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Kamel Benmissi, ancien Président de la fédération algérienne d’athlétisme, à «LSA Direct» : «La pratique de l’athlétisme s’est réduite comme une peau de chagrin»

Publié par Ahmed Kessi
le 12.05.2021 , 11h00
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Kamel Benmissi est le premier médaillé international (argent) en cross-country après l’indépendance de l’Algérie et médaille d’or par équipes. Il est entraîneur et arbitre de troisième degré auprès de la Fédération internationale d’athlétisme. Il est diplômé d’une école de sport et de culture sportive d’Allemagne de l’Est, ex-RDA. Il a vécu une longue et riche carrière dans la gestion du sport, en occupant la Direction de la jeunesse et des sports dans deux wilayas, ainsi que la présidence de la Fédération algérienne d’athlétisme.
Ahmed Kessi - Alger (Le Soir) - Dans l’émission traitant de l’actualité « LSA Direct », Kamel Benmissi fait le diagnostic d’une discipline qui se débat et fait du sur-place, « hormis quelques étincelles de résultats », malgré tous les moyens fournis. Il rappelle en outre que « l’athlétisme a beaucoup fait et apporté pour le pays ». Il dénonce également l’«élitisme » outrancier, le dopage et les violences qui se font jour à chaque renouvellement des instances des fédérations.  
À propos de l’athlétisme, sa discipline, il fait un constat amer : « Aujourd’hui, c’est le parent pauvre du sport national par rapport à ce qu’il était avant, et c’est dommage. Il y a eu effectivement beaucoup d’athlètes qui étaient dans l’antichambre du très haut niveau avant l’éclosion de Morsli et de Boulmerka». Ce qui justifie le principe qui dit qu’«il y a corrélation entre la pratique de masse et la pratique de l’élite », tout en faisant la rétro-genèse du passé de l’athlétisme en remontant jusqu’à la période coloniale. 
« L’athlétisme est la discipline rêne de tous les sports olympiques. Chez nous, c’est dans nos mœurs. C’est reconnu depuis l’époque coloniale, avec tous les Algériens qui ont eu des trophées : El Ouafi, honoré par les autorités françaises dernièrement ; Klouch de Chlef, tué après avoir remporté le championnat de France de cross-country juniors », enchaîne-t-il, ému par tant de souvenirs palpitants. Et d’ajouter : « C’est le sport qui a honoré le plus notre pays. Les pays africains sont venus après nous et nous ont dépassés. L’athlétisme a ramené beaucoup de choses pour ce pays. Il faut reconnaître que la plus grande expérience vécue par le monde de l’athlétisme s’est déroulée en Algérie, organisée au lendemain de l’indépendance par un Français, Maurice Baquet, sous ce qu’il a appelé ‘’Cross du FLN’’. L’événement a changé d’appellation jusqu’à disparaître, et c’est grand dommage. Ça nous a permis d’avoir beaucoup d’entrain et d’enthousiasme. »
Évoquant les chiffres, assez intrigant, de l’existence de 16 523 licenciés toutes catégories confondues, dont la majorité est dans deux wilayas, Béjaïa et d’Alger, l’ex-président de la Fédération d’athlétisme affirme que cela  a été à l’origine de l’identification d’un vivier riche dans les autres wilayas pendant la réforme sportive. 
« Nous avons quelque 28 pôles de développement juste pour les courses de fond et de demi-fond, et peut-être du sprint ; les Hauts-Plateaux, les wilayas du Sud, et les villes côtières. Ce qui nous a permis d’avoir quelques résultats », dit-il, tout en se désolant que les choses n’aient pas été faites dans la continuité attendue. 
« Depuis la réforme sportive, l’éclosion de Boulmerka et Morsli, on s’est dit peut-être qu’on est arrivés. On avait conçu des programmes spéciaux autour de l’élite, des groupes méthodologiques autour des deux élites. On s’est dit qu’ils allaient faire des émules. On s’est rendu compte, hélas, que les locomotives sont parties et les wagons sont restés en gare », mentionnant au passage les quelques résultats obtenus avec Rahoui Boualem, Saïd Djabir Guerni etc., dans plusieurs disciplines. « Malgré certains résultats, la pratique de l’athlétisme s’est réduite comme une peau de chagrin .»  
Revenant au constat lamentable qu’il a dressé de la discipline et du fait que les choses aient fait du surplace même après les réformes, l’invité de «LSA Direct» explicite ses propos avec des chiffres à l’appui : sur les 16 000 licenciés, dans les 58 wilayas, il n’y a pratiquement que deux qui émergent. Il y a eu par la suite Constantine, Bordj-Bou-Arréridj, Tizi-Ouzou, entre autres. Une vingtaine de wilayas n’ont pas 100 licenciés, alors que normalement pour prétendre à l’inscription d’une ligue de wilaya, il faut au moins 500 licenciés. Autrement dit, si on devait compter, il n’y a que 8 wilayas (ligues) sur les 58 qui peuvent être membres d’une assemblé générale. 
Voilà un peu l’état de la discipline : « On a abouti au résultat inverse. Tellement être dans l’athlétisme c’était prestigieux, il y a eu beaucoup d’opportunistes, et des gens qui n’avaient rien à faire se sont retrouvés à gérer. Et même les infrastructures, je me souviens jusqu’en 1990, on avait un maximum de 10 pistes, maintenant on est à 241, c’est toute l’Afrique moins l’Afrique du Sud et ce sont des pistes aux normes. »  « Tout cela n’est pas normal», clame-t-il. Et de poursuivre pour poser des mots… sur la plaie : « L’encadrement y est, l’argent aussi tant bien que mal. il y a peut-être un inconvénient du fait que le wali soit président du fonds de wilaya (par arrêté ministériel). Dans notre pays, la politique a souvent pris le pas sur toute autre chose ou considération. Souvent, on n’avait pas les mains libres. De plus, entre wilayas, il y a eu de grandes différences. Lorsque j’étais à Skikda, j’avais 15 milliards et à Guelma, wilaya à vocation agricole, rare où on arrivait à 1,5 milliard (c’est 10% du 1er budget).
Selon lui, les résultats n’ont pas suivi malgré tous les moyens engagés car, estime-t-il, « en misant trop sur l’élitisme, on a négligé le travail de  développement progressif ». Sans compter l’absence de suivi et de contrôle. « Le ministère est beaucoup plus une institution de contrôle financière que pédagogique ; alors qu’il est censé développer la pratique sportive par une politique. Depuis 2009, c’est le même bilan. Il n’y a pas eu une fois où le ministère est intervenu pour dire stop ! Où en est-on ? »
Kamel Benmissi se dit optimiste à l’issue des signes positifs d’une bonne reprise. Relevant le cycle de renouvellement des instances sportives qui s’est déroulé dans de bonnes conditions, Kamel Benmissi estime que le ministère « doit aller vers une politique de démocratisation de la pratique sportive, et évaluer les fédérations sur un ensemble d’éléments bien définis (pratique de masse, formation, résultat de l’élite, etc.) et non sur des athlètes. Cela , tout en annonçant une nouvelle qui l’a enchanté : le ministère a pris les devants pour signer des arrêtés interministériels pour récupérer tous les anciens médaillés de haut niveau et leur faire des formations de courte durée, avec possibilité d’ouverture de postes budgétaires dans l’administration du secteur ou autres. « C’est une excellente nouvelle », indique-t-il.  Abordant la question du dopage dans le sport, en particulier dans l’athlétisme, il dira : « Il a toujours existé depuis longtemps et dans le monde. Il existe en Algérie et il a été dénoncé depuis longtemps par les honnêtes gens et les athlètes de haut niveau », par  les responsables de la fédération pour arrêter cela. Pourtant, note-t-il, « il y a une commission nationale anti-dopage qui essaie de faire un travail, bon gré mal gré, et le comité olympique qui a acheté des kits pour le contrôle. » À ce sujet, il soutient que l’Algérie est à la traîne. D’ailleurs, rappelle-t-il, « à Sétif, lors du stage de cross-country, on a trouvé du matériel de dopage dans les douches, et cela a été repris par toute la presse avec des photos comme preuve, et personne n’a levé le petit doigt. Il n’y a pas assez de travail sur le contrôle ». 
Selon lui, c’est en miroitant l’argent que l’on incite au dopage, en plus du fait que l’on ne peut pas prétendre, sur le plan local, à un budget et l’élitisme qui obnubile tout le monde. 
Enfin, l’ex-cadre du ministère de la Jeunesse et des Sports qualifie les tensions qui prévalent au sein des fédérations dès l’approche de la période de renouvellement des instances dirigeantes de « phénomène » nouveau. « Elles n’existaient pas auparavant. C’est un phénomène nouveau qui survient depuis 3 à 4 mandats ». Et de conclure : «Peut-être, ça a un lien avec quelques avantages que cela procure en étant membre d’une fédération, les prestiges et les voyages. »
A. K.

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