argent dans le couple et la famille, l’anorexique financier est incapable de se faire rémunérer à son juste prix et de dépenser pour se faire plaisir. L’anorexie financière rejoint les peurs archaïques de la mort ou de la maladie ; l’anorexique financier craint d’être démuni, mais aussi ne s’accorde pas assez de valeurs pour mériter d’avoir de l’argent.
Peut-on encore être avare dans une société de plus en plus consommatrice ?
Oui, c’est une bonne question. Dans une société qui est de plus en plus basée sur la consommation, on est à même d’analyser de cette façon. Sauf que «pour l’avare, la dépense est codée en perte d’argent, ce qui explique qu’elle s’accompagne d’émotions négatives, et qu’elle est donc à éviter». Rick et al, 2008. L’avare va, quelle que soit la société dans laquelle il évolue, user de l’évitement pour ne pas dépenser inutilement. L’avare va, même dans une société de consommation, faire en sorte de ne rien dépenser en se convainquant qu’il n’a besoin de rien. Un avare est une personne en marge de la société de consommation.
L’avarice peut-elle se soigner ?
Oui, je pense que l’on peut se soigner ! Et comme dans toute situation d’addiction, à condition que l’avare demande de l’aide. Il faut tenir compte de la motivation du patient «demandeur de soin».
Les thérapies brèves comme les TCC peuvent aider à régler la relation pathologique que l’avare a avec l’argent, en travaillant avec lui sur :
- La relation à l’argent en question ;
- l’angoisse générée par les dépenses, voire parfois juste la pensée de devoir dépenser ;
- l’anticipation anxieuse, c’est-à-dire cette peur du futur : «Si je suis sans argent…»
Un dernier mot ?
Pour moi, en tant que psychothérapeute, les relations, quelles qu’elles soient, qui nous lient aux personnes, à l’avenir, à l’argent, et même à la mort, sont pour la plupart acquises, apprises et transmises, et parfois même transmises de génération en génération. Pour cela, j’invite les personnes souffrantes et/ou qui font souffrir leur entourage à venir consulter et à vouloir collaborer avec un spécialiste pour améliorer cette relation pathologique à l’argent et pouvoir atteindre une certaine sérénité.

 

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